Travailler avec des hommes pour mettre fin aux MGF

Au cours des dernières années, l’implication des hommes pour mettre fin aux mutilations génitales féminines (MGF) a pris différentes formes dans les communautés. Des organisations du monde entier ont utilisé des stratégies variées pour engager les hommes dans la lutte contre les MGF, les éduquer sur les effets de la pratique et les sensibiliser sur la nécessité de participer activement à son éradication. 

Ces programmes d’engagement des hommes ont eu pour résultat une augmentation du nombre d’alliés masculins éduqués sur les dangers des MGF et qui défendent désormais l’arrêt de la pratique au sein de leurs communautés. Des leaders religieux et communautaires ont condamné les MGF dans leurs communautés en la séparant de la religion.

Dans cette section, nous avons regroupé les programmes et stratégies employés par les ONG et les défenseurs de la lutte anti MGF au sein des thèmes suivants : Programmes éducatifs, Programmes d’engagements communautaires et Programmes médiatiques.

Les exemples suivants ont été partagés par des membres individuels ou des organisations à l’intérieur de la Communauté de pratiques sur les MGF.

Engagements communautaires et programmes éducatifs

Les programmes d’engagement des hommes ciblent souvent les hommes à deux niveaux :

  • Par des activités de sensibilisation dans les communautés qui s’adressent aux hommes séparément ou à des groupes mixtes, parfois en ciblant des groupes spécifiques tels que les chefs religieux ou communautaires (masculins).
  • En formant certains hommes à devenir des alliés masculins qui, une fois la formation terminée, prennent une part active aux activités communautaires. Cette stratégie repose sur l’hypothèse que des hommes seront plus enclins à écouter d’autres hommes.

Au Somaliland, la Fondation de Solidarité Internationale (Finlande) gère un réseau contre les MGF (NAFIS). L’objectif principal du réseau est d’éradiquer les MGF au Somaliland en menant des campagnes anti MGF à travers l’engagement auprès des chefs religieux et des décideurs politiques, qui sont principalement des hommes. A travers ces rencontres communautaires, les organisations de la société civile locale ont réussi à influencer la FATWA (une décision sur un point de droit islamique rendue par une autorité reconnue) sur les MGF en faveur d’une excision facultative selon la Sunna au lieu d’une pratique obligatoire et plus étendue. Elles ont également contribué à la rédaction d’un projet de loi contre les MGF (2019) condamnant tous les types de MGF, qu’elles soient pratiquées par un parent, un soignant, un agent de santé ou une exciseuse traditionnelle.

Par le biais de leur programme de champions masculins, l’organisation kenyane Men End FGM engage les hommes et les garçons des différentes communautés avec lesquelles elles travaillent, en les éduquant au sujet des MGF et au rôle des hommes dans la lutte contre la pratique. Ce programme a créé un effet domino important, puisque les hommes qui y ont participé retournent dans leurs communautés pour mener des campagnes contre les MGF et contribuer à l’éradication de cette pratique. L’ONG indique qu’elle a sauvé 250 filles qui risquaient de subir des mutilations génitales féminines, qu’elle a augmenté le nombre d’hommes diffusant le message dans leur communauté et qu’elle a signalé un changement d’attitude ainsi qu’une réduction globale significative des cas de mutilations génitales féminines dans ses zones d’intervention.

Tackle Africa, association fondée au Royaume Uni, utilise le football pour engager et éduquer les hommes et les garçons afin d’aborder les questions relatives aux droits sexuels et reproductifs incluant les MGF. Leurs sessions d’éducation prennent place sur le terrain où ils entrainent leurs bénéficiaires. En même temps, ils et elles les éduquent sur les questions liées aux MGF ou au VIH en répondant en direct à leurs interrogations afin d’y apporter des solutions. L’objectif de Tackle Africa est d’entrainer des jeunes leaders africains à devenir des coachs et à délivrer le message aux autres jeunes.

A travers leur programme en 5 étapes, Tackle Africa a impliqué environ 12 pays, entrainant 1505 personnes qui se sont engagées à éradiquer les MGF. Leur programme d’éducation sur les MGF comporte principalement l’évaluation de la conception du programme d’études sur les MGF utilisé pour former leurs bénéficiaires.

Avec l’intime croyance que le sport peut faciliter la prise de contact et encourager un dialogue ouvert, Tackle Africa, en complément de leurs programmes éducatifs, s’est impliquée dans une série d’engagements communautaires avec les familles, les autorités locales et les jeunes leaders pour promouvoir le dialogue et donner de l’importance aux messages anti MGF.

En Gambie, Modou Lamin Davies, chargé de programmes pour Safe Hands for Girls et fondateur de HeForShe Gambie, participe à la mise en œuvre de divers programmes d’éducation et de formation sur les mutilations génitales féminines destinés aux responsables de l’application des lois, qui sont pour la plupart des hommes.  La caravane nationale annuelle des 16 jours d’activisme est un moyen très populaire et largement utilisé en Gambie pour susciter des engagements communautaires contre les violences faites les femmes et sur les questions sexuelles et reproductives comme les MGF. Cette caravane emmène différentes organisations et militant.e.s dans toutes les régions du pays pour plaider en faveur de l’égalité des sexes et de l’éradication des MGF. 

Des programmes d’éducation sont également mis en œuvre dans les communautés de migrantes touchées par les MGF. En Irlande, par exemple, Rodrigue Bukungu Nkwayaya, champion du changement au sein de l’organisation irlandaise AkiDwa, un réseau national de femmes migrantes vivant en Irlande et ambassadeur du réseau européen End FGM Network, utilise des outils tels que la « carte du corps » et « l’arbre à problèmes » pour aider les participants à comprendre les conséquences de la pratique. Il a constaté une augmentation significative de la sensibilisation aux dangers des MGF et estime que les hommes et les femmes sont davantage en mesure de prendre position contre cette pratique.

Le projet « Men Speak Out Against MGF » était un partenariat entre trois ONG européennes (Gams Belgique, FORWARD UK, HIMILO fondation aux Pays Bas) ayant pour but d’engager les hommes dans le processus d’élimination des MGF et, à plus large échelle, de contribuer à la fin des violences faites aux femmes et à la promotion de l’égalité de genre. A travers le projet, qui s’est déroulé de 2015 à 2017, des pairs éducateurs ont été formés dans les trois pays et des outils spécifiques ont été élaborés pour les hommes (affiches, brochure, vidéo, programmes télévisés et radiophoniques), abordant les MGF avec une approche fondée sur les droits humains et le genre. Les pairs éducateurs masculins formés, ont organisé des activités de sensibilisation dans leurs communautés et ont également contribué à la collecte de données pour une étude menée parallèlement aux activités de sensibilisation. A la fin du projet « Men Speak Out », des événements nationaux ont été organisés dans les trois pays pendant lesquels les alliés masculins ont été invités à prendre position publiquement contre les MGF et à engager un dialogue avec les femmes.

Campagnes médiatiques

Les médias ont prouvé qu’ils sont un excellent moyen de sensibilisation pour le mouvement contre les MGF. Les organisations et les militant.e.s de la lutte contre les MGF utilisent différents organes de presse pour mener leurs campagnes et impliquer les communautés incluant les hommes, dans la lutte contre les MGF.

L’organisation Men End FGM au Kenya utilise les réseaux sociaux pour diffuser des messages sur leur travail avec des alliés masculins, des témoignages d’hommes ainsi que les résultats obtenus. Sur leurs plateformes, ils organisent des chats sur Twitter avec des hommes pour condamner cette pratique et sensibiliser le public. Ils utilisent également le podcast et la radio comme moyen de transmettre des messages sur les MGF afin d’influencer et d’inspirer davantage d’hommes du continent africain à rejoindre la lutte contre les MGF.

Même dans l’ère des réseaux sociaux, la radio et la TV restent des outils cruciaux de sensibilisation pour le mouvement anti MGF. HeForShe en Gambie fait partie des organisations qui continuent d’utiliser ces médias pour toucher les hommes et les femmes. Modou Lamin Davies et ses collègues animent des émissions de radio sur les MGF et le rôle des hommes et ont également rejoint des émissions télévisées sur le sujet.

L’organisation non gouvernementale AIDOS a mis en place des formations sur la production d’émissions radiophoniques sur les MGF, ciblant à la fois les hommes et les femmes, regardez-les ici.

Ces exemples de programmes, de stratégies et de moyens utilisés pour impliquer les hommes dans la lutte contre les MGF sont loin d’être exhaustifs.

Avez-vous mis en œuvre un programme d’implication des hommes dans la lutte contre les MGF ? Partagez-le avec nous !

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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