Une déconstruction personnelle du lien entre Religion et MGF

Maryam Sheikh Abdi’s est chercheuse universitaire. Elle a notamment co-écrit un rapport du Population Council « Delinking Female Genital Mutilation/Cutting from Islam » et l’étude « A Religious Oriented Approach to Addressing FGM/C among the Somali Community of Wajir, Kenya ». Elle est également une activiste engagée dans la lutte contre les MGF. Elle a entrepris des programmes d’abandon des MGF (dialogues avec les communautés, engagement des érudits religieux, recherche, documentation, travail sur les politiques et le cadre juridique), et elle a participé à la rédaction du projet de loi d’interdiction des MGF en Somalie.

C’est lors de notre discussion sur la religion, dans laquelle elle était experte, qu’elle nous a parlé de son parcours, et comment elle en est venue à déconstruire le lien entre les MGF et l’Islam.


Je suis une survivante des MGF, coupée à l’âge de 6 ans de la pire des formes de MGF (type 3). En tant que fille somalienne, j’ai grandi en sachant que toutes les filles musulmanes étaient coupées, mais que ma communauté pratiquait “un mauvais type” à cause de notre culture. Quand j’ai rejoint l’université dans les années 90, j’ai rencontré d’autres filles musulmanes sur le campus. Un jour, le sujet des MGF a été abordé (nous parlions plutôt de circoncision féminine). Mon amie, une indienne, fut choquée d’apprendre que les musulmanes sont coupées, disant qu’elle pensait qu’il s’agissait d’une pratique “sauvage” entreprise par des gens qui ne croyaient pas en Dieu. Puis ce fut à mon tour d’être choquée – que cette amie vêtue d’une Burka ne soit pas coupée. D’après le scénario qu’on m’avait appris, ses prières ne seront pas acceptées si elle n’est pas coupée. Mais elle priait, jeûnait et s’habillait en hijab. Donc qui était du bon côté ?

Cette question resta ancrée en moi jusqu’en 1995 après la conférence de Beijing. Pour la première fois, je suis tombée sur un document qui disait “Les musulmans pratiquent les MGF en pensant que c’est religieux alors que ce n’est que la Sunnah”.  Quoi ? Vous voulez dire que la chose douloureuse que j’ai vécue n’était que la Sunnah. Je me demandais pourquoi j’avais été forcé de faire quelque chose qui n’était pas un “Must” pour la religion Islamique. J’ai re-compté le nombre d’actes religieux optionnels que personne ne m’avait forcé à faire comme jeûner les lundis et les jeudis. Quoi qu’il en soit, après avoir combattu la colère, j’ai décidé qu’il était temps de dire non aux MGF. A ma façon, armée du récit selon lequel il ne s’agit que d’une pratique facultative, j’ai engagé des membres de ma famille et tenté de sauver mes nièces. Malheureusement, je n’ai pas réussi. Je ne savais pas que je m’enfonçais encore plus en affirmant que c’était un acte islamique facultatif – nous le légitimions. Les MGF étaient une chose qui me heurtaient toujours lorsque cela me venait à l’esprit ; et je commençais immédiatement la conversation avec Allah – montre-moi ce que tu veux que je fasse, je le ferai.

Lorsqu’en 2006, j’ai eu l’occasion de travailler avec la Population Council, je savais que j’allais devoir aborder les MGF d’un point de vue religieux. Je souhaitais interroger le soutien de la prétendue “Sunnah”, parce que lier une chose aussi douloureuse à ma religion de miséricorde et de prospérité était troublant (nous ne sommes pas autorisés à mutiler un animal alors imaginez un humain). Nous avons élaborés cette approche religieuse avec des érudits musulmans renommés au Kenya, qui étaient consultants sur le projet. Ces érudits non-somaliens ont été choisis pour mener le dialogue.

Aujourd’hui, je peux dire avec fierté que cela n’a aucun lien avec l’Islam. Je peux aussi dire qu’un certain nombre d’érudits somaliens dissocient les MGF de l’Islam. C’est lent mais le progrès est là. Nous pouvons facilement discuter des MGF à la TV, à la radio, dans les rassemblements communautaires, etc. Je suis fermement convaincue qu’il est facile de mettre fin aux MGF parmi la communauté somalienne si nous utilisons la formule correcte – dissocier les MGF de l’Islam et se servir du même Islam pour changer les scénarios et les récits qui le maintiennent en place. 

Maryam Sheikh

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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