Les enjeux intergénérationnels des MGF

Les mutilations génitales féminines sont une norme sociale et une norme de genre, inscrites dans la tradition des pays qui les pratiquent (AIDOS, 2021).  Les MGF sont liées à des enjeux de féminité et identitaires dans les sociétés où elles sont coutumières. 

Les normes sociales, telles que les MGF, sont inculquées par la famille pendant l’enfance (socialisation primaire) et se développent par l’appropriation ou le rejet à l’âge adulte (socialisation secondaire). Changer une norme revient à bousculer à la fois les valeurs et les traditions d’une communauté. Comme d’autres normes sociales, valeurs et traditions, la pratique des MGF se transmet de génération en génération.

La force de ces normes explique que même lorsque la loi condamne la pratique des MGF, comme c’est le cas dans un grand nombre de pays concernés, elles continuent à être perpétrées et peuvent avoir la faveur d’une majorité de la population. Comme nous avons pu le voir dans la discussion sur la Loi et les MGF, la pratique est souvent si ancrée que l’on préfère déroger à la loi que la remettre en cause.

Dans leur texte Perpétuation intergénérationelle de la pratique de l’excision au Burkina Faso, Maiga et Baya (2008) expliquent qu’au sein d’une famille une mère qui a été soumise à la pratique va souvent perpétuer la pratique pour ses filles (même lorsqu’elle en a souffert) car elle a la conviction que “grâce à l’excision elle a pu accéder à la vie conjugale, échapper à la stérilité, vivre une fécondité abondante, s’épanouir socialement, une mère ne peut souhaiter meilleur destin à sa fille que le sien”. Dans de nombreuses communautés, il est aussi particulièrement difficile de discuter des questions taboues telles que la santé reproductive et sexuelle, dont les MGF, avec des personnes d’une autre génération. (The Girl Generation, 2019).

Comme l’exprime une auteure anonyme sur le blog de Sahyio (2019):

“L’ironie est que [les MGF sont] une pratique courante transmise de génération en génération, mais c’est un secret bien gardé. Personne n’en parle, sauf si c’est votre tour de la subir.”

Par ailleurs, remettre en question ces traditions que sont les MGF peut être vécu comme particulièrement menaçant pour les anciennes générations d’autant plus que l’esprit humain se tourne naturellement vers la préservation de ce qui a depuis toujours existé.

Dans certaines communautés, le rituel culturel associé à la pratique des MGF témoigne aussi de l’emprise des ancêtres sur les sociétés modernes. (Maiga et Baya,2008).

De manière très concrète, les MGF sont aussi traditionnellement effectuées par des exciseuses auxquelles le métier à été transmis de génération en génération, de mère à fille. Rejeter les MGF implique ainsi pour certaines de rejeter le métier auquel on était destiné.

Pour ces raisons, le processus de changement de la norme que sont les MGF nécessite d’engager un dialogue entre les générations. Cette stratégie a été utilisée par certaines ONG œuvrant pour une fin aux MGF. Selon The Girl Generation (2019), le dialogue intergénérationnel est “une méthode participative pour mettre fin aux MGF dans le but d’établir un changement d’attitude envers les MGF. Ces dialogues sont basés sur le renforcement du dialogue entre toutes les générations, afin que l’ensemble de la communauté s’engage dans un processus collectif de changement.” 

L’ONG SOWRAG a notamment mis en place cette stratégie en Somalie, ce qui leur a permis de “faciliter un environnement positif et facilitant où les personnes pouvaient partager leurs opinions sur les MGF ouvertement. Autant les jeunes que les générations plus anciennes étaient enthousiastes à l’idée de parler des questions autour des MGF et étaient content.e.s de partager leurs histoires”. (The Girl Generation, 2019)

En juin 2021, la Communauté de pratiques a décidé d’analyser les MGF sous l’angle des enjeux intergénérationnels. Dans le cadre de cette discussion, nous aborderons les différentes manières dont les MGF sont influencées par les relations entre les générations et la manière dont ces relations peuvent être mobilisées dans la stratégie pour mettre fin à la pratique.

  • Qu’en pensez-vous? Quel rôle jouent les personnes jeunes et les personnes plus âgées dans la perpétuation ou la mise en question des MGF dans votre communauté ?
  • Avez-vous déjà utilisé le dialogue intergénérationnel dans votre travail ? Avec quel résultat?
  • Comment le dialogue intergénérationnel peut-il permettre de lever le tabou sur la sexualité des femmes ?
  • En quoi ce genre de dialogues peut-il aider à rompre la chaîne de traumatismes intergénérationnels ?
  • Vodiena, G., Coppieters, Y., Lapika, B., Kalambayi, P., Gomis, D. & Piette, D.(2012) Perception des adolescents et jeunes en matière de santé sexuelle et reproductive, République Démocratique du Congo. Santé Publique, 5(5), 403-415. https://doi.org/10.3917/spub.125.0403 
  • Vogt, S., Mohmmed Zaid, N., El Fadil Ahmed, H. et al.(2016) Changing cultural attitudes towards female genital cutting. Nature 538, 506–509 https://doi.org/10.1038/nature20100

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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