Les hommes et notre devoir de dénoncer les MGF

par Moudou Lamin Davies

En grandissant dans ma communauté, j’ai appris comment siffler des femmes. Parfois j’étais envoyé par des hommes adultes pour les agresser verbalement lorsqu’elles ignoraient leurs avances ou refusaient d’obéir à leurs instructions. Je me rappelle avoir pensé à quel point il était étrange d’apprendre de telles choses à mon âge. Cependant, durant le passage de l’école primaire au collège, j’ai beaucoup appris sur la masculinité et ce que l’on attend des jeunes adolescents lors d’un cours appelé « Éducation à la population et à la vie familiale » (POP FLE). J’ai compris les règles non écrites de la société qui attend des hommes d’être robuste et rude et même si besoin, d’utiliser la violence. Le privilège masculin est tellement enraciné dans les relations et les structures sociales qu’il apparait comme normal et naturel et demeure à l’abri de tout contrôle. A cet âge, je voulais vivre une vie où les hommes ne verraient pas les femmes comme des êtres inférieurs à eux. Je désirais aussi jouer un rôle actif dans la promotion du changement et encourager les autres hommes à faire de même. Je pensais que nous avions la responsabilité d’être introspectifs.

Même à ce jeune âge, je savais qu’en améliorant la position et le statut des femmes dans ma communauté, en les libérant des codes restrictifs qui les entravaient cela pourrait inspirer une évolution vers des relations d’égalité et d’amitié, vers un plus grand partage du travail de soins et réduire la violence organisée et individuelle. Fort de cette compréhension, j’ai lancé HeForShe-Gambie dont le but était de diriger l’initiative de la campagne HeForShe et d’utiliser la campagne et le plaidoyer pour lutter contre les violences sexuelles et basées sur le genre. Notre principal objectif est d’amplifier les voix des jeunes hommes contre les violences basées sur le genre perpétrées sur les femmes et les filles.

Nous travaillons avec des communautés, spécifiquement des hommes afin de changer leurs perceptions de la masculinité ainsi que celle des parties prenantes afin de formuler et de d’appliquer des lois et des politiques respectueuses de l’égalité des sexes. Chaque année, pendant les 16 jours d’activisme, nous mettons en place une caravane nationale. Nous organisons des émissions radios et de télévision, des programmes de sensibilisation communautaire visant à promouvoir les droits des femmes et des filles tels qu’ils sont inscrits dans le plan d’action national de la Gambie. Nous gérons des activités d’engagement communautaire, des programmes de sensibilisation dans les écoles, des activités médiatiques et des formations sur la violence sexuelle et sexistes avec une attention particulière au mariage des enfants et aux mutilations génitales féminines.

Grâce à ce travail, en collaboration avec notre organisation mère, le Réseau contre la violence basée sur le genre (The Network against Gender-Based Violence), nous avons mis au point une approche qui vise à impliquer et à placer l’intérêt supérieur des femmes au centre ; nous avons créé des centres à guichet ouvert dans les principaux hôpitaux. Le centre à guichet ouvert donne accès à des services holistiques tels que la santé, le soutien psychosocial, les services juridiques et policiers pour les survivantes de la violence sexuelle et sexiste, en particulier des MGF, sous un même toit et gratuitement. Nous pensons que cela est nécessaire, car de nombreuses victimes de violences basées sur le genre, en particulier de viols, souffrent beaucoup en se déplaçant d’une institution à l’autre pour obtenir des services tels qu’un soutien psychosocial. Cela conduit parfois à un nouveau traumatisme des victimes et à la perte de preuves importantes pour étayer leur dossier. Nous travaillons également avec des partenaires pour fournir des services spécifiques aux femmes qui n’ont pas forcément accès aux centres One-Stop.

Je suis tout à fait favorable au travail avec des hommes et des garçons pour changer leur perception des violences basées sur le genre et sexuelles, spécifiquement dans la lutte contre les MGF. En Gambie, la domination et le contrôle des femmes par les hommes ont perpétué la pratique des MGF. Les hommes sont considérés comme les gardiens traditionnels, les chefs de famille et sont les plus hauts décideurs au niveau national, communautaire et familial. La raison principale derrière la pratique des MGF est de dompter la sexualité des femmes et réduire le contrôle qu’elles ont sur leur sexualité et sur leur propre corps. En agissant ainsi, ils croient réduire les chances d’une femme d’être “de mœurs légères”, qu’elle n’appartiendra désormais qu’à un homme et servira à satisfaire ses besoins. Je pense que les hommes peuvent faire une différence significative s’ils choisissent de s’élever contre cette pratique. Après tout, les hommes ont une voix plus forte et une influence sur presque toutes les questions dans leurs communautés. Ils sont donc en mesure d’initier le changement tant attendu. C’est aussi notre responsabilité.

Les discussions et les échanges que j’ai eus et que j’ai vus entre les membres de la Cop MGF au cours de nos discussions en ligne et du webinaire sur la participation des hommes à l’élimination des MGF ont mis en évidence une vérité incontournable : l’éradication des MGF est l’affaire de tous (hommes et femmes) et les hommes ont un grand intérêt, en tant qu’alliés et gardiens de la culture, à s’exprimer et à dénoncer les MGF. Je crois qu’avec la participation et le soutien d’un plus grand nombre d’hommes, nous pouvons mettre fin aux MGF dans cette génération.

Modou Lamin Davies est responsable des programmes pour Safe Hands for Girls et fondateur de HeForShe-The Gambia. Davies a participé au webinaire sur l’implication des hommes dans la lutte contre les MGF que vous pouvez  trouver ici.

Vous trouverez plus d’informations sur l’implication des hommes dans la prévention des mutilation génitales féminines dans le thème dédié. 

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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