Les défis que représente le travail avec les exciseuses traditionnelles

Identifier les pratiquant(e)s traditionnel(le)s de MGF

Les membres ont exposé les difficultés qu’ils ont rencontrées en travaillant avec les personnes qui pratiquent les MGF et en les encourageant à s’engager dans la lutte contre cette pratique. La première difficulté qu’ils ont soulevée est relative à l’identification des exciseuses.eurs. En effet, les pratiquants de MGF ont des identités différentes et sont perçus de manière spécifique dans chaque communauté où la MGF est d’actualité. Dans certaines communautés, comme en Sierra Leone, il est facile de les identifier et peuvent même être désignés par un nom spécifique :

« Dans la partie nord de la Sierra Leone, nous avons des noms spécifiques pour les exciseuses, également connues sous le nom de “Soweis”. Ainsi, le nom d’une femme dans la communauté lui indiquera quel est son rôle ». 

Rugiatu Turay, Amazonian Initiative Movement

Toutefois, dans d’autres pays, les pratiquants de MGF opèrent dans le secret et sont moins faciles à identifier. Selon certains membres, cela pourrait être le cas en Éthiopie, au Kenya ou au Ghana. Les membres ont souligné que ce décalage dans la perception et l’identification des exciseuses constitue un facteur déterminant lorsque les participants sont sélectionnés par des ONG pour bénéficier d’un parrainage, d’une aide financière ou de formations dans le cadre de projets de reconversion.

L’expérience des membres suggère que dans certaines communautés mettant en œuvre des programmes de reconversion, les participants ont bénéficié de programmes et de certains avantages sans pour autant  avoir pratiqué les MGF auparavant.

Se pencher sur les véritables motivations qui sous-tendent cette pratique

Une autre difficulté dans la mise en œuvre de cette stratégie de reconversion est qu’elle repose sur l’idée que les pratiquants des MGF sont motivés par l’argent. Plusieurs personnes ont fait remarquer que ce n’était pas nécessairement le cas et que, au contraire, les pratiquants de MGF sont souvent motivés par le pouvoir et le respect qui leur est conféré au sein de la communauté. En effet, certains membres ont avancé que pour un certain nombre d’exciseuses.eurs, la pratique des MGF est considérée comme une vocation, une sorte de croyance spirituelle de la communauté, ce qui fait qu’il leur est difficile de s’y soustraire si leurs croyances spirituelles ne sont pas prises en compte, même si on leur propose un autre moyen de subsistance. Les MGF ne se résument pas à un individu qui pratique l’acte et à qui l’on peut demander d’y mettre fin, il s’agit plutôt de tout un système qui doit être démantelé.

À titre d’exemple, selon un membre ougandais, certaines exciseuses avaient été formées dans le cadre d’un programme et converties en actrices du changement, mais ont fini par reprendre la pratique après avoir subi la pression de leur communauté. Les interventions devraient donc aller au-delà de ce qui est visible et se pencher sur les valeurs qui se cachent derrière la pratique des MGF.

Également en ce sens, Sarah O’Neill, une anthropologue qui a travaillé au Sénégal, a découvert lors de ses recherches que les exciseuses traditionnelles ou les travailleuses de la santé qui pratiquent les MGF peuvent arrêter cette pratique grâce à diverses interventions et à la sensibilisation, ou même par peur de la loi, tout en conservant leurs normes traditionnelles telles que la croyance selon laquelle « les filles qui sont excisées sont plus propres que celles qui ne le sont pas » ou que le clitoris peut faire du tort au bébé lors de l’accouchement. Elle a souligné que les attitudes et les valeurs qui sous-tendent ces pratiques doivent être examinées de manière approfondie afin que le système entourant les MGF soit complètement déconstruit.

La médicalisation de la pratique

Un autre défi relatif au travail avec les pratiquants traditionnels de MGF soulevé par les membres de la CoP est la médicalisation de la pratique. La simple sensibilisation des communautés et des exciseuses.eurs traditionnel(le)s aux conséquences des MGF ne suffit pas pour faire cesser cette pratique, car elle peut alors conduire à sa médicalisation, comme c’est actuellement le cas à Kisii, au Kenya, par exemple.

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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