Le rôle de l’école dans la protection des filles contre les MGF

Le rôle de l’école dans la protection des filles contre les MGF

Selon les dernières données disponibles, en 2020, le risque de mutilations génitales des filles, en particulier, aurait été renforcé entre autres par les nombreuses fermetures d’établissements scolaires. En effet, tandis que les fermetures d’écoles ont limité les possibilités de détection et de signalement des cas et des risques de MGF ; De plus, dans l’un de ses rapports, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a ainsi estimé que la pandémie devrait conduire à la mutilation de 2 millions de filles supplémentaires d’ici à 2030 (UNFPA Somalie, 2020).Ces données montrent assez bien le rôle que joue l’école ou du moins jouerait l’école dans la protection des filles contre les MGF.

Comme nous l’avons bien indiqué dans la précédente note sur Education et MGF, les recherches sur les corrélations entre éducation et MGF sont encore trop peu nombreuses, mais de plus en plus de acteur.rice.s sont certain que l’éducation des jeunes garçons et filles semble bien constituer un facteur clé pour la réduction de la prévalence de cette pratique. Cela dit, l’école jouerait un rôle important afin d’enrayer le phénomène d’exacerbation du risque de MGF pour les générations actuelles et futures.

Il ressort donc, qu’en raison de l’augmentation mondiale du taux de prévalence de la pratique des MGF, presque toutes les parties du monde sont appelées aujourd’hui à protéger les petites filles contre les atteintes à leur intégrité physique. Ceci s’applique aussi bien dans nos différents pays. Comme également mentionnée dans la note sur prévention des MGF en milieu scolaire , nous pouvons noter que la prévention actuelle réside principalement en l’information, la sensibilisation et un rappel de la loi. Alors, en partant de ce constat, nous nous sommes demandé quels moyens de prévention supplémentaires pourraient être mis en place. Nous avons pensé à l’environnement le plus accessible dans lequel les victimes potentielles évoluent : le domaine scolaire. Ainsi, on peut se demander : faut-il développer une meilleure approche de protection concernant les mutilations génitales féminines en passant par le cadre scolaire ? 

De ce fait, L’école joue un rôle fondamental dans la protection contre les MGF.

Comme mentionné plus haut, les fermetures d’établissements scolaires ainsi que les difficultés d’accès aux services essentiels causées par la crise de COVID-19 ont limité les possibilités de suivi et de signalement des cas de MGF, participant ainsi, selon les évaluations conduites en 2020, à augmenter le risque de mutilation génitale pour les filles ( UNICEF | UNGEI ,2021).

L’école est un lieu sûr pour les filles.

« Lorsqu’une bonne partie de la journée d’un.e élève est passée à l’école, il incombe aux écoles de faire de la protection de l’enfance une priorité absolue » (Second Step.org, 2014). 

Les écoles contribuent ainsi à la santé et au bien-être social, émotionnel, psychologique et physique des enfants et des jeunes. Dans les contextes difficiles, elles peuvent également fournir une protection physique et une surveillance, des routines et une stabilité, ainsi que servir de points d’entrée pour les familles dans l’accès aux services de santé, et de besoins plus spécialisés. Les enseignant·e·s et le personnel scolaire assurent généralement un niveau de supervision primaire et une première ligne de défense pour les enfants et les jeunes exposés aux risques de VBG à l’instar des MGF (UNICEF | UNGEI ,2021).

De plus, il est important de rappeler que la protection des filles contre toute forme de VBG est une obligation qui nous incombe à tous et toutes. En effet, cette protection est un droit garanti par l’article 19 de la Convention Internationale des droits de l’enfant (CIDE) qui à l’heure actuelle est presque universellement adoptée. Les établissements scolaires devraient donc offrir un environnement protecteur aux filles menacées de MGF.

La protection des filles en milieu scolaire n’est pas un phénomène nouveau, il y a de plus en plus d’initiatives qui ont émergé ces dernières années dans ce sens entre autres :

  • Dans les années 1990 par exemple, le personnel de l’éducation nationale en France a été sensibilisé à la question du risque d’excision, alors pratiquée pendant les vacances à l’étranger. Les signalements réalisés par les instituteur.rice.s et les médecins scolaires ont été efficaces. Cette mobilisation générale a fait reculer les MGF survenant à l’âge de l’école primaire. (JO Sénat, 2015).  
  • Dans le cadre de leurs responsabilités de protection, les enseignants d’Angleterre et du Pays de Galles sont soumis à l’obligation de signaler les MGF (Headteacher Magazine, 2020). 

Les écoles peuvent-elles être considérées comme des espaces sûrs pour les filles ?  

Sachant que les MGF ciblent les filles qui sont en âge d’aller à l’école, nous explorerons de plus en plus diverses mesures préventives que les écoles pourraient prendre pour protéger davantage les élèves. Par exemple :

  • Former les enseignant.e.s à détecter et à signaler les risques/cas de MGF, l’école pourrait ainsi être un point où les survivantes des MGF ou celles à risque obtiennent des services de protection ou sont orientées vers d’autres services de santé. 
  • Les établissements scolaires, dont les enseignants et chefs d’établissement sont formés à détecter et signaler les cas de MGF, jouent en effet un rôle essentiel dans la prévention et la protection des mutilations génitales puisqu’ils offrent un environnement propice à la remise en question des idées et croyances et participent à ouvrir le débat avec les élèves, les parents et les membres de la communauté autour de cette pratique (UNICEF | UNGEI ,2021)
  • Renforcer le rôle de prévention et de protection des écoles par la formation initiale et continue des enseignant.e.s et des chef.fe.s d’établissement à la détection et au signalement des cas de MGF, ainsi qu’à l’orientation des victimes vers les services compétents (INEE, 2020).

Que peuvent faire les écoles en plus ? 

Dans son rapport, Child Protection in Schools: A Four-Part Solution, Second Step mentionne qu’il est important d’impliquer les familles et les gardien.ne.s dans les efforts de prévention et de protection (Second Step, 2014): Les écoles peuvent aider les familles à remplir leur rôle en les engageant dans les efforts de prévention et de protection

Pour prolonger cette réflexion, nous souhaiterons avoir votre avis sur :

  • Comment les écoles peuvent potentiellement servir d’espaces sûrs pour les élèves ?
  • Quelles sont les mesures de protection supplémentaire à mettre en œuvre dans les écoles, collèges et lycées ?

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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