L'utilisation d'images choquantes dans la lutte contre les MGF

L’utilisation d’images choquantes est-elle un outil permettant de renforcer la lutte contre les mutilations génitales féminines ou ne fait-elle qu’aggraver le mal ?

Dans le monde entier, les institutions et les organisations de base utilisent diverses stratégies et approches pour mieux communiquer sur les MGF et soutenir leur position en vue de mettre fin à cette pratique. Dans le cadre de notre discussion sur les médias et les MGF, Valentina d’AIDOS – une organisation italienne travaillant avec des communautés de migrant.e.s en Europe et des organisations africaines – a soulevé la question de l’utilisation d’images choquantes pour sensibiliser aux MGF.

Une image choquante est une représentation des signifiants des MGF comme les couteaux, les lames, le sang, des images réelles ou mises en scène de filles/femmes subissant des MGF ou des conséquences de cette pratique. L’utilisation de ces images vise à créer une forte réaction afin que les gens comprennent la gravité de la pratique et décident d’y mettre fin.

Les organisations ont des points de vue différents sur l’utilisation de ces images pour soutenir leur campagne. En fonction du public cible, de l’objectif et de l’approche stratégique, nous avons vu des organisations respecter le « principe do no harm » et choisir de ne pas utiliser d’images choquantes dans leurs campagnes. Au contraire, nous avons également vu des organisations qui continuent à utiliser des images choquantes dans leurs campagnes et qui ont enregistré un grand impact au fil des années.

Dans le cadre de la discussion, les membres de la CoP MGF ont partagé leurs points de vue sur l’utilisation d’images choquantes et de ressources supplémentaires pour enrichir la lutte contre les MGF. Nous avons rassemblé ici les perspectives, réflexions et exemples des membres et organisations sur le sujet.

Arguments contre l’utilisation d’images choquantes

Pour les organisations comme AIDOS, qui ont choisi de ne pas utiliser d’images choquantes dans leurs campagnes et leur travail contre les MGF, l’objectif premier est de donner la priorité à la protection et de s’assurer qu’aucune autre blessure n’est infligée. Selon Valentina, “l’utilisation d’images choquantes en Europe est contre-productive car elle peut alimenter la discrimination et le racisme envers les communautés de migrant.e.s. Nous pensons également que l’utilisation d’images choquantes au sein des communautés affectées est dangereuse car elle peut déclencher un stress post-traumatique chez les survivantes et nuire aux spectateurs.trices en général.”

Comme AIDOS, Sahiyo n’utilise pas d’images choquantes dans sa campagne. En plus de la raison partagée par Valentina, Mariya Taher, co-fondatrice et directrice exécutive de Sahiyo a partagé “Nous avons également constaté que dans le travail avec la communauté Bohra, cela peut servir à dissuader les conversations sur l’excision et donc arrêter le dialogue plus que l’aider.” Sahiyo a en outre développé un guide de ressources sur la façon de promouvoir une représentation sensible et efficace de l’excision, sur la base de leur expérience de travail avec la communauté Dawoodi Bohra.

Une sexothérapeute, psychothérapeute et membre de la CoP FGM a partagé son expérience clinique en travaillant avec des enfants et des jeunes qui ont vécu une situation de violence sexuelle, parce qu’ils.elles ont été exposés à des images choquantes. Elle a partagé : “Je pense que si les personnes qui ont vécu l’excision sont exposées à des images choquantes liées à cette pratique, cela peut entraîner une résurgence des symptômes (l’impression de revivre continuellement l’événement) ou des difficultés en lien avec l’événement. Je reste donc convaincu que l’exposition à ce type d’images est à éviter. De même, je pense que des personnes qui n’auraient pas fait l’expérience de l’excision pourraient également développer des symptômes de stress post-traumatique (par exemple : images ou pensées intrusives (flashback), hypervigilance, insomnie…).”

Arguments en faveur de l’utilisation d’images choquantes

La Campagne mondiale des médias  pour mettre fin aux MGF (Global Media Campaign to End FGM), par le biais des activistes et des dirigeants communautaires avec lesquels elle travaille, utilise des images choquantes des MGF lors des réunions initiales pour convaincre et persuader les hommes influents de s’exprimer contre la pratique dans les médias. Un membre de la Campagne mondiale des médias pour mettre fin aux MGF a déclaré : “En montrant les images à des hommes adultes, les activistes ont persuadé beaucoup d’entre eux de devenir des champions publics sur les médias locaux pour mettre fin aux MGF”. Cette vidéo (la discrétion du spectateur.trice est conseillée) montre comment la Campagne mondiale des médias pour mettre fin aux MGF utilise des images choquantes dans ses interventions pour persuader les chefs religieux et communautaires de parler des MGF.

Un militant de la Campagne mondiale des médias pour mettre fin aux MGF au Mali a partagé : “C’est grâce à la projection d’images choquantes que j’ai réussi à convaincre le maire de la commune rurale de Pelengana de m’accompagner à la radio pour mes émissions.”

En Côte d’Ivoire, dans les régions de Tchologo, Hambol, Bounkani et Gontougo, une membre de la CoP MGF a partagé comment l’utilisation d’images choquantes a soutenu sa campagne et créé un effet d’entraînement positif. Elle a déclaré : “Lors de la mise en place des comités de surveillance dans lesdites régions, j’ai utilisé des images fortes pour former et transmettre le message sur les dangers de l’excision. Les membres des comités de vigilance ont adhéré et en moins d’un mois d’activités, ils ont réussi à sensibiliser plus de 6 373 personnes grâce aux images.”

Selon un membre de la CoP MGF et homme politique engagé depuis plus de 15 ans dans la lutte pour l’abolition des MGF “Je confirme que l’utilisation d’images, peut-être choquantes, mais qui ne montrent que la réalité, est essentielle pour révéler à certains l’atrocité de ces mutilations, leurs conséquences et leur caractère inacceptable.”

Pour l’un des membres de la CoP MGF, avec une préparation psychologique adéquate avec le public cible, l’utilisation d’images choquantes est la plus productive car c’est le meilleur moyen de dépeindre la pratique.

Au Nigeria, le Dr Ugwu Christorpher, directeur exécutif de la Société pour l’amélioration des populations rurales (SIRP), a déclaré : “Il y a eu ce cas où l’on a vu trois pères pleurer en regardant le clip vidéo sur la mutilation des petites filles. Après avoir regardé la vidéo, ce père s’est excusé publiquement auprès de sa petite fille pour lui avoir infligé une telle douleur, alors qu’elle prétend l’aimer. Publiquement, il a déclaré : Plus jamais je ne prendrai part ni n’encouragerai quelqu’un de mon entourage à s’engager dans la pratique des MGF”.

L’utilisation d’images choquantes dans le travail contre les MGF ou autre est fortement influencée par la démographie, le public cible et l’objectif. Il est toutefois important de préparer votre public et d’obtenir le consentement du public si vous décidez d’utiliser des images choquantes. 

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

Les opinions exprimées sur ce site web sont celles des auteur.e.s et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l’UNFPA, de l’UNICEF ou de toute autre agence ou organisation.

© Copyright : GAMS Belgium