La nécessité de renforcer la formation des professionnel.le.s de la santé sur les MGF

La nécessité de renforcer la formation des professionnel.le.s de la santé sur les MGF

Au cours des échanges sur la discussion thématique portant sur l’accès aux services de soins pour les survivantes de MGF, des membres de la COP MGF ont noté l’importance de se questionner sur un certain nombre de constats à savoir : 

Au Soudan du Sud, le silence du gouvernement quant à une réponse axé sur les soins aux survivantes de MGF. 

En Sierra Léone, la difficulté de fournir des services de soins spécialisés aux survivantes de MGF du fait de l’absence d’initiative du gouvernement, mais aussi, la difficulté d’impliquer les professionnels de la santé et les praticiens à cause du fossé qui existe entre certains qui soutiennent la pratique et d’autres non d’une part. 

D’autre part, la nécessité et l’urgence pour la société civile de renforcer les pressions sur le gouvernement afin de rappeler les engagements pris au niveau international, et même au niveau national pour fournir un service nécessaire aux survivants de VSBG. 

Au Canada, la problématique des MGF ne fait pas encore l’objet d’un plan d’action impliquant la mise sur pied de services de soins spécifiques aux survivantes de MGF. C’est le challenge actuel sur lequel travaille la société civile. Par ailleurs, on note de plus en plus des avancées. Le gouvernement vient de financer certaines organisations de la société civile spécialisée sur la problématique des MGF au Canada. Il y a donc de l’espoir pour plus de dialogue, d’éducation publique et de services pour les filles à risque. Des modules pour différents prestataires de services sont en cours d’élaboration et une éducation/information du public est prévue. Le prochain défi pour la société civile serait d’inclure les MGF dans le plan d’action nationale sur la VBG afin de fournir des services de soins spécifiques et spécialisés pour les survivantes de MGF. 

Au Kenya, les services de soins aux survivantes de MGF relèvent exclusivement du privé. Il y a donc des médecins du privé qui pratiquent la désinfibulation et la chirurgie réparatrice. Le conseil/thérapie sont des services qui sont également fourni par des cliniques privées et ne sont accessibles qu’à celles qui peuvent se le permettre et qui ont conscience de leur trauma et son impact dans leur vie : « Très important, car je ne savais pas que nous portons un traumatisme et avons donc besoin d’une thérapie pendant longtemps » (une survivante des MGF). 

À la question de savoir si : les femmes qui subissent les MGF comprennent-elles qu’elles ont besoin de soins médicaux ? 

Pour certain.e.s membres de la COP MGF, beaucoup de femmes n’ont pas souvent une compréhension de leur corps et ne croient donc pas que les MGF aient un effet négatif sur leur corps. 

Pour d’autres, c’est un processus, un cheminement qui prend du temps, et les professionnel.le.s de santé devrait aussi accompagner les survivantes dans ce sens : « En tant que survivante de MGF vivant au Canada, j’ai dû préparer mon gynécologue lorsque je faisais un test Pap. Je suis ouverte sur ma quête d’une guérison holistique, mais je ne sais pas combien de survivantes sont au même niveau. La thérapie et les conseils coûtent cher et ne sont généralement pas couverts par l’assurance. L’autre jour, des survivantes m’ont contacté pour une chirurgie reconstructive et je n’ai pas pu obtenir d’aide pour elles ». (une survivante des MGF).   

Selon les résultats de l’étude  Health sector involvement in the management of female genitalmutilation/ cutting in 30 countries  qui cartographie les politiques et les services de soins de santé dans 30 pays, on note un certain nombre de faits : 

La formation des professionnels de la santé sur l’E/MGF a été réalisée dans 24 des pays ayant répondu (10 pays d’origine : Burkina Faso, Égypte, Éthiopie, Gambie, Ghana, Kenya, Mali, Sierra Leone, Somaliland, Soudan. 

et 14 pays de migration : Australie, Autriche, Belgique, Finlande, France, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Suède, Royaume-Uni, États-Unis). 

Parmi les 10 pays d’origine , la formation a été déclarée systématique dans huit pays huit, car les MGF sont inclues dans un ou plusieurs programmes d’enseignement pour les profesionnel.le.s de santé. Dans les pays de migration, seule la moitié des 14 pays ont une formation systématique, tandis que l’autre moitié la dispense sur une base ad hoc. 

Cette étude met également en évidence l’importance et le devoir pour les professionnel.le.s de la santé de dispenser une éducation sanitaire sur les MGF à leurs patientes.  

Tous ces constats nous amènent à la conclusion suivant : la nécessité de renforcer la formation des professionnels de la santé sur les MGF et la nécessité pour ces professionnel.le.s d’être beaucoup plus proactifs et d’ouvrir le dialogue afin de mieux explorer les besoins et demandes des femmes concernées par les MGF en matière de santé. 

Une étude a d’ailleurs été menée dans ce sens en Belgique : « Les besoins et demandes en matière de santé et droit sexuels et reproductifs des femmes vivant avec une MGF à Bruxelles » 

Cette étude nous apprend par exemple que pour explorer les besoins et demandes des femmes concernées par les MGF en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs de manière globale, en prenant en compte différents aspects de la santé sexuelle et reproductive tel que la contraception, l’accès aux soins, la sexualité, et les violences basées sur le genre il faudrait adopter une démarche qui consiste à interroger les survivantes de MGF sur leur besoin et demande en santé en général et de ce diagnostic, il sera plus facile de mieux connaitre et cerner les besoins des survivantes de MGF.  

Cette démarche permet également de voir, évaluer dans quelle mesure les services existants répondent-ils aux besoins des survivantes, et de voir comment on pourrait améliorer ces services afin de promouvoir la santé des filles et des femmes touchées par les MGF. 

Il serait important pour tout.e professionnel.le.s qui accompagne les survivantes de MGF de veiller et de promouvoir la santé des survivantes de MGF en se questionnant sur : 

  • Quels sont les besoins en termes de santé d’une survivante de MGF ?  
  • Dans quelle mesure les services proposés répondent-ils aux besoins de ces femmes ou devraient y répondre ?  
  • Comment pourrait-on améliorer nos services ?  

Le but du diagnostic nous permettra en tant que professionnel.le.s de santé, institutions de soins de santé, pouvoirs publics,… d’élaborer des actions concrètes au sein de ces services pour promouvoir le bien-être et la santé des survivantes de MGF. 

Aussi, un simple accès à l’information n’est pas suffisant. Les femmes doivent également avoir la possibilité de parler de leur vécu et d’exprimer leurs besoins. Nos résultats indiquent d’ailleurs que les patientes concernées par les MGF souhaitent que les professionnel·le·s abordent des sujets « intimes » comme la sexualité, les mutilations génitales féminines, les violences, les problèmes de santé génitale. Elles souhaitent que les professionnel·le·s fassent le premier pas (Florquin, Stéphanie (2021)). 

Lorsque nous leur permettons de s’exprimer sur leur vécu, nous constatons que les femmes concernées par les MGF ont des besoins d’informations autour de la santé en général. 

Nous partageons certaines recommandations de cette étude afin de renforcer renforcer la formation et l’information des professionnel·le·s  et ainsi de renforcer les services de soins disponibles pour les survivantes de MGF. 

COMMENT RENFORCER LA FORMATION ET L’INFORMATION DES PROFESSIONNEL·LE·S ? 

  • Renforcer la connaissance des MGF et de leurs conséquences chez les professionnel·le·s du social et de la santé. Cela passe par l’identification des besoins spécifiques d’information et la mise en place de ressources adaptées.
  • Renforcer l’information accessible aux professionnel·le·s au sujet des conséquences possibles de l’excision, : ce qui peut être lié à l’excision, et ce que ne l’est pas (ou probablement pas, ou pas forcément).
  • Intégrer la problématique des MGF dans la formation de tout·e professionnel·le de santé pouvant être amené·e à prendre en charge des femmes migrantes (dont les médecins généralistes et les sages-femmes) sur les besoins en matière de Santé des survivantes de MGF.
  • Renforcer la formation des professionnel·le·s et de futur·e·s professionnel·le·s du secteur psychosocial au niveau de la prise en charge des femmes des survivantes de MGF.
  • Former les professionnel·le·s, de santé ainsi que les assistant·e·s sociaux·ales afin qu’ils et elles soient capables de mieux expliquer les conséquences possibles que l’excision peut avoir sur la santé des personnes, tout en restant à l’écoute de la situation spécifique de chaque patiente et en n’attribuant pas des problèmes de santé de manière universelle à toutes les personnes concernées par l’excision.
  • Inciter les professionnel·le·s de santé et de la santé mentale à aborder les questions liées à l’ excision, avec les patientes (survivantes de MGF) afin de leur donner la possibilité de parler de ces sujets et de problèmes de santé potentiels. Cela passe par la formation initiale et continue.
  • Renforcer la connaissance sur les MGF des professionnel·le·s à travers l’identification de leur besoin d’information et un travail de création et d’adaptation d’outils.
  • S’assurer que les violences basées sur le genre, y compris les MGF, soient inclues dans la formation initiale obligatoire de futur·e·s professionnel·le·s (communication, santé, psychologique, juridique).

  

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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