Rites de passage alternatifs

Que sont les rites de passage alternatifs?

« Les rites de passage alternatifs (RPA) sont présentés par les ONGs et donneurs internationaux comme une alternative à l’initiation des filles à l’âge adulte, mais sans mutilation génitale féminine». Ils « peuvent être compris comme de nouveaux rituels imaginés, dont l’objectif est de répliquer ou imiter certains aspects des processus d’initiation traditionnels, mais sans l’acte d’excision » (Lotte Hughes, 2018).

Dans de nombreuses communautés, les MGF marquent le passage de l’enfance à l’âge adulte, garantissent que la fille peut être mariée. Être excisée est perçue comme une preuve de force et courage et permet à la fille de gagner le respect des autres femmes de la communauté. En ce sens, les rites de passage alternatifs (RPA) ambitionnent d’offrir une alternative inoffensive aux MGF mais remplissant les mêmes fonctions, en marquant le passage de l’enfance à l’âge adulte.

La première tentative de RPA a été menée en 1996 au Kenya dans 30 familles de la communauté Meru par deux organisations, Maendeleo ya Wanawake et le Programme pour une Technologie Alternative dans la Santé (PATH) (Oloo H., Wanjiru M., and Newell-Jones K., Population Council 2011). L’objectif était d’inciter la communauté à continuer de célébrer la cérémonie actant le passage de l’enfance à l’âge adulte mais en abandonnant l’excision. En effet, les MGF formaient partie d’un procédé d’initiation plus large dans la communauté Meru. L’esprit initial du rite a été respecté et conservé dans le rite alternatif. Les jeunes filles reçoivent ainsi une éducation sur la famille et le rôle social des femmes puis une célébration publique avec des échanges de cadeaux ont lieu et une déclaration publique acte de la reconnaissance du passage de la jeune fille à l’âge adulte par la communauté.

Maendeleo ya Wanawake apporte toujours son soutien aux RPA dans quelques communautés spécifiques. Ce rite s’insère dans une approche plus large reposant sur un travail de terrain devant permettre de sensibiliser toute la communauté sur les conséquences des MGF et des mariages précoces, de la mobiliser dans l’abandon de ces pratiques et le respect de la loi. Les RPA aujourd’hui mis en place poursuivent la même logique (Nailantei N., 2018; AMREF Canada). Ils débutent avec une formation de quelques jours sur la santé et les droits des filles et des femmes et se concluent par une cérémonie publique de remise de diplôme.

L’enjeu principal à l’heure actuelle réside dans la reconnaissance par la communauté des rite de passage alternatif, ce qui n’est pas toujours assurée. Lorsque les membres de la communautés ne sont pas impliqués dans les formations ou campagnes de sensibilisation sur les MGF, les rites alternatifs peuvent accentuer la méfiance et donner l’impression d’interventions imposées par l’extérieur, interférant dans la culture et les affaires de la communauté.

Comment et où est-ce mis en place?

Les RPA diffèrent d’une communauté à l’autre et il n’existe pas de modèle unique universellement appliqué. Si les ONG sont les principaux organisateurs des RPA, certaines font aussi appel à des partenaires locaux pour les aider à mobiliser la communauté et assurer la réussite du rite de passage alternatif (UNFPA-UNICEF, 2017).

L’immense majorité des RPA sont conduits au Kenya (AMREF), 2018; AMREF Canada), mais quelques-uns sont aussi menés en Ouganda (UNFPA-UNICEF, 2017) et en Somalie (8).

AMREF fait partie des ONG ayant recours aux rites de passage alternatifs (Nailantei N., 2018):

Dans les rites de passage alternatifs sont offerts des formations sensibilisant les communautés locales aux dangers concomitants aux MGF/E, en construisant un consensus autour de la décision collective d’abandon de la pratique. Le nouveau rituel combine la cérémonie traditionnelle avec une éducation à la santé sexuelle et reproductive, la promotion de l’éducation des filles. La cérémonie des rites de passage alternatifs est marquée par deux jours d’enseignement sur les valeurs de la communauté, les traditions, la sexualité et les problèmes de santé sexuelles, ainsi que sur les compétences essentielles.

Qui est impliqué ?

L’objectif de ces programmes est de mobiliser toute la communauté dans la cérémonie afin de construire un consensus social autour du rite et du sens lui étant accordé. Les personnages principaux sont évidemment les filles qui reçoivent une formation se concluant par une forme de cérémonie de remise de diplôme à laquelle toute la communauté est conviée. Selon les cas, les parents peuvent être impliqués dans la formation des filles. L’implication des aîné.e.s, exciseur.euse.s traditionnel.le.s, parents dans les cérémonies publiques et leur rôle dans tout le procédé diffère d’une communauté à l’autre.

Dans les communautés ougandaises semi-nomade Pokot et Karimojong, par exemple, les MGF sont pratiquées par des guérisseurs traditionnels hautement respectés dans la communauté et considérés comme gardiens des traditions (UNFPA-UNICEF, 2017). Dans la campagne de prévention menée par Vision Care Foundation dans le district de Nakapiripirit, ce sont donc eux qui ont été les premiers visés. Des discussions ont été organisées avec les guérisseurs afin de les sensibiliser aux effets des MGF et les accompagner dans la recherche d’alternatives aux MGF. Ils ont fini par trouver, d’eux-mêmes, une solution de remplacement de l’excision et ont souligné l’importance de sensibiliser aussi aux femmes les plus âgées ayant de forts aprioris sur les filles intactes.

Amref, 78 Girls Graduate into Womanhood without “the cut”. Access here

Amref, 2019 (a), 545 Girls Graduate to Womanhood without the Cut in Kajiado County. Access here

Amref, 2019 (b), Voices the Community as they embrace the Alternative Rite of Passage in place of FGM. Access here

Amref, 2018 (a), 287 Girls Graduate from Childhood to Womanhood wihtout « The Cut ». Available here

Amref, 2018 (b), Local communities should take ownership of war against FGM. Available here

Amref Canada, Stop Female Genital Mutilation (FGM) Start the Alternative!, Access here

Cook S., 2018, Guest Blog for 28TooMany: Feed the Minds, Do ARP approach work?, Access here

Graamans E.P. et al., 2018, PanAfrican Medical Journal: Lessons learned from implementing ARP in the fight against FGM/C, Access here

Hughes L., 2018, Alternative Rites of Passage: Faith, rights, and performance in FGM/C abandonment campaigns in Kenya, Access here 

Oloo H., Wanjiru M., Newell-Jones K., Population Council 2011. “Female genital mutilation practices in Kenya: The role of alternative rites of passage. A case study of Kisii and Kuria districts.”, Access here 

UNFPA-UNICEF, 2017, Annual Report of the UNFPA-UNICEF Joint Programme to End FGM/C: Accelerating Change 17 ways to end FGM/C : Lessons from the field. Companion booklet to the 2016, Access here

UNFPA,World Bank, 2004, Female Genital Mutilation / Cutting in Somalia, Acces here

Nailantei N., 2018,Rope in elders and traditional healers to lead the fight against female cut, Access here

Video: Alternative Rites of Passage to Womanhood: Celebrating girls without “the cut” 

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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