Recherche action avec une approche transformatrice de genre

Lors de la 2ème session du dialogue des parties prenantes, qui se focalisait sur les défis à relever lorsqu’on tente d’implémenter des approches transformatrices de genre pour mettre fin au MGF, Fara Djiba Kamano , Directeur Exécutif de l’ONG AFASCO (Accompagnement des Forces d’Actions Sociocommunautaires) en Guinée nous a présenté une recherche-action (RA) comme exemple d’un programme cherchant à adopter une approche transformatrice de genre.  

Cette recherche,
 intitulé « La soumission de la femme, MGF et épanouissement sexuel du couple – constats, analyses et perspectives pour moins de VBG en Guinée », est implémentée par l’ONG AFASCO, le GAMS Belgique, Health Focus ainsi que la GIZ, à Mamou en Guinée.  En appliquant la méthodologie de la recherche-action, le programme permet de confronter les connaissances scientifiques aux réalités du terrain. Ce genre d’études nécessitent la participation des bénéficiaires tout au long du processus. Au fur et à mesure de la recherche, les besoins et les problèmes du terrain sont identifiés en observant des situations concrètes. La démarche comprend autant des méthodes d’analyse qualitatives (focus groups, entretiens, observations, etc.) que quantitatives (enquêtes, questionnaires, etc.).   Les partenaires se sont particulièrement intéressé.e.s à la manière dont les 3 thèmes de la recherche – la soumission des femmes, les MGF et l’épanouissement sexuel du couple – s’entremêlent.  Il convient de noter que la RA n’est pas statique, mais cyclique : tous les commentaires et recommandations recueillis tout au long du projet permettent d’améliorer les prochains cycles.  Le but est ensuite d’identifier des solutions concrètes et d’élaborer un plan d’action.
 
La planification de cette recherche-action comprend trois phases principales : l’organisation de groupes de parole en non-mixité, des journées d’échange intergénérationnelles ainsi que des séances de restitution avec les autorités locales et nationales.  
 
Durant la première phase, qui a duré 3 mois, des groupes de paroles en non-mixité furent mis en place dans la ville de Mamou en Guinée. Les quatre groupes étaient constitués d’hommes mariés, de jeunes hommes non mariés, de femmes mariées ainsi que de jeunes femmes non mariées. Au total 32 personnes ont participé et se sont réunies toutes les deux semaines pour des séances de 3h.  

A chaque séance, un sujet différent était abordé :     

  • 1ère séance : C’est quoi être un homme, c’est quoi être une femme
  • 2ème séance : Comment on est socialisé.e, quel rôle attend-on de nous
  • 3ème séance : Excision et sexualité, plaisir
  • 4ème séance : Les droits sexuels et reproductifs
  • 5ème séance : Les violences de genre
  • 6ème séance : La gestion des émotions 
Les participant.e.s ont fait preuve d’une grande assiduité, la ponctualité et un engagement actif tout au long des séances. Les formateurs.trices ont particulièrement constaté l’intérêt des participant.e.s pour les sujets abordés.  
 
Dans la deuxième phase du projet, qui n’a pas encore débuté, un échange intergénérationnel de deux jours sera organisé avec les quatre groupes afin qu’ils et elles puissent aborder ensemble les sujets de discussion. Les participant.e.s présenteront ensuite les résultats des discussions et leurs recommandations auprès des chefs religieux et responsables communautaires. Enfin, à la fin du processus, un atelier de restitution des résultats préliminaires de la RA sera organisé avec les ONG qui ont travaillé sur le projet et les autorités locales et nationales. 
 

Résultats préliminaires de l’étude

Suivant le premier cycle du projet, quelques premiers résultats ont pu être partagés avec les participant.e.s au dialogue des parties prenantes sur les ATG, en novembre 2021: 
  • Changement d’attitudes de certain.e.s participant.e.s influencé par les discussions dans les séances: témoignage lors des séances suivantes de certain.e.s participant.e.s qui expliquaient avoir changé certains éléments de leur comportement et leur vision des rôles ; 
  • Grand intérêt et implication des participant.e.s dans les discussions ainsi que l’émergence de nouveaux sujets proposés par les participant.e.s comme la  planification familiale ; 
  • Possibilité de transformer les participant.e.s en modèle de changements des normes de genres et normes sociales : « champions de changement ». Ils.elles le deviennent de par leur implication, leurs témoignages, leur appropriation des thématiques et des changements apportés dans leur propre famille;
  • Le thème de la sexualité : les participant.e.s ont demandé de le reprendre et les jeunes hommes et femmes ont voulu en discuter ensemble (dialogue intergénérationnel et mixte). C’est un thème qui a beaucoup intéressé. Il y a le témoignage d’un homme marié qui a avoué ne pas connaître ce qu’étaient les préliminaires et il a décidé d’en discuter avec sa femme. Beaucoup de participant.es. ont avoué que dans leur communauté, le plaisir était réservé aux hommes. Les discussions ont aidé à également aborder l’importance du plaisir de la femme.  
Le premier cycle de la recherche a permis à l’équipe de recherche d’identifier des lacunes dans la méthodologie. Plusieurs suggestions ont été faites afin d’améliorer les potentiels prochains cycles de la RA, notamment : prévoir plus de facilitateur.trice.s pour les activités, une traduction dans les langues locales, l’élargissement de la zone d’intervention afin d’avoir une meilleure représentation de la communauté, l’organisation de discussions mixtes et intergénérationnelles à un stade plus précoce et les participants ont exprimé le besoin de discuter de sujets tels que la sexualité avec d’autres membres de la communauté. Les responsables de la mise en œuvre du programme ont en outre noté que, malgré le petit nombre de participant.e.s, différents groupes de la société étaient représentés, ce qui comprenait les personnes réticentes au changement, les dirigeants communautaires et les imams.  Les groupes de discussion ont permis une véritable confrontation d’idées sur les rôles, les besoins et les sentiments des différents membres de la communauté.

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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