Elles ne sont imposées par aucune religion

LES MGF NE SONT PAS UNE « PRATIQUE MUSULMANE »

Les mutilations génitales féminines sont parfois, à tort, considérées comme une « pratique musulmane », y compris par le grand public dans les communautés non pratiquantes ou pratiquantes. Cependant, bien que les MGF soient pratiquées par certaines communautés musulmanes, elles sont également courantes dans les communautés chrétiennes ou animistes.

=> En Erythrée par exemple, 98% des femmes musulmanes ont subi une MGF, mais 88% des femmes catholiques l’ont elles aussi subie ainsi que 84% des femmes appartenant à d’autres communautés religieuses. De même, au Mali, 89% des femmes musulmanes, 84% des femmes chrétiennes et 86% des femmes animistes ont subi cette pratique.

=> Au Niger, en Tanzanie et au Nigéria, les mutilations génitales féminines sont plus répandues dans les communautés chrétiennes que dans tout autre groupe religieux : au Niger, plus de 50% des filles et des femmes qui ont subi la pratique sont chrétiennes et les musulmanes ne représentent que quelques pour cent.

LES MGF NE SONT PAS EXIGées par les doctrines fondatrices des grandes religions monothéistes

Bien que les MGF soient pratiquées par des communautés chrétiennes (e.g. Gambie, Burkina Faso, Sierra Leone, Erythrée) musulmanes (e.g Indonésie, Djibouti), ainsi qu’historiquement par une communauté juive d’Ethiopie (Falashas) (18), la pratique n’est en réalité imposée par aucune religion monothéiste ou autre religion.

  • Religion chrétienne : Les MGF ne sont pas évoquées et encore moins recommandées dans la Bible. Elles sont en contradiction fondamentale avec le principe chrétien du respect dû au corps humain, pensé comme sacré. (3)
  • Religion juive : Les MGF ne sont mentionnées ni dans la Torah, ni dans toute autre source faisant office de loi judaïque. Elles relèvent dès lors d’une mutilation du corps humain, une pratique interdite par les préceptes juifs. (3)
  • Religion musulmane : Aujourd’hui l’islam est la religion la plus communément associée à la pratique des MGF, et est fréquemment utilisée pour la justifier. Il a pu être observé que le respect de la loi islamique devenait même parfois le premier motif de la pratique … et pourtant :

=> Les MGF ne peuvent être définies comme acte « islamique » au vu des quatre
grandes sources qui fondent les obligations islamiques (4) :

  • Quran -> les MGF ne sont aucunement présentes dans le texte.
  • Sunna -> les Hadiths qui ont pu être utilisés pour justifier les MGF ont été dénoncés comme inauthentiques (4). De plus, il n’y a pas de preuve que les propres filles du Prophète ou celles de ses compagnons aient été excisées, or il apparaît que le Prophète n’ordonnerait pas une chose qu’il n’appliquerait pas lui-même.
  • Ijma’a -> il n’existe pas de consensus entre les érudits musulmans et les grandes écoles de pensée sur les MGF. Elles ne peuvent donc être pratiquées au nom d’un consensus global des érudits sur la question.
  • Qiyas -> bien que certaines personnes argumentent que les MGF seraient l’équivalent féminin de la circoncision masculine et que pourraient donc s’y appliquer les mêmes règles en terme de jurisprudence islamique au nom du principe de qiyas, bien d’autres soulignent que les MGF ne sont pas similaires à la circoncision masculine et ne peuvent donc être soumises aux mêmes injonctions et affirmations religieuses.

=> Non seulement les MGF ne sont ainsi pas un acte exigé par l’islam, mais elles sont en contradiction avec des commandements cette fois bien reconnus par les sources de droit islamique : ne pas faire du mal, ne pas changer la création d’Allah, ne pas punir un.e innocent.e (là où les MGF servent à anticiper la ‘faute’ – relations sexuelles avant ou hors du mariage- chez de petites filles).… Elles sont aussi contraires aux droits humains reconnus par l’islam : le droit à la vie, le droit à l’intégrité physique, le droit au plaisir sexuel dans le mariage pour une femme … (4)

Les MGF ne sont donc exigées par aucune des trois religions monothéistes. Elles ont d’ailleurs été observées avant l’avènement de ces grandes religions, et sont également pratiquées par des communautés animistes.