Recommandations clés

Après avoir identifié les défis auxquels ils/elles sont confronté.e.s, les participant.e.s au dialogue international virtuel des parties prenantes (octobre-novembre 2020) ont produit des recommandations clés sur la manière de mieux traiter les MGF dans les contextes humanitaires. L’objectif de ces recommandations est de veiller à ce que nous ne perdions pas de vue les millions de femmes et de filles touchées par les MGF et vivant dans des contextes fragiles. Les experts ont également identifié une série de bonnes pratiques existantes qui devraient être davantage explorées, étendues et faire l’objet d’investissements.

Trois grandes priorités sont ressorties du dialogue en ligne :

  • La prévention des mutilations génitales féminines et la prise en charge des survivantes doivent être considérées comme des priorités urgentes dans les contextes humanitaires et d’urgence.
  • Les fonds destinés à ces programmes doivent être considérablement accrus, à la fois par l’augmentation du financement du développement et par la participation d’autres donateurs et parties prenantes dans le cadre de l’aide humanitaire.
  • Le lien entre le développement et l’humanitaire doit être réalisé par la mise en œuvre de programmes durables et genrés dans les situations d’urgence grâce à la participation essentielle des femmes, des jeunes filles et des communautés.

Le groupe a également formulé des recommandations spécifiques autour de 10 priorités clés.

La prévention et le traitement des mutilations génitales féminines doivent être intégrés dans la programmation humanitaire

Avant tout, les expert.e.s ont souligné que les MGF doivent être reconnues comme une question importante et considérées comme une de violence basée sur le genre (VBG) qui augmente dans les situations d’urgence. Elle doit être abordée avec une approche multisectorielle dans tous les groupes humanitaires et tout au long du cycle humanitaire. Pour ce faire, il est nécessaire d’augmenter les investissements à long terme et flexibles dans la lutte contre les MGF et l’aide aux survivant.e.s dans les situations d’urgence.

La prévention des MGF doit être intégrée dans le travail humanitaire. Les experts ont souligné la nécessité de donner la priorité et d’investir dans des programmes de transformation des sexes garantissant un changement de comportement durable à long terme, ainsi que dans des programmes garantissant l’autonomisation économique et l’éducation des femmes et des filles dans des contextes fragiles. La lutte contre la pauvreté et les difficultés économiques pour tous les secteurs de la population est une étape importante pour atténuer le risque que les filles subissent des mutilations génitales féminines. Les expert.e.s ont partagé des exemples de moyens innovants tels que des campagnes médiatiques et des outils en ligne pour amplifier la voix des femmes et des filles, ainsi que des dirigeants et des champions communautaires.

Outre la prévention, des soins adéquats doivent également être fournis aux survivantes de MGF vivant dans des contextes humanitaires. Cela signifie qu’il faut veiller à ce que les services liés aux MGF ne soient pas relégués au second plan dans la prestation de services dans le cadre de la réponse humanitaire. Les expert.e.s recommandent de mettre en place un “paquet de soins” pour les survivantes de MGF, comprenant des connaissances sur les MGF dans le paquet de services initial minimum – à la fois dans la phase aiguë qui sauve la vie (en particulier concernant la désinfibulation pendant l’accouchement) et dans le rétablissement de services complets de SSR (Securtity Sector Reform) et de VBG à long terme.

Les femmes, les filles et les communautés doivent être au centre des interventions

Les parties prenantes ont souligné l’importance de veiller à ce que les interventions soient basées sur la communauté et qu’elles lui appartiennent. Toutes les interventions doivent s’inspirer des besoins définis par les femmes et les filles elles-mêmes et la résilience des communautés doit être renforcée. Les espaces sécurisés, les dialogues communautaires et les groupes de soutien, ainsi que les mécanismes communautaires de surveillance, de protection et d’orientation sont des exemples de bonnes pratiques. Les expert.e.s ont souligné la nécessité de soutenir et de financer le travail des communautés et des organisations dirigées par la communauté en cas d’urgence.

Dans son discours principal lors du webinaire de clôture (12 novembre 2020), le Dr Nahid Toubia a également souligné l’importance du changement au sein des communautés. Elle a fait valoir que les acteurs.rices du développement doivent soutenir les changements positifs qui se produisent déjà – plutôt que de les imposer de l’extérieur – et qu’ils/elles doivent être conscient.e.s de la manière dont leurs programmes renforcent ou remettent en question le statu quo. Elle a également souligné la remise en question des programmes de MGF qui apportent un soutien à ceux qui ont déjà du pouvoir dans les sociétés, y compris l’establishment religieux, plutôt que de soutenir les femmes :

“C’est l’autonomisation des femmes et des filles qui conduira à un véritable changement significatif ! Nous devons travailler avec toutes les parties de la société, mais les femmes et les filles doivent être les leaders du changement ! Le Dr. Toubia a partagé une image positive du changement qui se produit actuellement : “Aujourd’hui, les femmes et les jeunes en Afrique, en Asie et dans la diaspora s’élèvent contre les MGF, ils/elles réclament leurs droits”.

Toutes les parties prenantes doivent participer, être formées et travailler ensemble

Afin de garantir des interventions dirigées par la communauté, il est essentiel de travailler en étroite collaboration avec les acteurs.rices locaux.les, y compris les organisations de femmes et de jeunes filles, ainsi que les agent.e.s de santé communautaires. Les expert.e.s ont souligné l’importance de relier et de soutenir les structures et les acteurs.rices existant.e.s, ce qui a toujours fait défaut lorsque les organisations humanitaires entrent dans un contexte de crise. La capacité des acteurs.rices, des structures et des services existants doit être renforcée et des partenariats doivent être établis avec les institutions locales et nationales, y compris les ministères. Une suggestion a été de créer des plateformes en ligne pour dresser la carte des services existants et disponibles pour les survivantes des MGF et tous les acteurs.rices travaillant sur le terrain. Il a également été souligné que les gouvernements et les donateurs.rices devraient faciliter et investir dans de telles connexions afin d’en assurer la durabilité.

Un autre aspect important de la lutte contre les MGF dans les contextes humanitaires et de crise est la nécessité de fournir une formation spécialisée adéquate et systématique et de renforcer les capacités des organisations, à différents niveaux organisationnels. Cela nécessite à la fois des ressources financières et humaines suffisantes ainsi que des politiques organisationnelles claires et des protocoles pratiques mis à la disposition des professionnels.

Il a été fortement recommandé de renforcer la coordination entre les acteurs travaillant sur les MGF dans les contextes humanitaires, en se basant sur le constat que les organisations travaillent trop souvent en silos. Au niveau national, les experts ont suggéré de créer des plateformes de coordination multipartites dans les pays pour partager des informations, des données et élaborer des stratégies d’intervention sur les MGF par le biais de réunions périodiques et d’une communication continue et ouverte, ainsi que d’une base de données partagée centralisant toutes les données et informations disponibles sur les MGF dans ce contexte.

“Nous devons veiller à ce que les secteurs de l’aide humanitaire et du développement travaillent plus étroitement ensemble”

Les parties prenantes participant au dialogue virtuel ont constaté que les acteurs.rices du développement et de l’aide humanitaire ne communiquent et ne collaborent pas suffisamment entre eux/elles. Ils ont donc insisté sur la nécessité de mettre en place des partenariats pour combler le fossé entre les secteurs du développement et de l’humanitaire.

La collecte de données, le suivi et l'évaluation (S&E) et la responsabilité doivent être assurés

L’expérience montre qu’il existe un besoin urgent de données sur les MGF dans les contextes humanitaires et de crise. Plusieurs bonnes pratiques ont été partagées par les participant.e.s afin de surmonter ce problème :

  • Former et responsabiliser les membres de la communauté.
  • Collecter des données au niveau local dans les contextes d’urgence.
  • Utiliser des technologies et des outils nouveaux et innovants, en ligne et hors ligne, y compris des applications mobiles et des enquêtes à distance.

Le rapport a souligné la nécessité de veiller à ce que les parties prenantes qui collectent des données dans le secteur humanitaire le fassent sur toutes les formes de violence liée au genre, y compris les mutilations génitales féminines, afin de garantir que les interventions soient fondées sur des preuves. Les gouvernements doivent également veiller à ce que les informations nationales pertinentes comprennent toujours des données désagrégées sur les MGF.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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