Perception des MGF comme une pratique religieuse par les communautés pratiquantes

Il est important de s’intéresser au lien entre religion et MGF car si plusieurs raisons sont invoquées par les communautés pratiquant les MGF, comme le respect de la tradition, le contrôle de la sexualité féminine, l’éligibilité au mariage, la religion est souvent l’une des premières réponses données. 

  • Au Mali, 64% des femmes considèrent les MGF comme un impératif religieux, comme 57% des femmes en Mauritanie ou encore 49% des femmes en Egypte par exemple (UNICEF, 2013).
  • Au-delà de la justification individuelle, les autorités religieuses elles-mêmes peuvent faire des MGF un impératif religieux, à l’image de l’Indonésie ou de la Malaisie (Human Rights Without Frontiers, 2018).

Des études démontrent que de nombreux individus justifient en premier lieu leur pratique des MGF au nom de la religion. Ainsi, même si la pratique n’est pas religieuse au sens d’obligation formelle imposée par les textes, elle est tout de même vécue comme une pratique religieuse par les groupes concernés. Bien que non religieuses dans la théorie et la doctrine, les MGF peuvent l’être dans les faits. Dès lors elles sont – pour les individus qui les pratiquent – une pratique religieuse.

Comment l’expliquer ?

Les MGF sont souvent associées à la pureté sexuelle des femmes : contrôle de leur désir sexuel, virginité avant le mariage et fidélité par la suite. Or, la pureté étant hautement valorisée dans les textes et idéologies religieuses (chez les chrétien.ne.s comme chez les musulman.e.s notamment), les MGF sont perçues comme une manière de se conformer aux exigences religieuses de moralité et de chasteté. (Lethome Asmani I, Sheikh Abdi M., 2008)

De la même façon, le mariage trouve une place importante dans les doctrines des religions monothéistes. Puisque les MGF sont liées à l’idée de l’éligibilité au mariage d’une fille ou d’une femme, elles apparaissent une nouvelle fois comme une manière de respecter le chemin tracé par les normes religieuses. 

Concernant le lien établi entre les MGF et l’Islam, l’utilisation du terme islamique “sunna” pour désigner la pratique renforçait la mauvaise interprétation des MGF comme pratique recommandée par l’islam (Lethome Asmani I, Sheikh Abdi M., 2008) . De même, le terme “khitaan” (“circoncision” en arabe), peut être compris par certains comme désignant la circoncision masculine et féminine, alors que d’autres estiment au contraire que “khitaan” ne couvre que l’opération masculine. Enfin, les MGF sont également associées à tort à l’idée de “propreté”, permettant de pratiquer la tohara (rituel d’ablutions permettant la prière) (Lethome Asmani I, Sheikh Abdi M., 2008).

Selon Abdelwahab Bouhdiba, si les MGF peuvent être vécues comme une pratique religieuse, c’est aussi surtout parce qu’elles participent à la création d’une identité musulmane collective, bien plus qu’individuelle (Hayford S, Trinitapoli J, 2011). Autrement dit, la pratique est un signe d’appartenance à une communauté et permet d’en renforcer la cohésion. Les significations collectives l’emportent ici sur l’aspect sacré, qui n’est ainsi que secondaire. (Bouhdiba A., 1975)

En Guinée par exemple, 64% des femmes estiment que le premier « intérêt » des MGF est l’acceptation sociale, tandis qu’elles ne sont que 32% à mettre au premier plan le respect d’une obligation religieuse (UNICEF, 2013).

“L’excision (…) est davantage une pratique des musulmans qu’une pratique de l’islam” Abdelwahab Bouhdiba (Bouhdiba A., 1975)

Exemples partagés par les membres

Somalie : La religion y est utilisée pour justifier la pratique (comme au Kenya, à Djibouti et en Ethiopie). La majorité des leaders religieux y soutiennent que les MGF sont justifiées par l’Islam. Parmi la minorité d’érudits somaliens dissociant les MGF de l’Islam, très peu osent le dire publiquement. Alors, quelle stratégie adopter ? 

  • Peu sont conscients des implications réelles des MGF. Il est donc nécessaire d’expliquer aux leaders religieux les conséquences des MGF, étant donné que l’Islam interdit de couper des organes pour des raisons non médicales 
  • Les érudits religieux doivent se rencontrer entre eux (diaspora, communautés qui ne pratiquent pas l’excision…) 
  • Il faut mettre en avant les leaders religieux qui ont osé afficher publiquement leur position afin qu’ils deviennent un groupe de référence, et afin d’encourager plus d’érudits à exprimer leur position ouvertement.

Somaliland : (Newell-Jones K., 2016) L’adoption d’une politique d’abandon des MGF (débutée en 2009) est complexifiée par les dissensions entre le Ministère du Travail et des Affaires Sociales et le Ministère des Affaires religieuses, ce dernier refusant d’interdire le type I des MGF (“Sunna”). Selon une étude, ce point de vue se répercute au sein de la communauté, puisque 80% des hommes et 63% des femmes sont favorables à une législation interdisant tous les types sauf “Sunna”, tandis que moins de 10% sont favorables à l’interdiction de tous les types. De plus, la majorité des chefs religieux (79%) qualifient le type III de MGF de “non requises” par la loi Islamique, et 87% considèrent le type “Sunna” comme “honorable” 

  • Il existe le même problème parmi les Somaliens du Kenya qui catégorisent les MGF en deux types : le type III de MGF qui est considéré comme non islamique, et le type “Sunna” auquel on ne doit pas s’opposer.

Des membres ont souligné la grande pluralité de la pratique de l’Islam et de ses écoles de pensée (malikisme, ismaélisme, ibadisme, shaféisme, etc.) à travers le monde :

  • Au sein de l’école shafi, il est fréquent de considérer l’excision comme une obligation religieuse (Shafi School Religious Thinking). Loin d’être marginale, cette école est présente en Indonésie et en Malaisie, parmi les Malais d’autres pays (Singapour, Sri Lanka, Brunei), dominante dans les régions kurdes d’Irak et d’Iran, et principalement en Egypte, au Soudan et en Somalie. Dans ces régions, les MGF sont fortement justifiées par la religion (Stop FGM Middle East, 2005), parfois même par le gouvernement et les partis politiques. Selon une enquête, 95% des Indonésiens et Malaisiens affirment que la religion est leur principale motivation pour pratiquer les MGF.
  • D’autres groupes justifient les MGF au nom de la religion, tels que les Mufti d’Oman (Ibadisme), les Dawoodi Bohras en Inde et les Mufti du Dagestan (Soufi)

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

Les opinions exprimées sur ce site web sont celles des auteur.e.s et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l’UNFPA, de l’UNICEF ou de toute autre agence ou organisation.

© Copyright : GAMS Belgium