Prévention des MGF en milieu scolaire

Prévention des MGF en milieu scolaire

Le dicton français : “Mieux vaut prévenir que guérir” prend tout son sens dans la discussion thématique Éducation et MGF. Il est encore plus pertinent dans le cas des MGF en raison des dommages qu’elles causent, certains allant au-delà des dommages physiques et le plus souvent trop difficiles ou impossibles à réparer.  

Quel autre meilleur cadre de prévention que l’école ? L‘école étant le lieu de socialisation par excellence et de ce fait, elle a la capacité de changer les réalités actuelles tout en protégeant l’avenir.  

Lors de la Journée internationale de tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines 2022, l’UNICEF a mentionné que lorsque les filles ne sont pas en mesure d’accéder aux services vitaux, aux écoles et aux réseaux communautaires, leur risque de mutilation génitale féminine augmente considérablement – menaçant leur santé, leur éducation et leur avenir. Aujourd’hui, les filles sont un tiers moins susceptibles d’être soumises à des mutilations génitales féminines par rapport à il y a trois décennies ; cependant, les progrès doivent être au moins 10 fois plus rapides pour atteindre l’objectif mondial d’élimination d’ici 2030. De multiples crises qui se chevauchent, notamment la COVID-19, la montée de la pauvreté, les inégalités et les conflits, exposent des millions de filles à un risque accru de mutilations génitales féminines. Cela nécessite plus de concentration et des moyens créatifs de travailler avec les communautés pour accélérer les progrès.  

Dans la note précédente sur l’Éducation et MGF, il a été mentionné que l’un des principaux résultats de l’éducation est de favoriser le questionnement et la discussion en général et que l’éducation offre aux individus la possibilité de penser différemment des rôles sociaux. Grâce à cela, les gens prendraient des choix qui ne dépendent pas de la pratique des MGF pour être acceptés.  

La prévention actuelle réside principalement en l’information, la sensibilisation et un rappel de la loi. Partant de ce constat, nous nous sommes demandé quels moyens de prévention supplémentaires pourraient être mis en place . Nous avons pensé à l’environnement le plus accessible dans lequel les victimes potentielles évoluent : le domaine scolaire. Ainsi, on peut se demander : faut-il développer une meilleure approche de prévention concernant les mutilations génitales féminines en passant par le cadre scolaire ? De ce fait, l’école jouerait donc un rôle fondamental dans la prévention des MGF.

Nous observons que le délai pour agir sur les mutilations génitales féminines ne cesse de se réduire de plus en plus, car les efforts déployés pour les enrayer ont amené les praticien.ne.s à agir tôt dans la vie des filles. Les filles sont désormais excisées très jeunes. Au Kenya, par exemple, l’âge moyen, qui était de 12 ans, a été ramené à 9 ans au cours des trois dernières décennies (UNICEF 2022).  

C’est ainsi que la plupart des parties prenantes ne cessent d’interpeller les acteur.rice.s impliqué.e.s dans la lutte pour l’abandon des MGF  sur le lien entre l’éducation et l’éradication des MGF. Cet appel retentit jusqu’au niveau international. De ce fait, le rôle de l’école dans la prévention des violences basées sur le genre comme les MGF est primordial. La lutte contre les VBG à l’École s’inscrit comme un enjeu fort du système éducatif porté par l’ensemble de la communauté éducative.   

S’il est vrai que la santé sexuelle féminine étant peu abordée dans l’éducation, il reste difficile de discuter de MGF en classe. Tout de même, les choses évoluent car, de plus en plus d’acteur.rice.s ont mis sur pieds des projets pilote qui portent leurs fruits à l’instar de : 

  • Projet Gender ABC  coordonné par le réseau européen End FGM en partenariat avec quatre autres organisations: Terre Des Femmes (Allemagne), AIDOS (Italie), Medicos del Mundo (Espagne) et APF (Portugal).  

Ce projet vise à changer les attitudes des enfants à l’égard des stéréotypes et des normes de genre renforçant la violence sexiste et à sensibiliser les écoles, les familles et les communautés afin de créer un environnement favorable et sûr pour que les enfants apprennent.  
En effet, le Gender ABC reconnaît le rôle des écoles dans l’influence des valeurs, des normes sociales et des attitudes, et dans la formation des comportements 

Des outils éducatifs ont été développés pour la prévention des différentes formes de violence de genre, y compris les MGF, notamment deux modules éducatifs pour aborder les MGF à l’école primaire et secondaire. Nous vous invitons à les consulter  Ici. Ces modules éducatifs sont utilisés pour mener des activités dans les écoles en fonction des besoins détectés.   

  • Le projet Mind the Gap (2021-2022), coordonné par AIDOS, dans lequel on aborde plus amplement les stéréotypes et rôles de genre en milieu scolaire, afin de prévenir toutes formes de Violences basées sur le genre(VBG) et bâtir une société plus équitable. Les MGF étant une Violence Basée sur le Genre, une approche qui réduit les VBG aura un impact réel sur la réduction des MGF.  
  • FORWARD’s FGM  school’s programm. Forward UK, avec son programme scolaire britannique primé à plusieurs reprises, qui est dispensé par les animateurs de FORWARD, propose une gamme complète et large de services et d’activités adaptés à l’âge des écoles primaires et secondaires ; et les établissements d’enseignement supérieur. Il est conçu pour aider les élèves et leurs parents, les éducateur.rice.s et les organisations externes travaillant avec les écoles à comprendre les principaux problèmes qui affectent les filles des communautés touchées. Ils offrent des séances adaptées à l’âge et sensibles à la culture aux niveaux primaire 5 et 6 et aux élèves du secondaire   

De plus, la prévention nécessiterait également une formation spécifique et interdisciplinaire des professeurs (UNICEF | UNGEI, 2021). 

Un appel à l’action pour une prévention plus efficace des MGF en milieu scolaire 

Pour une prévention efficace des MGF et autres formes de violence basée sur le genre en milieu scolaire, les parties prenantes engagées dans la lutte pour l’éradication des MGF sont invitées à prendre en considération les mesures suivantes (UNICEF, Éducation transformatrice en matière de genre, 2021) : 

  • Adopter une approche holistique de l’école afin que les écoles soient des espaces sûrs pour tous les élèves, quelle que soit leur identité de genre. Les règlements scolaires et les codes de conduite professionnels des enseignant.e.s doivent inclure des actions visant à prévenir la violence sexiste en milieu scolaire. Ils devraient également inclure l’identification et la modification des règles et pratiques sexistes telles que les MGF.    
  • Relier l’éducation aux services de santé et de protection sensibles au genre. S’attaquer aux obstacles complexes liés au genre et à l’éducation nécessite des investissements et des interventions coordonnés dans tous les secteurs, y compris l’eau, l’assainissement et l’hygiène, la protection sociale et infantile, la violence sexiste, l’éducation sexuelle complète et la santé et les droits sexuels et reproductifs.  

Le rôle de l’éducation dans la prévention des MGF est indéniable. L’éducation joue un rôle essentiel pour la remise en cause des normes de genre discriminatoires sous-jacentes à la pratique des MGF. Dans les contextes où celles-ci sont pratiquées sur les adolescentes, l’éducation, qui conditionne la capacité des filles à agir et à décider par elles-mêmes, peut en effet donner à ces dernières et aux garçons bien entendu, les moyens de s’élever contre cette pratique. De nombreux éléments tendent également à confirmer que l’intégration de modules de sensibilisation à la question des MGF dans les programmes d’enseignement peut se montrer efficace pour faire évoluer les mentalités autour de cette pratique. 

Au vu des développements qui précèdent : 

  1. Connaissez-vous d’autres initiatives qui s’engagent dans la prévention des MGF par le biais des systèmes scolaires ?  
  2. Comment les MGF sont-elles intégrées dans les programmes scolaires ?  Quels sont les changements que vous pouvez déjà noter ? 

Références

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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