Les expériences positives de la stratégie

Notre experte sur cette question, Rugiatu Turay, est la fondatrice et directrice de l’Amazonian Initiative Movement (AIM), une organisation sierra-léonaise qui place les exciseuses traditionnelles au centre de ses actions.  Elle a souligné que nombre d’entre elles, en Sierra Leone, ont changé et ont cessé la pratique des MGF lorsqu’elles ont eu accès aux informations et aux compétences qui leur ont permis de changer leur situation.

« Une fois qu’une sowei, ou exciseuse, a accès aux bonnes informations, et à des exemples concrets d’effets négatifs des MGF, elle se voit contrainte d’accepter la réalité et de consentir au changement. Les soweis/exciseuses ont subi un lavage de cerveau afin de croire aux anciens mythes, ce qui les rend si vulnérables aux mensonges. Elles sont contrôlées par les mythes et acceptent leur travail comme une obligation religieuse ».

Suite aux formations mises en place par l’AIM, les exciseuses de Sierra Leone ont publiquement déclaré qu’elles renonceraient aux excisions en 2019. Lorsque l’une d’entre elles a été contactée plus tard par deux familles pour pratiquer l’excision sur leurs filles, celle-ci a refusé.

D’autres membres de la CoP ont partagé leurs expériences positives de travail avec des exciseuses traditionnelles et ont souligné l’importance de cette stratégie comme premier élément en vue d’une solution durable pour mettre fin aux MGF.

Yacoub Ebnou a partagé son expérience dans le cadre d’un projet mené par l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF). L’organisation a identifié des pratiquantes de MGF et les a formées à la profession de sage-femme auxiliaire. Grâce à ce projet, les intervenantes ont été encouragées à cesser de pratiquer les MGF et ont contribué à sensibiliser leurs communautés – leurs anciens « clients » – aux dangers des MGF. Récemment, le projet a également travaillé avec d’anciennes exciseuses à qui l’on a enseigné des techniques telles que la couture, la teinture, etc.  Dans le cas de la Mauritanie, les anciennes exciseuses étaient contraintes de recourir à l’excision car elle représentait leur seul moyen de subsistance. Grâce à ce programme, d’autres alternatives leur ont été proposées et ces personnes ont confirmé qu’elles ne pratiquaient plus l’excision.

« La réhabilitation d’anciennes exciseuses en sages-femmes auxiliaires, conseillères ou toute autre alternative leur permettant d’exercer un autre métier que celui d’exciseuse est ainsi bénéfique et les incitera à changer et à cesser de pratiquer les MGF ».
Yacoub Ebnou, membre de l’AMPF

Bisi Adebayo, du Comité Inter-Africain sur les pratiques traditionnelles, a souligné que la génération de revenus alternatifs pour les exciseuses traditionnelles est l’une des stratégies encouragée par le CIAF pour son efficacité. Elle a ajouté que cette stratégie n’était pas parfaite, mais qu’aucune ne l’était lorsqu’il s’agit de lutter contre une pratique si profondément ancrée et à laquelle les communautés s’accrochent. Elle a souligné l’importance de donner plus de moyens aux exciseuses traditionnelles tout en leur fournissant un revenu alternatif :

« La Génération de Revenus Alternatifs permet l’autonomisation des femmes et va au-delà de leur permettre d’exercer d’autres métiers. Elle prévoit une formation pour leur faire acquérir des compétences, leur donner les moyens de changer leur vie et leur fournir un moyen de subsistance en les orientant vers d’autres métiers. Cette stratégie transforme les exciseuses en actrices du changement ».

Les membres ont estimé que la formation et la reconversion des pratiquantes traditionnelles peuvent être un complément important à d’autres stratégies et ont notamment souligné que l’information du grand public sur les effets néfastes des MGF ne peut à elle seule contribuer à leur éradication dans les sociétés conservatrices.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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