Critiques sur la reconversion en tant que stratégie pour mettre fin aux MGF

De nombreuses critiques ont été formulées dans la littérature contre la reconversion des exciseuses comme stratégie pour mettre fin aux MGF.

Parmi les principales, on peut citer :

  1. Les motivations premières des exciseuses traditionnelles qui pratiquent les MGF peuvent ne pas être d’ordre financier, par conséquent la génération de revenus alternatifs peut se révéler inefficace ;
  2. L’apparition de nouvelles exciseuses pour les remplacer et/ ou le développement des MGF au-delà des frontières ;
  3. L’incertitude quant à savoir si les anciennes exciseuses ont réellement une influence au sein de leur communauté lorsqu’elles plaident contre les MGF ;
  4. Les éléments indiquant que la reconversion des exciseuses à elle seule est insuffisante lorsqu’il s’agit de mettre un terme aux MGF. Celle-ci doit véritablement s’inscrire dans une approche plus large visant à sensibiliser l’ensemble de la communauté et à faire évoluer les mentalités et normes sociales.

Au cours de ces échanges, une divergence d’opinions est apparue entre les membres de la CoP au sujet de la reconversion des exciseuses et de l’efficacité de cette stratégie contre les MGF.  En effet, plusieurs membres ont affirmé que le fait de fournir d’autres sources de revenus aux pratiquants des MGF ne se traduirait pas nécessairement par une réduction du nombre de filles excisées ou par un changement de profession de ces derniers.

Malgré le triomphalisme exprimé par les promoteurs des stratégies de reconversion, les membres de la CoP ont rappelé que les évaluations de pays tels que le Mali, la Guinée, l’Ethiopie, le Sénégal, l’Ouganda, le Kenya, le Burkina Faso, etc. révèlent que les programmes de reconversion n’ont pas donné les résultats escomptés. Par exemple, l’expérience au Mali montre que, au mieux, les actions menées dans le cadre de cette stratégie ont aidé un petit nombre de pratiquantes à renoncer à l’excision, simplement en « passant le couteau » aux jeunes membres de leur famille ou aux agents de santé.

Au cours de ses recherches dans le cadre de son doctorat au Sénégal, Annemarie Middelburg a recueilli des informations sur la reconversion des exciseuses traditionnelles. Elle a constaté que les fonctionnaires du gouvernement, les représentants des organisations de la société civile et ceux des agences des Nations Unies n’étaient pas favorables à l’approche des sources de revenus alternatives. Une personne qu’elle a interrogée a mentionné que ce projet de micro-crédit et les activités génératrices de revenus attiraient des femmes qui n’avaient jamais pratiqué de MGF. D’où les conclusions de ses recherches :

« Le programme a été suspendu, car il ne donnait pas de résultats. Chaque femme pouvait se présenter, pour demander un soutien financier, et dire qu’elle était une exciseuse ».
Un représentant d’une organisation internationale

« Bien entendu, si les femmes apprennent qu’elles peuvent obtenir de l’argent d’une ONG pour créer une entreprise, elles viendront vous voir et vous diront qu’elles sont exciseuses mais qu’elles veulent cesser la pratique.»
Un représentant de la société civile

Dans l’étude d’Annemarie, les personnes interrogées ont remis en question l’idée que les MGF pourraient être stoppées en modifiant l’offre, c’est-à-dire lorsqu’il n’y aura plus d’exciseuses. Au Sénégal, les intervenants ont plutôt insisté sur le fait que la pratique ne cessera que lorsqu’il n’y aura plus de clients (les partisans de MGF), et non à cause de la pénurie d’exciseuses. Les personnes interrogées ont également expliqué que l’excision représentait une profession honorable qui confère respect et prestige au sein de la communauté. Ils ont souligné que la compensation financière n’était pas la principale raison pour laquelle certains pratiquent les MGF. Un représentant de la société civile a déclaré : « Les exciseuses ne s’arrêteront pas si vous leur donnez de l’argent. Elles n’arrêteront que si elles n’ont plus de clients. C’est comme un magasin. Le magasin ne tourne pas si les clients ne viennent pas. Comment allez-vous vendre si vous n’avez pas de clients dans votre magasin ? Vous ne pourrez rien vendre. C’est la même chose. Si l’exciseuse n’a plus de clients, elle va se tourner vers l’agriculture ou d’autres activités, comme toutes les autres femmes. Là seulement, elles cesseront. »

Un autre membre de la CoP, Bano Barry, a exprimé une opinion similaire à partir de son expérience en Guinée :

« Ce qui est certain, c’est que cette stratégie n’a pas eu d’effet sur la demande, car les MGF sont des actes lucratifs. Une fois passés les cérémonies, le feu des projecteurs et les discours, les pratiquantes traditionnelles reprennent rapidement leurs activités ».

Barry s’est interrogé sur l’idée qui a inspiré cette stratégie : « s’il n’y a pas d’exciseuses.eurs, il n’y aura pas d’excision ». Leur reconversion a donc pour but de réduire l’offre d’excision, qui aurait alors un effet sur la demande. Cependant, à en croire son expérience, les résultats ne sont pas ceux escomptés.

Enfin, Sam Jazairi, un membre belge de la CoP, a témoigné au sujet d’un programme mis en œuvre dans quatre clans du comté de Migori au Kenya, où les exciseuses recevaient une allocation mensuelle pour aider à enrayer cette pratique. Selon ses propos, l’expérience n’a pas été couronnée de succès, car l’ensemble des jeunes filles de cette région ont été excisées l’année suivante. « Les coutumes des gens ne peuvent pas être changées moyennant de l’argent. Dans le meilleur des cas, une source de revenus alternative dissuadera certaines personnes de pratiquer et en retiendra d’autres pendant quelques semaines ou mois ».

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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