Bonnes pratiques du terrain

Au cours du dialogue avec les parties prenantes, les expert.e.s ont identifié une série de bonnes pratiques sur la manière d’améliorer la prévention et les soins des MGF et d’autres types de violence liée au sexe dans les contextes humanitaires et de crise. Ces bonnes pratiques ont été tirées de l’expérience de terrain et de la littérature existante.  Elles devraient être davantage explorées, étendues et faire l’objet d’investissements.

Dans cet article, nous avons inclus quelques exemples, dont la liste complète, ainsi que les références, se trouvent dans le rapport.

SOMALIE/SOUDAN : Dans le cadre d’un projet pilote en Somalie et au Soudan, l’UNICEF a mis au point le programme “Communities Care: Transforming Lives and Preventing Violence programme” (“Transformer des vies et prévenir la violence”), en réponse à la nécessité d’améliorer l’accès à des services de soins et de soutien de qualité pour les victimes de violences sexuelles. Ce programme vise également à développer et à tester des stratégies efficaces pour prévenir la violence sexuelle dans les situations de conflit. Grâce à un modèle communautaire (via un “dialogue facilité”), le programme offre la possibilité d’un changement positif des normes sociales qui peut contribuer à l’égalité des sexes et réduire la violence et la discrimination basée sur le genre.

La Global Media Campaign (GMC, « campagne globale des médias ») forme les chefs religieux, les militant.e.s et les journalistes à l’utilisation des médias pour mettre fin aux MGF et les aide à diffuser dans leurs propres communautés, directement, dans leur propre langue, en utilisant leurs propres mots et en amplifiant les messages pour mettre fin aux MGF. Le GMC a mené une enquête qui a révélé que plus d’une personne sur quatre ayant entendu les chefs religieux dénoncer les MGF, a déclaré qu’elle cesserait d’exciser ses enfants. De même, comme les demandeur.e.s d’asile dans les camps de réfugiés se rassemblent souvent dans des zones communes pour écouter leurs stations de radio nationales, cela représente une occasion unique de diffuser des messages contre les MGF dans un cadre humanitaire, juste avant les informations, lorsque davantage de personnes les écoutent, en achetant du temps d’antenne. 

BURKINA FASO : Dans les régions du Burkina Faso où des groupes armés sont aux commandes, il est parfois très difficile de lutter contre les MGF car les groupes n’autorisent pas les discussions sur ce type de questions (MGF, mariage des enfants). Les organisations communautaires trouvent des moyens créatifs de contourner ce problème en invitant à des discussions de groupe sur des thèmes tels que “la paix et la cohésion sociale”.

MALI : Pendant la pandémie COVID-19, une organisation communautaire malienne a élaboré des affiches combinant des messages sur la prévention de la COVID-19 et la sensibilisation aux MGF.

RÉPUBLIQUE DE GUINÉE : pendant la pandémie COVID-19, l’association ASD, dans le cadre d’un projet coordonné par AIDOS et soutenu par le programme conjoint UNFPA-UNICEF sur les MGF, a intégré des messages visant à promouvoir l’abandon des MGF dans les produits de consommation distribués à la population tels que les désinfectants pour les mains. Les consommables ont été distribués à l’occasion d’une série d’activités de sensibilisation sur les MGF où les participant.e.s ont été informé.e.s sur les mesures de prévention de COVID-19 et sensibilisé.e.s sur les liens possibles entre COVID-19 et les MGF. Une attention particulière a été accordée à la nécessité d’éviter que les filles, qui ont quitté l’école en raison de la pandémie, ne soient soumises à des MGF. 80% de la population ciblée a déclaré n’avoir reçu aucun autre matériel de prévention ou information sur COVID-19 auparavant.

BELGIQUE : Pendant la pandémie COVID-19, le GAMS Belgique a fourni des informations sur la pandémie aux communautés de migrant.e.s avec lesquelles il travaille, dans les langues africaines parlées par les communautés. L’organisation a fourni une assistance, un soutien et des services de traduction aux survivantes de la MGF en utilisant des outils de communication en ligne. Cela a permis non seulement de renforcer la prévention COVID-19 et d’améliorer le bien-être des communautés migrantes vulnérables, mais aussi de maintenir la relation avec les communautés et de ne pas perdre le travail de prévention des MGF effectué précédemment lorsque les activités en face à face ont dû être interrompues.

SOUDAN : Depuis 1999, MSF s’oppose fermement à la pratique de toute forme de MGF. En 2006, MSF a déclaré une politique de tolérance zéro à l’hôpital de Tagadom (Port-Soudan) sur la ré-infibulation et a lancé depuis 2007 un projet de santé reproductive avec un accent particulier sur les MGF. À l’hôpital de Tagadom, la promotion de la santé auprès des communautés a également commencé à sensibiliser les personnes aux pratiques et aux complications des MGF. La sensibilisation aux complications des MGF se fait à l’intérieur et à l’extérieur de l’hôpital de Tagadom et est bien acceptée par la population, en particulier par les femmes. En septembre 2019, la tolérance zéro pour les MGF, y compris la non-réinfibulation, a été intégrée dans la politique de MSF en matière de santé reproductive et de soins contre la violence sexuelle. Cette politique stipule, entre autres obligations, que “les équipes doivent prendre le temps d’expliquer au personnel de santé et à la population locale les raisons pour lesquelles MSF a décidé de ne pas réinfibuler”.

Le projet de Plan International, appelé Girls Out Loud, utilise les plateformes de médias sociaux pour donner aux filles un espace sûr où elles peuvent discuter ouvertement des questions qui les concernent. Les enseignements tirés de ces discussions sont utilisés pour trouver des solutions aux problèmes auxquels elles sont confrontées et les aider à devenir des leaders sur ces questions, dans leurs communautés et au-delà. Le projet est maintenant en cours dans 16 pays, parmi lesquels le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Guinée Conakry, le Sénégal, la Sierra Leone et le Royaume-Uni.

IRAQ : Soutenue par WADI (Association pour l’assistance en cas de crise et la coopération au développement), la radio communautaire kurde irakienne indépendante, Radio Denge NWE, émet quotidiennement pendant 11 heures sur la radio FM 88,6 MHz dans le gouvernorat de Halabja, à Sharazoor, Hawraman et Arbat. Les programmes du matin sont diffusés en dialecte kurmanji et en arabe, et traitent de sujets d’actualité de la société locale, en se concentrant particulièrement sur les réfugié.e.s et les personnes déplacées à l’intérieur du pays, mais aussi sur d’autres questions sanitaires, sociales ou culturelles. Le programme comprend une couverture quotidienne des questions relatives aux jeunes et aux femmes, ainsi qu’une sensibilisation quotidienne sur les MGF, les droits des femmes, etc.

KENYA : En 2017, un groupe d’adolescent.e.s kenyan.ne.s appelé “The Restorers” a créé une application appelée i-Cut pour aider les filles touchées par les mutilations génitales féminines à obtenir une assistance juridique et médicale. Les filles qui sont forcées de subir la procédure peuvent également alerter les autorités locales en appuyant sur un bouton de panique sur l’App, ou peuvent chercher un abri en appuyant sur le bouton des centres de secours.

NIGERIA : L’outil numérique U-Report de l’UNICEF, un outil de messagerie gratuit qui permet aux jeunes du monde entier de s’engager et de s’exprimer sur des questions qui leur tiennent à cœur, a réussi à toucher un million de Nigérian.ne.s. Cet outil permet de collecter et d’analyser des données en temps réel, en recueillant des opinions, des informations et des preuves, afin d’amplifier la voix des communautés. Les données peuvent être cartographiées au niveau local pour former des données nationales et être utilisées pour informer sur la défense et le développement.

TANZANIE : Crowd2Map Tanzania est un projet de cartographie entièrement financé par des bénévoles qui permet de mettre en évidence la Tanzanie rurale. Depuis 2015, des volontaires formé.e.s ajoutent des écoles, des hôpitaux, des routes, des bâtiments et des villages à OpenStreetMap avec l’aide de volontaires du monde entier et sur le terrain en Tanzanie, afin de travailler avec les autorités pour prévenir les MGF et apporter un soutien aux survivantes.

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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