MGF dans des contextes humanitares et d’urgence

L’UNICEF estime que 2 millions de filles supplémentaires subiront des MGF d’ici 2030 en raison de l’interruption du programme COVID-19.

En 2018, END FGM EU a publié une note d’information politique sur “Les MGF dans le contexte humanitaire”. Ils notent que la plupart des pays ayant les taux de prévalence de MGF les plus élevés au monde sont également des pays souffrant de crises humanitaires et définis comme des “contextes fragiles”. Dans la note d’information, on trouve une liste de ces États par prévalence des MGF. (END FGM, 2018)

Le réseau constate que peu de recherches avaient été menées jusqu’alors sur l’impact des situations humanitaires et d’urgence sur les MGF. En outre, “les MGF sont considérées comme une question secondaire dans les situations d’urgence, car travailler à leur abandon implique un processus à long terme de sensibilisation, de changement de comportement et de prévention, qui ne s’inscrit pas dans la stratégie de réponse rapide qui façonne le travail dans les situations d’urgence”. (END FGM, 2018) Il a également été souligné que très peu de fonds humanitaires mondiaux sont consacrés aux services de lutte contre les VBG, entre 2016 et 2018, ce montant n’a représenté que 0,12 % du financement

D’octobre à novembre 2020, AIDOS, le réseau européen End FGM, et le GAMS Belgique ont organisé un dialogue virtuel international des parties prenantes sur le thème “Prévenir et répondre aux mutilations génitales féminines dans les contextes d’urgence et humanitaires”.

Ce dialogue s’est tenu dans le cadre des travaux de la Communauté de pratique sur les MGF. Le dialogue a rassemblé des parties prenantes des secteurs public, privé et des OSC, en Afrique, en Europe et au-delà, et s’est tenu dans la perspective de la réunion du groupe de travail des donateurs qui aura lieu en novembre 2020. Les résultats du groupe de travail sont présentés lors d’un webinaire public le 12 novembre 2020.

Après la présentation aux donateurs, la discussion et l’échange de connaissances sont ouverts à l’ensemble de la communauté de pratique.

Compréhension actuelle de l’impact de la crise sur les MGF

Bien que la recherche soit rare, END FGM EU (2018) et 28 Too many (2014) ont énuméré certains des impacts que les contextes humanitaires et de crise peuvent avoir sur les MGF :

  • Renforcement de certaines pratiques traditionnelles néfastes et d’autres formes de violence liée au sexe en temps de crise
  • Les déplacements de population peuvent entraîner la propagation des MGF
  • Les contextes humanitaires rendent la prévention des MGF plus difficile (notamment en raison de problèmes logistiques)
  • Manque de services de soutien adéquats dans les contextes fragiles
  • Perturbation de l’éducation des filles, entraînant un risque accru de MGF
  • Le fait d’avoir survécu à une MGF peut renforcer les conséquences négatives des viols, qui augmentent en temps de crise


28 Too Many ont souligné que les MGF sont considérées comme une préoccupation secondaire aux yeux de la communauté internationale en temps de crise, lorsque les besoins primaires tels que la nourriture, l’eau et les soins de santé sont prioritaires.

Ils ont également souligné que, la prévention des MGF nécessitant un travail à long terme, en étroite collaboration et avec patience avec les communautés locales, les situations d’urgence peuvent conduire à l’arrêt des programmes de prévention des MGF. En Somalie, par exemple, la situation instable a entraîné des difficultés dans la mise en œuvre de programmes à long terme contre les MGF, avec un taux de prévalence constamment élevé, juste en dessous de 100 %.

Le réseau européen END FGM a formulé les recommandations suivantes en 2018 :

  • S’attaquer à toutes les formes de violence liée au sexe dans les situations d’urgence, et pas seulement aux violences sexuelles liées aux conflits, car elles sont toutes exacerbées et profondément interconnectées ;
  • S’attacher à assurer un soutien spécialisé complet aux survivantes de MGF, fourni par des professionnels parfaitement formés ;
  • Mettre l’accent sur des programmes garantissant l’autonomisation économique et l’éducation des femmes dans des contextes fragiles, ce qui les protégerait contre les violences liées aux difficultés économiques et à la pauvreté ;
  • Les programmes de lutte contre les MGF devraient être explicitement intégrés dans tous les domaines d’urgence – préparation, réponse et relèvement ;
  • Inclure dans les programmes à la fois les communautés d’accueil et les communautés déplacées.

En outre, dans une note d’orientation sur l’impact de Covid-19 sur les MGF, le Orchid project (2020) a également constaté que les taux de MGF ont augmenté en Afrique de l’Est et de l’Ouest en raison des verrouillages, qu’il y a un manque urgent d’intégration des MGF dans les efforts de réponse à COVID-19, laissant les filles sans recours aux services essentiels de prévention, de protection et de soutien, et enfin que l’espace pour la société civile travaillant sur les MGF a diminué et que le financement a diminué.

“Les situations d’urgence et les crises humanitaires, y compris les épidémies de santé, ont des répercussions disproportionnées sur les femmes et les filles et exacerbent ces inégalités structurelles existantes entre les sexes, qui sont au cœur des MGF. L’application d’une perspective de genre à la réponse COVID-19 est essentielle pour poursuivre et accélérer le travail visant à mettre fin à l’excision et à toutes les formes de violence sexiste, afin d’atteindre la SDG 5 d’ici 2030”. Orchid Project, 2020.

Plus d’informations sur le Covid-19 et les MGF dans le sujet spécifique

L'impact du Covid-19 sur les MGF

1) EndFGM EU Network, 2018, Briefing – FGM in a HUMANITARIAN CONTEXT, Access here
2) 28toomany, 2014, THE IMPACT OF EMERGENCY SITUATIONS ON FEMALE GENITAL MUTILATION – Briefing Paper. Access here
3) Orchid Project, 2020, Policy briefing: Impacts of COVID-19 on female genital cutting (FGC). Access here
4) UNFPA and UNICEF, 2020, COVID-19 Disrupting SDG 5.3: Eliminiating Female Genital Mutilation, Access here

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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