Quelles solutions pour la mise en œuvre des approches transformatrices de genre pour mettre fin aux mutilations génitales féminines ?

À l’issue des deux premières sessions du dialogue international des parties prenantes, dont l’une portait sur la définition des « approches transformatrices de genre » et la seconde sur les défis de la mise en œuvre de cette approche, la troisième et dernière séance s’est focalisée sur la recherche de solutions et de pratiques prometteuses. Malheureusement, peu de bonnes pratiques d’approches transformatrices de genre ont pu être rapportées dans le domaine de l’élimination des MGF et la plupart des données collectées concernent des lacunes et des défis. À l’issue du dialogue, les participant.e.s ont élaboré.es une série de recommandations visant à promouvoir la mise en œuvre d’approches transformatrices de genre pour mettre fin aux MGF. Ces recommandations s’adressent aussi bien aux bailleurs, qu’aux gouvernements et acteur.rice.s de la société civile.

Pour les bailleurs de fonds et les donateur.rice.s

Les recommandations à l’intention des bailleurs et des donateurs portent sur la manière dont iels peuvent soutenir leurs bénéficiaires de fonds dans le développement de projets plus complexes et de plus en plus sensibles aux questions de genre. Cela passe notamment par le financement d’approches plus complexes et plus longues, un soutien au renforcement des capacités et des compétences des bénéficiaires et au développement de réseaux et de collaborations/consortiums qui peuvent mettre en œuvre conjointement des approches transformatrices de genre.

Il s’agira principalement de :

  • Financer les organisations désireuses de piloter des approches nouvelles et innovantes, y compris des approches transformatrices de genre, pour mettre fin aux MGF. Veiller à ce que la durée et l’ampleur du financement fourni soient suffisantes pour atteindre les objectifs de transformation de l’égalité de genre – cela peut signifier le financement de programmes plus longs, plus flexibles et plus larges, mis en œuvre par des consortiums de différents types d’organisations.
  • Financer les activités de plaidoyer et de sensibilisation visant à promouvoir l’utilisation d’approches transformatrices de genre auprès des gouvernements, des partenaires techniques, des autres donateurs/bailleurs de fonds et de la société civile.
  • Financer les efforts de suivi des projets transformateur de genre qui ont été mis en œuvre afin de s’assurer que leurs résultats soient maintenus.
  • Financer le renforcement des capacités des organisations de la société civile, des organisations de base et des organisations communautaires dans les communautés touchées par les MGF, afin de promouvoir la sensibilisation aux inégalités de genre, les approches de transformation du genre et la compréhension de la façon de les appliquer dans la programmation.
  • Lors de la publication des appels à propositions, demander aux candidat.e.s de clarifier leur compréhension du continuum de l’équité des genres, des approches transformatrices de genre, de la programmation à plusieurs niveaux et de l’approche du modèle socio-écologique, de la manière dont ils perçoivent leur programme sur ce continuum de l’égalité des sexes et de la manière dont ils prévoient d’appliquer une approche sensible/réactive/transformatrice de genre.
  • Promouvoir les collaborations entre les différents types de bénéficiaires (base, organisations communautaires, ONG internationales, prestation de services, organisations de plaidoyer, organisations de jeunesse, etc.) afin d’élaborer des programmes complexes et complets traitant des MGF, de la santé et des droits sexuels et reproductifs, de la violence basée sur le genre (VBG) et d’autres questions liées à l’égalité de genre, par le biais d’une approche transformatrice de genre à plusieurs niveaux.
  • Créer des opportunités de mise en réseau et d’échanges de connaissances pour les bénéficiaires de subventions travaillant sous la même ligne de financement ou sur des sujets connexes (tels que les MGF, les droits sexuels et reproductifs, la VBG, etc.) dans et entre les pays afin de promouvoir l’apprentissage entre pairs et d’intégrer les efforts.
  • Financer la collecte de preuves, les études de cas, l’analyse du contexte et la recherche pour remédier au manque de preuves sur les approches transformatrices de genre appliquées aux MGF.
  • Investir dans le développement de méthodologies de suivi, d’évaluation et d’apprentissage (SEA) qui permettent de mieux mesurer l’impact des programmes transformateur de genre à tous les niveaux du modèle socio-écologique.
  • Financer des projets favorisant l’indépendance économique des femmes, tels que l’octroi de microcrédits, les investissements dans des réseaux de petites entreprises de femmes entrepreneures, etc.

 Pour les gouvernements et les décideurs politiques 

Les recommandations pour les gouvernements et les décideurs politiques fournissent des suggestions sur la façon d’adopter une approche transformatrice de genre dans l’élaboration de leurs propres politiques. Ceci se traduit par : mieux inclure les femmes et les filles dans la prise de décision et à garantir l’éradication des pratiques néfastes ; et assurer l’éradication des normes de genre nuisibles dans les politiques.

Il s’agira principalement de :

  • Adopter une perspective de transformation du genre dans l’élaboration des politiques en matière d’égalité de genre, de santé et de droits sexuels et reproductifs et de VBG, et plus particulièrement dans les initiatives visant à mettre fin aux MGF, notamment par la révision des politiques et législations existantes.
  • Financer, dans le cadre des plans de développement et des budgets nationaux, régionaux et communautaires, des stratégies d’élimination des MGF qui s’attaquent aux relations de pouvoir inégales entre les genres et aux structures sous-jacentes.
  • Veiller à ce que les perspectives des femmes et des filles en général, et des survivantes en particulier, soient prises en compte dans les processus d’élaboration des politiques relatives aux MGF et à l’élimination des inégalités de genre.
  • Intégrer l’éducation à la transformation du genre dans le cadre d’une éducation sexuelle complète (ESC) dans les programmes scolaires, en veillant à ce qu’une attention adéquate soit accordée aux droits des filles et des garçons à l’autonomie corporelle, aux pratiques nocives telles que les MGF ainsi qu’à l’éducation émotionnelle et relationnelle.
  • Inclure une formation sur les approches transformatrices de genre dans les programmes de formation professionnelle des professions clés telles que le personnel de santé, les enseignant.e.s et les travailleur.euse.s sociaux.les.
  • Veiller à ce que les lois existantes visant la violence basée sur le genre (VBG) et les pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines soient diffusées et mises en œuvre efficacement par les autorités régionales et locales ; sensibiliser les chefs religieux et traditionnels des communautés aux lois nationales et les encourager à les promouvoir au sein de leurs communautés.
  • Fournir une formation aux fonctionnaires tels que la police communautaire et le personnel judiciaire sur des sujets tels que les VBG et l’autonomie corporelle.
  • Soutenir le recensement des acteur.rice.s travaillant sur l’égalité des sexes et la promotion de l’abandon des MGF dans leur région.

 Pour les acteur.rice.s de la société civile

Les recommandations pour la société civile encouragent l’échange de connaissances entre les organisations et le développement de nouvelles méthodes pour démontrer les impacts des approches transformatrices de genre et les communiquer aux donateurs. De plus, il convient pour les organisations de s’assurer que leur culture organisationnelle vise l’égalité de genre. Il est également conseillé de collaborer plus étroitement avec les gouvernements pour promouvoir un changement de politique.

Il s’agira principalement de :

  • Travailler au sein d’un consortium avec d’autres types d’organisations (organisations de base, communautaires, ONG internationales, organisations de prestation de services, organisations de plaidoyer, organisations d’aide aux jeunes, etc.) pour élaborer des programmes complexes et complets traitant des MGF par le biais d’une approche transformatrice de genre à plusieurs niveaux.
  • Promouvoir l’apprentissage entre pairs et l’apprentissage organisationnel entre les grandes organisations et les organisations de base (y compris en dehors des collaborations et des consortiums formels) afin d’accroître leur capacité et leur compréhension des approches transformatrices de genre et surtout les manières de les appliquer.
  • Évaluer si la conception de la stratégie organisationnelle et les cadres de suivi, d’évaluation et d’apprentissage des programmes existants appliquent une approche transformatrice de genre et les ajuster si nécessaire pour combler les lacunes identifiées.
  • S’assurer que tout le personnel soit formé aux approches transformatrices de genre et conscient de leur importance pour le succès à long terme des efforts et évaluer les performances du personnel en matière de promotion de telles approches.
  • Développer des cadres de suivi et d’évaluation qui permettent de mesurer le changement des normes sociales à différentes étapes de la programmation, en tant que processus – en démontrant les changements d’attitudes plus petits et progressifs qui sont des étapes intermédiaires vers les objectifs finaux. S’associer à des institutions de recherche ou universitaires pour développer de nouvelles approches de suivi et d’évaluation.
  • Adopter un processus décisionnel horizontal et participatif au sein des organisations afin de garantir l’adhésion et l’engagement du personnel dans la mise en œuvre du projet.
  • Au cours de la phase de programmation, tenir compte des points suivants :
  • Inclure l’aspect intergénérationnel en impliquant toutes les générations, afin de s’assurer que les programmes ciblent ceux.celles qui ont le pouvoir de transmettre et de changer les normes sociales et qui sont responsables de la socialisation des enfants.
  • Promouvoir le leadership et la confiance en soi des femmes en mettant en place des groupes de discussion intergénérationnels et par âge pour les femmes et les filles sur les thèmes de la sexualité, des normes de genre, des MGF, etc.
  • Veiller à ce que le personnel/les animateur.rice.s qui mettent en œuvre la programmation soient préparé.e.s et formé.e.s pour discuter de sujets sensibles tels que les normes de genre et la sexualité, mais aussi pour gérer les conflits interpersonnels et communautaires potentiels qui découlent de ces discussions, et soient capables de guider les communautés dans un dialogue constructif.
  • Soutenir le travail individuel des activistes en encourageant la mise en réseau et l’apprentissage entre pairs, entre ceux.celles qui ont le plus d’expérience et ceux.celles qui en ont moins – cela peut se faire par l’organisation de retraites ou d’échanges informels d’expériences pour les activistes qui, comme eux.elles, veulent remettre en cause les normes de genre dans leurs communautés.
  • Surveiller les engagements des gouvernements et la mise en œuvre des politiques transformatrices de genre, tels que la VBG, les droits sexuels et reproductifs, les MGF, etc. et envisager de créer des rapports parallèles décrivant les pratiques réelles lorsque celles-ci sont insuffisantes.
  • Travailler en étroite collaboration avec les ministères concernés (l’éducation, la santé, …) pour promouvoir l’inclusion d’une formation sur l’égalité de genre, les pratiques néfastes, la VBG, etc. dans les programmes d’études des professionnel.le.s concerné.e.s, tels que le personnel de santé, les enseignant.e.s, les travailleurs.euses sociaux.les, etc.
  • Là où les lois n’interdisent pas encore explicitement les MGF et où il existe une opposition à la criminalisation de la pratique, envisager de plaider pour des approches juridiques plus larges, telles que la protection de l’autonomie et de l’intégrité corporelles, afin de prévenir cette pratique.

En somme, un large éventail de solutions et pratiques prometteuses ont été énumérées, c’est le point de départ de ce changement voulu par tous.tes. Il revient donc à chaque acteur.rice.s d’initier ce changement en identifiant les actions/pratiques qui peuvent déjà être implémenter sur le terrain et de les mettre en œuvre.

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

Les opinions exprimées sur ce site web sont celles des auteur.e.s et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l’UNFPA, de l’UNICEF ou de toute autre agence ou organisation.

© Copyright : GAMS Belgium