MGF dans des contextes humanitaires et de crise

Pourquoi devrions-nous nous préoccuper des mutilations génitales féminines dans les contextes humanitaires ?

De nombreux pays où les MGF sont pratiquées sont également ceux qui souffrent de crises humanitaires et/ou sont définis comme des “pays fragiles”. En effet, sur les 15 pays où le taux de prévalence des MGF est le plus élevé, 9 pays sont dans cette situation.

Ces situations peuvent inclure des conflits armés et des catastrophes naturelles. Cependant, selon le réseau européen END FGM (Policy Briefing on “FGM in Humanitarian Context”, 2018), les MGF ne sont souvent pas une priorité pour les bailleurs et les décideurs politiques, y compris ceux qui sont responsables de la programmation et pour les travailleurs humanitaires travaillant dans des contextes fragiles.

Peu de recherches ont été menées jusqu’à présent sur l’impact des situations humanitaires et d’urgence sur les MGF. Cependant, les données montrent que les jeunes filles et les femmes, y compris celles qui sont touchées par les MGF, sont souvent touchées de manière disproportionnée par ces crises. Les déplacements de population en temps de crise augmentent considérablement la vulnérabilité des femmes et des filles, notamment l’exposition accrue à la violence liée au sexe, telles que les mutilations génitales féminines. Les contextes d’urgence génèrent également des défis supplémentaires pour les organisations qui doivent fournir des soins à long terme aux survivantes de MGF et mettre en œuvre des activités de prévention durables dans les zones touchées (notamment en raison de problèmes logistiques). En outre, dans les contextes fragiles, il y a souvent un manque de services de soutien adéquats, y compris pour les survivantes de MGF, et l’éducation des filles est souvent perturbée, ce qui augmente le risque de MGF. 

Covid-19 fait la lumière sur une question négligée

En 2020, en plus des autres crises humanitaires en cours, la plupart des pays du monde ont été confrontés à une situation d’urgence en raison du déclenchement de la pandémie COVID-19. La nature mondiale de la crise a tragiquement démontré que tout pays peut rapidement tomber dans l’état d’urgence, y compris ceux qui ne sont pas habitués à vivre de telles situations. En réponse à la pandémie, les gouvernements ont imposé des mesures pour la population générale, telles que l’éloignement social, la limitation des mouvements, les couvre-feux, la fermeture des écoles – ce qui, d’une part, a contribué à contenir la propagation du virus, mais, d’autre part, a fait courir aux filles et aux femmes un risque plus élevé d’être victime de la violence basée sur le genre (VGB) en général, et les MGF en particulier (voir ONU Femmes, 2020). La pandémie de la COVID-19 a mis en lumière le manque de préparation des acteurs et des parties prenantes dans la lutte contre les MGF, dont la plupart sont peu habitué.e.s à travailler en situation de crise. En conséquence, l’UNICEF estime que 2 millions de filles supplémentaires subiront des MGF d’ici 2030 à cause de la COVID-19 qui a entrainé une interruption des programmes de prévention.

Malheureusement, les MGF demeurent un problème secondaire dans les situations d’urgence, car œuvrer pour leur abolition et soutenir les survivantes implique un processus, à long terme, de sensibilisation, de changement de comportement, de prévention et de soins, qui ne s’inscrit pas dans la stratégie de réponse rapide qui façonne le travail dans les contextes d’urgence.

En termes d’aide humanitaire, les violences basées sur le genre restent en général un domaine extrêmement sous-financé par rapport à d’autres secteurs, les fonds alloués ne correspondant pas à l’ampleur du problème. En effet, en 2016, 2017 et 2018, le financement pour lutter contre les VBG ne représentait que 0,12 % de l’ensemble de l’aide humanitaire, soit seulement un tiers des demandes de financement pour les VBG (International Rescue Committee, 2019). La sous-priorisation des MGF dans les contextes humanitaires/crises, ainsi que les fonds limités pour les VBG, expliquent pourquoi très peu de fonds sont alloués pour la prévention et les soins des MGF dans ces contextes.

Un dialogue virtuel entre les parties prenantes visant à fournir des recommandations concrètes aux donateurs et aux acteurs clés

Étant donné la faible priorisation des MGF dans les contextes humanitaires et de crise, AIDOS, le GAMS Belgique et le réseau européen End FGM EU ont décidé d’organiser un dialogue entre les parties prenantes sur le thème “Prévenir et répondre aux mutilations génitales féminines dans les contextes d’urgence et humanitaires“, dans le cadre de la Communauté de pratiques sur les MGF.

Ce dialogue virtuel des parties prenantes s’est tenu entre octobre et novembre 2020 et a rassemblé 76 expert.e.s (dont des militant.e.s de terrain, des ONG nationales ou internationales, des agences des Nations unies, des chercheurs.euses et des universitaires) de 44 organisations, dans 31 pays et 5 régions du monde. Ils/elles se sont réuni.e.s en ligne pour participer à de multiples sessions virtuelles en vue de la réunion du groupe de travail des donateurs sur les MGF les 16 et 17 novembre 2020. L’objectif explicite était de fournir un ensemble concret de recommandations pour les bailleurs et les acteurs clés dans ce domaine. Ces résultats ont été présentés lors d’un webinaire public le 12 novembre 2020.

Dans cette section, vous trouverez des informations recueillies dans le cadre du dialogue avec les parties prenantes et des défis rencontrés pour prévenir et pour répondre aux MGF dans les contextes humanitaires et/ou de crise, ainsi que sur les bonnes pratiques identifiées et les solutions recommandées.

Vous pouvez également télécharger le rapport du dialogue des parties prenantes ici :

Plus d’informations sur le Covid-19 et les MGF dans le sujet spécifique

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

Les opinions exprimées sur ce site web sont celles des auteur.e.s et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l’UNFPA, de l’UNICEF ou de toute autre agence ou organisation.

© Copyright : GAMS Belgium