Les MGF sont liées au genre - c’est aussi un “problème masculin”

Les MGF sont une pratique néfaste liée au sexe, un type de violence basée sur le genre, et l’une des nombreuses expressions de pouvoir et de contrôle sur les corps et la sexualité des filles et des femmes. Elles “prennent leurs racines dans des relations de pouvoir déséquilibrées entre les hommes et les femmes, intégrées dans un système qui se maintient au travers de normes et de stéréotypes discriminants liés au genre, ainsi que par un accès inégal à des ressources contrôlées.” (UNICEF, 2020)

Bien qu’elles soient pratiquées sur les femmes et les filles, les MGF ne se résument pas qu’à celles-ci, elles sont liées aux rôles  aux normes de genre, et à l’inégalité entre les sexes.

Dans cette section, nous donnons quelques exemples de comment  les MGF sont liées au genre, et comment  les hommes ont le pouvoir quant à l’arrêt ou la perpétration de ces pratiques.

Les hommes ont le pouvoir

Dans une société patriarcale, les hommes ont le pouvoir sur les normes et les pratiques. En tant que pères, maris, figures politiques, religieuses, ou culturelles, ils ont une influence directe sur la façon dont sont vues les MGF, soit en tant que pratique nécessaire et traditionnelle pour les filles, ou bien en tant que violation des droits de l’Homme.

En tant que pères et en tant que maris, les hommes peuvent choisir entre ouvertement promouvoir la pratique, y consentir silencieusement, ou prendre explicitement position et œuvrer pour y mettre fin. Un homme peut demander à ce qu’une femme soit mutilée avant d’accepter de l’épouser, ou il peut réclamer que son épouse subisse une seconde MGF s’il juge que la première n’a pas été effectuée correctement. Un futur époux peut, au contraire, décider d’épouser une femme qui n’a pas subi de MGF. Un mari peut décider que la pratique soit appliquée à ses filles, ou peut choisir de les protéger, même quand des parentes insistent pour le faire.

En 2021, un journal ougandais a relaté  que deux hommes avaient été arrêtés pour avoir forcé leurs femmes à subir des MGF, malgré le fait que la pratique soit illégale dans le pays.

Constituant donc la majorité des leaders dans beaucoup de sociétés, les hommes ont un rôle central dans le maintien ou l’abandon des MGF. Il existe des exemples d’hommes ayant, au sein d’espaces religieux, usé de leur influence pour maintenir la pratique au fil des années, là où d’autres ont au contraire parlé publiquement à son encontre. C’est d’une importance capitale dans certaines communautés, notamment en Gambie ou en Somalie, où la religion est l’une des principales justifications de la pratique des MGF.  (UNFPA The Gambia, 2017) Il en va de même pour les hommes politiques, qui peuvent choisir de soutenir les MGF, d’éviter d’en parler, ou bien d’œuvrer activement pour y mettre un terme.

En tant que personnes détenant le pouvoir dans leurs communautés, les hommes ont un rôle important à jouer dans le maintien ou l’abandon des MGF.

Les MGF sont liées à l'éligibilité au mariage

Dans de nombreuses communautés, le mariage est une question de sécurité économique et d’insertion sociale pour les filles. C’est d’autant plus véridique lorsque les familles sont pauvres, et que les possibilités pour les filles sont limitées. De ce fait, certains parents font subir des MGF à leurs filles, même quand ils sont au courant des conséquences sur la santé. Ils considèrent sans doute que le gain (la sécurité économique et l’insertion sociale) est plus important que la perte (conséquences sur la santé). Dans ce genre de communautés, les parents ne peuvent pas décider de mettre un terme à la pratique sans risquer de compromettre les chances de leur fille en matière de mariage. Tout le monde dans la communauté doit se mettre d’accord pour mettre un terme aux mutilations, et changer les normes sociales qui entourent cette pratique. (UNICEF, 2020) 

Les hommes de la communauté Maasai au Kenya, par exemple, ne sont pas autorisés à épouser des femmes qui n’ont pas été excisées, puisque ces dernières ne peuvent pas participer aux célébrations culturelles. Les enfants nés d’une union avec une femme non excisée sont considérés comme illégitimes. (Batha, E. 2018)

Un examen systématique de recherche portant sur le rôles des hommes dans la fin des mutilations génitales féminines (BMC Public Health, 2015) a révélé que, dans de nombreuses communautés africaines, les MGF sont vues comme importantes pour qu’une fille ait de bonnes opportunités de mariage, et pour assurer la fidélité au sein de celui-ci. Les MGF aident les hommes à maintenir la polygamie dans certaines communautés. D’après une étude citée, les pères égyptiens pensent que les filles non excisées sont débauchées.

Dans ces communautés, les garçons et les hommes ont un rôle à jouer pour montrer qu’ils accepteraient d’épouser des femmes non excisées.

  • Comment les MGF sont liées aux idées concernant l’éligibilité au mariage, l’honneur et le respect chez les femmes et les filles de votre communauté ?
  • Quel rôle jouent les hommes dans la continuation de ces idées, et comment peuvent-ils contribuer à les changer ?

Les MGF peuvent affecter les hommes

Quelques études ont exploré la manière dont les hommes sont affectés par les MGF. Almorth et Amroth-Berggren et al. (2001) ont exploré les complications et les attitudes en lien avec les MGF dans une communauté au Soudan. Ils ont découvert que des complications masculines résultant des MGF étaient rapportées par une majorité des 59 hommes interrogés. Ces complications comprennent notamment des difficultés à la pénétration vaginale, blessures et infections sur le pénis, et problèmes psychologiques. D’après une majorité de jeunes hommes interrogés, ils auraient préféré épouser des femmes sans MGF.

Si les hommes sont également affectés négativement par les MGF, ils ont donc une raison d’aider à mettre fin à la pratique.

  • Connaissez-vous des études traitant de l’impact qu’ont les MGF sur les hommes de votre communauté ?
  • Comment ce genre de données peuvent-elles être utilisées dans l’avancée de la prévention des MGF ?

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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