L’intégration systématique d'un module sur les MGF dans les curricula

L’intégration systématique d'un module sur les MGF dans les curricula

L’intégration systématique d’un module sur les MGF dans les programmes d’éducation scolaires et de formation des professionnel.le.s de l’éducation nationale. 

L’éducation a un rôle essentiel à jouer dans la transformation des causes profondes de la violence et en particulier de la violence de genre. Comme mécanisme de développement social, émotionnel et psychologique des jeunes, elle exige aussi la mise en place de systèmes et de politiques de lutte contre les violences de genre en milieu scolaire.

Dans son rapport couvrant la phase I (2008-2013) du programme conjoint UNFPA-UNICEF sur les mutilations génitales féminines il est mentionné que depuis 2008, des progrès avaient été réalisés au niveau de l’intégration des activités de prévention des MGF dans les programmes scolaires (UNFPA-UNICEF). 

Depuis lors, plusieurs pays ont intégré des activités de sensibilisation aux MGF dans les systèmes éducatifs, à l’instar du Sénégal, Éthiopie, Egypte, Etats-Unis, … Il s’agit ainsi, de mettre sur pieds des programmes scolaires qui incluent la sensibilisation aux MGF comme partie intégrante de la formation des élèves. Ces programmes scolaires sensibles aux MGF seraient à destination aussi bien des pays directement touchés par les MGF comme dans les pays accueillant des communautés affectées par les MGF. 

Sachant que l’éducation joue un rôle essentiel pour la remise en cause des normes de genre discriminatoires sous-jacentes à la pratique des MGF, nous pouvons noter à cet effet que de nombreux éléments tendent également à confirmer que l’intégration de modules de sensibilisation à la question des MGF dans les programmes d’enseignement peut se montrer efficace pour faire évoluer les mentalités autour de cette tradition (UNICEF | UNGEI).  

C’est dans cette logique que la plupart des acteur.rice.s qui travaillent à l’éradication des MGF, affirment que, seule l’éducation peut permettre l’élimination totale et définitive de cette pratique néfaste à la santé des filles et des femmes. De plus, l’approche éducative de lutte contre les Mutilations génitales féminines à travers l’enseignement des contenus MGF dans les curricula favorise chez les enfants et les jeunes (…), une meilleure connaissance générale des MGF qui favorisera un environnement favorable à son abandon. 

Dans sa note sur l’éducation et l’éradication des MGF, un certain nombre de bailleurs à l’instar de UNFPA, UNICEF, UNGEI invite les acteur.rice.s qui travaillent à l’éradication des MGF à mettre sur pieds de manière plus globale une planification sensible au genre en matière d’éducation. En effet, cette planification implique de fixer l’abandon des MGF en tant qu’objectif explicite des plans et politiques du secteur éducatif, et de développer des stratégies et cadres de redevabilité adaptés pour mettre fin aux MGF à travers l’éducation. À titre d’exemple, il s’agit : 

  • Des programmes d’éducation complète à la sexualité ou de sensibilisation à la santé et aux droits en matière de sexualité et de procréation, 
  • Des approches pédagogiques dédiées à l’éradication des MGF, 
  • Des systèmes d’orientation clairs pour le suivi et le signalement des cas, ainsi que des programmes de développement des compétences de la vie courante comprenant des activités extrascolaires émancipatrices. 

Il convient également de prendre en compte, dans les différentes analyses de genre réalisées dans le cadre des plans éducatifs, la prévalence des MGF et des facteurs participant à perpétuer cette pratique. Il s’agit notamment de mettre en avant les approches porteuses de transformations en matière d’égalité des genres, inclusive, équitable et de qualité, de la petite enfance au secondaire et visant à éliminer la pratique des mutilations génitales féminines. Des approches/programmes scolaires à même de remettre en question et de renverser les normes sociales et de genre sous-tendant ces traditions à travers la formation des générations actuelles et futures (UNICEF | UNGEI). 

Pour le système éducatif, la pierre angulaire des efforts de prévention réside dans l’élaboration du contenu éducatif et des mécanismes de diffusion ; en d’autres termes, le contenu enseigné et la façon dont il est enseigné.  

Les stratégies spécifiques visant à prévenir les MGF incluent : des approches de prévention de la violence et de promotion de l’égalité des genres dans les programmes scolaires, la formation du personnel de l’éducation et la disponibilité d’outils pédagogiques nécessaires pour prévenir et lutter contre les MGF, et le développement de compétences chez les apprenant.e.s dans ce domaine afin de leur permettre d’opérer des choix raisonnés (UNGEI).  

Dans l’optique d’un changement durable, une collaboration avec les principales parties prenantes est indispensable. A ce titre, cette question socialement vive que sont les MGF nécessite d’être intégrée dans les curricula. 

  

La nécessité de l’intégration systématique d’un module sur les MGF dans les programmes d’éducation scolaires 

La nécessité d’un programme scolaire incluant les MGF en tant que violence fondée sur le genre est démontrée. Par ailleurs, selon certains membres de la COP, les avis divergent concernant l’âge, le cadre et les portes d’entrée couplés à la persistance d’une crainte de stigmatisation. 

L’intégration de modules sur les MGF dans des programmes scolaires permet de sensibiliser toutes les cultures et permet un relai au sein des familles. Même si on peut noter que des lacunes persistent dans les connaissances en matière de santé sexuelle des femmes, il est important de prendre conscience du lien fort entre les MGF et l’égalité homme-femme et de le mettre en évidence en éduquant les jeunes.  

Comme mentionné plus haut, les portes d’entrée pour l’intégration des MGF dans les programmes scolaires sont multiples on peut citer entre autres : 

  • L’intégration de la question des MGF dans les programmes d’éducation complète à la sexualité : l’éducation complète à la sexualité a un rôle essentiel à jouer dans l’éradication des mutilations génitales féminines, qui constituent une violation des droits fondamentaux des femmes et des filles ainsi que du droit à l’intégrité de la personne. Il est donc indispensable que les programmes d’éducation sexuelle incluent des modules d’information quant aux multiples conséquences physiques, mentales et sexuelles associées à cette pratique (UNICEF | UNGEI). 
  • Intégration des MGF dans différents cours dispensés aux élèves au Burkina-Faso : depuis 2014, les contenus des MGF seront dispensés dans trois disciplines du secondaire que sont : le français, la philosophie et les Sciences de la vie et de la terre (SVT). 
  • L’éducation à la santé sexuelle par le football : TackleAfrica  est une organisation qui utilise le pouvoir et la popularité du football pour fournir des informations et des services sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR) aux jeunes sur les terrains de football dans 16 pays à travers le continent. 

Depuis 2021 cette organisation a adopté une position réflexive pour mieux examiner comment aborder l’éducation aux MGF dans les écoles de Bobo-Dioulasso (Burkina-Faso). Ainsi, une étude qualitative a été menée sur la perception des normes sociales des MGF chez les participants au programme d’assistance technique et leurs parents. D’après les résultats de l’étude, il est apparu clairement que la sensibilisation devrait non seulement aborder les MGF en tant que phénomène de santé publique, mais aussi en tant que symptôme de la division des rôles de genre au sein de la société Bobo (voir graphique ci-contre).

À l’issue de ces résultats, le programme scolaire met désormais un accent particulier sur l’éducation sexuelle complète, les normes de genre néfastes et l’autonomie corporelle des jeunes filles. 

 

La méthodologie utilisée est le football à travers lequel on décompose les normes de genre, en plaçant les jeunes filles et les garçons dans divers scénarios sur le terrain et en leur demandant de réfléchir à ce qu’ils ressentent. L’approche basée sur le jeu permet ainsi aux enfants de s’ouvrir sur des questions très sensibles dans un environnement qui leur convient.

 

   

  • Écoles et pédagogies sensibles au genre au Sénégal : initiée en 2004 par l’ONG africaine FAWE ( Forum for Africa Women Educationalits ) qui a pour objectif de transformer une école ordinaire et sa communauté environnante en un environnement scolaire, social et physique sensible au genre. Mais aussi, de doter les enseignant.e.s de connaissances, de compétences et d’attitudes leur permettant de répondre de manière adéquate aux besoins d’apprentissage des filles et des garçons tout en utilisant des processus et pratiques sensibles au genre en classe.  

 Cette ONG a réussi à impliquer le Ministère de l’Education nationale avec la collaboration des enseignant.e.s, des conseiller.ère.s en éducation et des chef.fe.s d’établissement, il a été introduit dès la classe de 4ème, dans les cours de Science et Vie de la Terre (SVT) la question de l’excision. Cet enseignement était abordé sous l’angle de l’anatomie, des conséquences immédiates et, à plus long terme, des méfaits de cette pratique. Les enseignant.e.s abordent aussi les justifications et enfin les différentes stratégies de lutte pour l’éradication de cette pratique dans les pays africains et européens.  Le Ministre de l’Education Nationale et l’OMS ont soutenu cette expérience réalisée dans 6 régions du Sénégal à forte prévalence. 

Une approche par les pairs a aussi été développée. En effet, chaque élève de classe 4ème (secondaire) parraine un.e élève de CM2 (primaire) pour évoquer cette pratique.  Il faut également dire qu’à côté de ces activités scolaires, des débats sont organisés avec les parents notamment autour de films documentaires sur l’excision.    

Dans cette dynamique novatrice, la question des MGF a également été proposée comme thème d’étude en cours de philosophie et d’éducation civique. Cette expérience a été suffisamment concluante pour inspirer d’autre pays comme la Mauritanie qui a implémenté cette pédagogie dans quelques écoles. L’idée de donner aux jeunes garçons et aux jeunes filles une information scientifique et pédagogique est devenue une évidence puisque force est de constater la grande difficulté à convaincre les grands-mères, les mères, pères,…  À travers ces approches, il s’agit de réagir à temps c’est-à-dire avant la sédimentation, au sein des jeunes générations à même de perpétuer la pratique de l’excision. En effet, Il y a urgence à inculquer à cette couche fragile un savoir et un savoir être qui sensibilise les uns et conforte les autres dans leur désir de faire disparaître cette tradition. FAWE vise donc à travers sa méthodologie, un changement de comportement qui certes est complexe car c’est un processus long qui ne peut être acquis que par l’éducation et dans une perspective à long terme. 

  • Une approche d’éducation holistique pour mettre fin aux MGF en Sierra Léone : le Mouvement de l’Initiative Amazonienne (AIM) est une organisation locale qui travaille à mettre fin aux MGF en Sierra Leone. Elle utilise une approche holistique dans son travail mené dans les écoles pour mettre fin aux MGF. Dans le cadre de cette approche, l’AIM utilise deux méthodes.   

La première méthode consiste à travailler avec les écoles existantes en formant des clubs scolaires appelé “Club d’influence”. Chaque club d’influence a un.e enseignant.e comme coordinateur.rice. Les enseignant.e.s des différents clubs scolaires sont formés avec les piouks qui sont membres des clubs scolaires. Ces élèves sont impliqués dans l’éducation par les pairs. 

La deuxième méthode consiste à remplacer les buissons de bondo par des écoles. En effet, il y a plus de buissons de bondo que d’écoles en Sierra Leone. Dans les écoles de l’AIM, les MGF sont enseignées comme tout autre matière. De plus, cette ONG organise des formations et des ateliers pour les parents des piouks qui fréquentent l’école. 

 Il ressort des différents exemples d’intégration des MGF dans les programmes scolaires que ceux-ci portent sur les compétences pratiques qui s’inscrivent dans le cadre d’un processus favorisant aussi bien la participation de la communauté éducative tout en instaurant un climat favorable au changement des normes sociales. 

Il est donc possible de rebâtir des systèmes éducatifs plus résilients, porteurs de transformation en matière de genre, et de mettre en place des mesures ciblées de manière à s’assurer que les filles puissent préserver leur intégrité physique et ainsi réduire considérablement, voir éradiquer les MGF dans nos sociétés. En plus de contribuer au changement social, ce type d’initiatives favorise la participation active des adolescent.e.s et leur donne les moyens d’influencer les politiques et programmes d’éducation qui les concernent directement. 

 

La nécessité d’une formation spécifique et interdisciplinaire des enseignant.e.s pour une meilleure prise en compte des MGF dans les programmes scolaires.  

Comme mentionné dans l’article Prévention des MGF en milieux scolaire, le rôle de prévention des MGF en milieu scolaire est renforcé par la formation initiale et continue des enseignant.e.s et des chefs d’établissement à la sensibilisation, la détection et au signalement des cas de MGF, ainsi qu’à l’orientation des victimes vers les services compétents.

la formation des enseignant.e.s à la prise en compte des MGF dans leur travail est également facteur clé dans l’éradication des MGF:

« Je pense qu’il faut d’abord inclure les MGF dans le programme de formation des enseignant.e.s. Je tiens à répéter que les enseignant.e.s eux-mêmes sont de la plus haute importance à cet égard. Sinon, je me souviens d’un professeur qui nous appelait « kintireey » – vous qui avez le clitoris. Les enseignant.e.s peuvent faire partie de la pression pour continuer les MGF s’ils ne sont pas informés des normes et des notions qu’ils détiennent. Les enseignant.e.s doivent d’abord être changés eux-mêmes par l’éducation sur les MGF. 

Une chose à considérer est quel (…) quel est le message qui convaincrait les enseignant.e.s de mettre fin aux MGF et de les enseigner à leurs élèves ? »  membre de la COP,2022. 

C’est dans la dynamique de la mise en œuvre de formation des enseignant.e.s que les exemples suivants s’inscrivent : 

  • Les mesures éducatives sur les MGF au Burkina-Faso : En vue de permettre l’enseignement des MGF dans les établissements scolaires, des modules ont été élaborés et sont en cours d’intégration dans les curricula des écoles de formation professionnelles des enseignant.e.s. Ces modules sont également enseignés dans les écoles de formation de la santé. En attendant, la généralisation de leur enseignement, des vastes programmes de formation sont organisés chaque année au profit des enseignants qui sont déjà sur le terrain (Government of Burkina Faso, 2014).    
  • La nécessité pour les éducateur.rice.s de connaître les MGF au cas où les élèves l’auraient subie au Etats -Unis : l’ONG Sahiyo de part son travail sur la sensibilisation et l’éducation communautaires qui sont essentielles pour aider à mettre fin aux pratiques néfastes telles que l’excision met l’accent sur l’importance de l’éducation nationale comme outil de prévention des MGF dans les salles de classe américaines.(Les MGF/E en classe : l’importance de l’éducation nationale comme outil de prévention) 
  • Le Programme de promotion de l’éducation en Somalie (SOMGEP-T) : Au travers d’initiatives telles que la sensibilisation des comités d’éducation communautaires et la formation des enseignant.e.s, SOMGEP-T permet ainsi aux communautés et aux établissements scolaires de travailler main dans la main pour transformer les normes de genre et favoriser le changement social à long terme (Renault, L., et Gure, A., 2020). 

 

 

 

 

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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