Plaidoyer pour un meilleur accès aux services de soins pour les survivantes des MGF

Le plaidoyer en matière de santé et de protection sociale consiste à soutenir les personnes qui ne sont pas en mesure de veiller à ce que leurs intérêts supérieurs soient pris en compte. Les objectifs ultimes du plaidoyer en matière de santé et de protection sociale pour les survivantes des MGF servent à garantir que : 

  1. Leur voix, leurs points de vue et leurs expériences sont entendus et traités avec le respect approprié 
  2. Ils reçoivent un traitement égal et équitable comme le reste de la population, et un traitement qui couvre leurs besoins spécifiques, y compris les soins de santé mentale 
  3. La survivante est pleinement consciente de ses droits en vertu de la législation en vigueur et peut prendre des décisions éclairées sur la base des conseils fournis et n’a aucun obstacle lorsqu’il s’agit d’accéder aux soins nécessaires. 

Sur la base de la déclaration ci-dessus, nous devrions nous demander si les survivantes de MGF ont accès aux services de soins dont elles ont besoin, et si leurs communautés, gouvernements et autres organes ont fait le nécessaire absolu pour fournir les soins nécessaires. 

La réponse à cette question est NON. Les survivantes de MGF n’ont pas accès aux services de soins dont elles ont besoin. C’est la raison pour laquelle les programmes de plaidoyer travaillant sur cette question doivent être promus. 

Une organisation appellée Care Counceling parle de trois types de plaidoyer : 1) l’auto-représentation 2) la défense individuelle et 3) la défense des systèmes. Ces catégories peuvent également être examinées lorsque nous parlons de MGF. 

Chaque violence contre les filles et les femmes est profondément enracinée dans les déséquilibres de pouvoir entre les sexes qui privent les victimes de leur voix et de leur capacité à s’exprimer. C’est le même cas que les MGF, d’où l’accent mis sur l’individu et le plaidoyer pour le changement de système au lieu de l’auto-représentation. S’attendre à ce que seules les victimes s’expriment sans changement substantiel dans le système ne donnerait pas les résultats que nous souhaitons voir. 

Auto-représentation : Soyez votre propre avocat. 

Être votre propre avocat est un exemple classique d’auto-représentation. Il s’agit de parler pour soi-même, de défendre ce dont vous avez besoin. L’auto-représentation comprend également la capacité de parler de ce que vous désirez, comme les espoirs et les rêves. Apprendre à vous connaître, « trouver » votre voix et acquérir la confiance nécessaire pour utiliser efficacement votre voix sont des étapes stimulantes pour devenir votre propre défenseur. Sur ce point, il est irréaliste de s’attendre à ce que les survivantes des MGF soient les seules à prendre la parole pour faire reculer le taux de MGF. 

Plaidoyer individuel : être un défenseur des autres 

Le plaidoyer individuel consiste à prendre la parole et à défendre les personnes vulnérables. Ceux qui jouent un rôle de soignant auprès des personnes vulnérables sont des défenseurs et ceux qui jouent un rôle professionnel pour aider les individus et les familles à se connecter aux ressources sont également des défenseurs. Les défenseurs individuels peuvent prendre la forme d’un soutien informel ou professionnel. 

Cela peut s’adresser spécifiquement aux militants ou à d’autres personnes, travaillant officiellement ou officieusement pour mettre fin aux MGF. 

Défense des systèmes : être un défenseur du changement systémique 

La défense des systèmes implique de travailler activement au changement aux niveaux local, étatique/regional et national pour influer sur le changement au sein des politiques publiques. Cela implique de travailler à réduire les obstacles en modifiant les lois ou les règles qui ont un impact sur les individus. Les défenseurs des systèmes sont souvent impliqués dans la collecte et l’utilisation de données pour influencer la recherche et le financement. Le plaidoyer systémique est comme une voix puissante et collective d’auto-représentants et de défenseurs individuels travaillant ensemble pour apporter un changement positif. C’est le cas des organisations communautaires enregistrées, des organisations nationales ou régionales qui peuvent travailler individuellement ou en consortium pour influencer la politique sur les MGF aux niveaux micro ou macro. 

Qu’est-ce qui devrait être fait?  

L’UNICEF montre qu’environ ¼ des filles qui ont subi une MGF ont été excisées par un prestataire de soins de santé. 

Premier effort, pousser pour l’interdiction des MGF avec des règles et des lois au niveau national et mondial, en rejoignant l’effort de l’UNFPA. Comme le rapporte l’UNFPA Chaque année, trop de filles saignent à mort après avoir été excisées. Si un cutter utilise le même instrument pour plusieurs filles, le risque d’infection par le VIH augmente. Les personnes vivant avec le VIH/SIDA sont confrontées à des problèmes de santé permanents ou à la mort, surtout si elles ne sont pas en mesure d’obtenir un traitement. Comme l’explique un ancien exciseur en Ouganda : « J’ai utilisé le même couteau sur sept filles. Le premier avait le VIH/SIDA, donc toutes les sept l’ont attrapé. Maintenant, elles sont toutes morts. 

À la COP, nous avions précédemment eu une discussion sur les lois et les MGF. Plaider pour des lois nationales qui promeuvent l’abandon des MGF est très important. Bien que la loi seule ne suffise pas, la mobilisation communautaire et l’amélioration de l’ensemble de l’écosystème, comme le système de santé, le changement des systèmes judiciaires et socio-économiques, sont essentielles pour faire baisser la pratique. 

Deuxièmement, il est pratique d’utiliser la recherche et les études de cas pour plaider en faveur d’une meilleure gestion des cas. Lors de la discussion sur les financements innovants pour mettre fin aux MGF, l’une des recommandations mentionnées par les membres et par l’UNICEF lors de la présentation Option Paper, était l’utilisation des données pour plaider en faveur d’une meilleure allocation. L’Organisation mondiale de la santé, dans le cadre de son programme de reproduction humaine, a développé divers outils qui peuvent être utilisés pour plaider en faveur d’une meilleure prise en charge des survivantes de MGF. Parmi ceux-ci, le kit de ressources sur les mutilations génitales féminines pour le secteur de la santé qui comprend la stratégie mondiale visant à empêcher les prestataires de soins de santé de pratiquer des mutilations génitales féminines. Il existe d’autres outils tels que le calculateur de coût des MGF qui sont utiles aux décideurs politiques, aux planificateurs et aux gestionnaires de programmes, à la communauté des donateurs, aux défenseurs de l’abandon des MGF et à toute personne souhaitant en savoir plus sur l’impact des MGF sur la santé et l’économie. 

Parmi les points saillants de cette discussion sur l’accès aux services de soins pour les survivantes des MGF, il y avait le plaidoyer pour que les sages-femmes effectuent des interventions chirurgicales mineures mais importantes telles que la désinfibulation. Selon les juridictions des pays, certaines sages-femmes peuvent être autorisées à effectuer un certain nombre de chirurgies. Par exemple, en Suisse, les sages-femmes sont autorisées et encouragées à pratiquer la désinfibulation pour les survivantes de MGF lors des visites gynécologiques ou lorsqu’elles se préparent à accoucher à tout moment après le deuxième trimestre. Ce n’est cependant pas le cas pour les sages-femmes en Belgique. 

Troisièmement, il faut organiser des programmes pour que les victimes soient conscientes de leurs droits et demandent des services. Une membre de la COP a déclaré que l’accès aux services de soins pour les survivantes des MGF est important, mais plus important encore pour les survivantes de savoir qu’elles ont besoin de ces services. Cela a été soutenu par une autre membre, une survivante des MGF, qui a déclaré que pendant longtemps, elle n’avait aucune idée qu’elle portait le traumatisme qui accompagne la MGF qu’elle a subi et qu’il a fallu beaucoup de temps pour en savoir plus sur le traumatisme intériorisé et finalement faire quelque chose à ce sujet. Des campagnes de plaidoyer impliquant la communauté, avec une optique sexuelle et reproductive, éclaireraient davantage les changements que les MGF auraient pu produire sur le corps des filles et des femmes afin qu’elles sachent demander de l’aide si elles voyaient ces symptômes. 

Les sessions de formation pour le personnel médical sont nécessaire pour traiter les femmes et les filles de manière holistique afin qu’elles aient la chance de parler des MGF et des conséquences qu’elles pourraient avoir sur le corps et la santé sexuelle. 

Tout programme de plaidoyer devrait servir à aider les personnes concernées à trouver leur voix. Même si le point principal de cette discussion porte sur la promotion de soins holistiques pour les survivantes des MGF, l’idée est que tous ces efforts finissent par conduire à l’abandon de la pratique. 

Pour les organisations de la société civile et les militants qui envisagent de mener des programmes de plaidoyer pour un meilleur accès aux services de soins pour les survivantes des MGF, il y a quelques éléments importants à prendre en compte. 

> L’Initiation de discussions directes avec les décideur.e.s à tous les niveaux. Depuis le village, la communauté et au niveau national. Ce sont les personnes qui sont parfois les gardiennes des pratiques néfastes ou celles qui ont une voix forte dans les communautés et sont capables de suggérer ou de promulguer des lois qui protégeraient les sans voix. 

> Chaque plan de plaidoyer a besoin de volonté politique et d’action politique pour être efficace. Des lois votées au niveau national, pour que le ministère de la santé crée des protocoles pour les services de soins de santé et pour que d’autres acteurs de la gouvernance du pays créent l’accès et à coup abordable d’autres types de services de soins. 

> Il est nécessaire de travailler avec les niveaux de base comme une forme de redonner le pouvoir aux communautés. Il n’y a pas de meilleur plan que de travailler avec ceux qui sont immédiatement touchés. Les survivantes des MGF et les personnes à risque doivent être entendues et leurs idées doivent être ajoutées au cœur du plan de plaidoyer. 

Pour un plaidoyer général pour l’accès à une prise en charge holistique des MGF, il est important que les acteurs impliqués sachent comprendre et prendre connaissance de tous les faits et une bonne analyse de ce qui a fonctionné ailleurs qui puisse être adapté ou contextualiser dans leurs communautés. Il est nécessaire de créer des ponts vers les survivantes et les personnes à risque pour les écouter, créer un engagement avec les communautés et établir des relations avec d’autres acteurs tels que les organisations régionales et internationales, les militants, les organisations partageant les mêmes idées, le gouvernement, les professionnels de la santé, les dirigeants communautaires et toutes les personnes intéressées à mettre fin MGF dans cette génération. 

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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