Utiliser la religion comme stratégie de lutte contre les MGF

Il est essentiel de déconstruire les croyances religieuses qui sont l’une des raisons principales poussant les communautés à perpétuer la pratique des mutilations génitales féminines (Mahmoodi O. 2016).

Pour ce faire, la prise de position des figures religieuses semble un pas essentiel vers une désarticulation des liens faussement établis entre les MGF et l’obligation religieuse, à l’image des érudits musulmans de l’université Al-Azhar en Egypte, du Mufti d’Egypte Ali Gomar, de l’ayatollah Fadlallah, de Muhammed Salim AAwwa secrétaire général de l’International Federation of Islamic Scholars etc …

Néanmoins de nombreux obstacles freinent encore cette prise de position publique (Mahmoodi O. 2016; Sheikh Abdi M., 2007) :

  • Le manque de connaissances et les doutes sur le caractère religieux ou non de la pratique
  • La pression sociale et la peur de perdre son statut social au sein de la communauté
  • Le manque de connaissances sur les conséquences des MGF
  • Une sous-estimation de la gravité des pratiques par les leaders de certaines communautés
  • L’autorité des personnes religieuses qui se prononcent en faveur des MGF

Exemples de la pratique des membres

Soudan : Les programmes d’abolition des MGF dans le domaine religieux doivent respecter certains objectifs : 

  • Correction des faux concepts liant les MGF à la religion et diffusion d’une conscience religieuse confirmant l’illégitimité des MGF ; 
  • Renforcement de la participation communautaire et du rôle des leaders communautaires et des personnes diffusant la Dawa (diffusion de l’Islam) afin de mobiliser les communautés et changer les comportements.    

 

Sénégal : Le Réseau Islam et Population réunit des leaders religieux qui sensibilisent à la lutte contre les MGF à travers plusieurs stratégies : 

  • Elaboration d’argumentaires et de prêches, formation des Imams et leaders religieux dans les 14 régions du pays, émissions TV et radio avec différents profils (médecins, sociologues et religieux), 
  • Production de vidéos sur les réseaux sociaux, 
  • Voyage d’échanges afin de partager les expériences, 
  • Mise en place par les religieux de causeries avec les femmes.

Il est important de souligner que les leaders religieux ne peuvent parfois pas s’exprimer ouvertement : ils peuvent recevoir des menaces de mort les empêchant de s’exprimer (comme au Mali).

Comment agir ?

Selon les membres, l’implication des leaders religieux est fondamentale, notamment à travers l’élaboration de fatwa. Celle-ci permettrait de sensibiliser les communautés sur le fait qu’une pratique qui porte atteinte à la santé des filles et des femmes (et qui n’est pas obligatoire dans le Coran) ne doit pas être pratiquée. Pour les impliquer, l’enjeu n’est pas celui de la véracité ou non des hadiths, mais davantage comment faire admettre une autre “vérité” religieuse à des leaders d’opinion qui estiment avoir raison de promouvoir la pratique ?

Un tandem médecin/religieux serait intéressant à mettre en place (au Mali les autorités religieuses ont fait appel à des médecins). Le principal obstacle est posé par le fait que “ceux qui défendent la pratique ont réponse à tout”. 

  • Dans le milieu religieux : mise en avant de la médicalisation pour lutter contre les conséquences sur la santé
  • Dans le milieu médical : résistance des médecins à mettre en avant les conséquences sur la santé de la pratique en Mauritanie

Il faut faire attention aux termes utilisés lors des sensibilisations : confusion entre les termes arabe de circoncision masculine et excision féminine.

Lors des actions de sensibilisation, il vaut mieux utiliser un autre terme que celui de “Sunna”, car plus nous l’appelons “sunna”, plus nous le légitimons en tant que pratique Islamique. Les termes “fircooni” (pharaonique) et “fiid-jar” (couper le capuchon = “sunna”) sont par exemple plus appropriés.

Mettre l’accent sur le fait que les MGF peuvent porter atteinte à la santé des femmes, voire à leur vie, donc il est crucial de cesser la pratique.

Un.e membre a expliqué qu’un frein à l’atteinte de résultats probants est “le fait que dans les sociétés musulmanes où sévit cette pratique, les MGF sont une affaire de femmes”, et elles ne prennent pas part à la prière du vendredi où des paroles contre les MGF peuvent être diffusées, donc elles ne bénéficient pas de ces messages par rapport à la position de l’Islam face aux MGF.

De plus, il faut toujours garder à l’esprit que la cause fondamentale des MGF est l’inégalité entre les femmes et les hommes. Il est donc nécessaire de transformer les attitudes par “l’adoption d’une approche holistique qui englobe tous les acteurs” (religieux, personnels de santé, décideur.se.s, sociologues, psychologues, leaders d’opinion, groupes de femmes, comités de veille…) et un mécanisme fluide de coordination pour un meilleur suivi.

Par ailleurs, il est important de renforcer la société civile en dehors de la religion en encourageant la liberté de pensée et de débat, afin de faire comprendre aux gens que la religion peut être débattue.

Enfin, un membre a souligné l’importance de relativiser ce débat. En effet, dire que les MGF ne sont pas religieuses implique que si elles étaient religieuses, elles seraient alors moralement et légalement autorisées (Earp B.D., Hendry J., Thomson M., 2017). Au lieu de cela, nous devons faire valoir que même si couper les organes génitaux d’un enfant était une pratique explicitement religieuse, cela ne la rendrait pas moralement ou légalement admissible.

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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