Les MGF : une norme sociale forte

Maryam Sheikh a partagé son expérience personnelle afin de souligner le dilemme auquel sont confrontés les parents souhaitant tant protéger leurs filles de l’excision qu’assurer leur appartenance et intégration dans la communauté. De plus, les filles elles-mêmes peuvent demander à subir une MGF afin d’être comme les autres filles de leur communauté.

“Vouloir sauver les filles de l’excision, tout en leur permettant de conserver une appartenance, est un véritable dilemme. C’est un enjeu partout. Je l’ai vu avec ma propre sœur, qui était si effrayée et inquiète lorsque je l’ai convaincue de ne pas exciser ses filles. Elle avait peur que ses filles ne soient pas disciplinées (moralement correctes). Elle avait peur du harcèlement et du ridicule. Elle craignait également que les garçons ne s’intéressent peut-être trop à ses filles – qu’ils les « attirés » pour les « gâter ». Ses craintes étaient valables. Mais pas une justification pour continuer la pratique. Cela m’a pris des heures et des heures à lui parler, à répéter sans cesse la même chose. Cela a demandé de la patience ! 

Par contre, l’une des filles s’est décidée à se faire exciser. À 10 ans, elle n’était pas excisée et toutes les élèves de sa classe l’étaient. Elle voulait appartenir. Elle ne pouvait pas parler de son expérience (de MGF) à ses pairs ; elle n’avait même rien à montrer (les filles de la communauté se disaient souvent « montre-moi que je te montre »), etc. À un moment donné, ma sœur lui a dit qu’elle l’emmènerait à Nairobi et qu’elle pourrait revenir et dire à ses amies qu’elle avait été excisée. C’est à Nairobi que j’habite, pouvez-vous imaginer le dilemme qui m’aurait été imposé ? Je suis rentrée chez moi. Je lui ai parlé mais elle pleurait en disant qu’elle irait chez sa tante paternelle pour se faire exciser. C’était un moment difficile. Je me souviens d’avoir tenu son visage et de lui avoir demandé de me regarder dans les yeux. Je lui ai demandé si elle me faisait confiance, elle a dit oui. Je lui ai dit de laisser tomber, de me faire confiance, car je sais qu’un jour elle me remerciera. C’était la seule réponse que j’avais. Sa mère n’était pas très convaincue. Mais je me suis fait un devoir de les appeler tous les deux jours, de parler à ma nièce et de la rassurer sur sa décision. Aujourd’hui, elle est en troisième année de secondaire et elle me remercie de l’avoir sauvée de la douleur et de la souffrance. Mais avoue qu’elle ne dit rien quand les filles non excisées sont stigmatisées par ses pairs. Elle dit qu’ils ne savent pas qu’elle n’est pas excisée. “

Annemarie Middelburg a, elle, donné l’exemple d’une mère sujette au même dilemme qu’exposé par Maryam Sheikh. Elle avoue s’être elle-même trouvée prise au dépourvu et avoir peiné à trouver une solution:

” Il y a quelques années, j’ai interviewé une mère dans un village très isolé de Kolda, au Sénégal. Nous avons parlé du dilemme qui l’agitait quant à la décision de faire subir une MGF à sa fille, qui atteignait l’âge d’être soumise à la procédure. La mère m’a dit qu’elle avait eu des complications lors de l’accouchement il y a quelques années et que son nouveau-né était décédé des conséquences d’une MGF. Elle m’a aussi expliqué ses problèmes menstruels et les douleurs faisant suite à son excision. Elle m’a expliqué qu’au début, elle pensait que cela faisait partie de son statut de femme. Cependant, elle a appris plus tard – au travers des programmes d’éducation dans son village – que ces problèmes sont liés aux MGF.  Sa fille jouait à l’extérieur de la cabane et, alors qu’elle me l’indiquait, elle m’a demandé: Que me conseilles-tu de faire ? Je connais les conséquences néfastes des MGF, mais je veux aussi que ma fille fasse partie de cette communauté, trouve un mari et se marie. ” Plus tard, elle a raconté les histoires de celles qu’elle a appelées des « mères fortes » ayant résisté aux MGF pour elles-mêmes et / ou leurs filles mais dont les récits sont aussi empreints de stigmatisation, de ridicule et de leur difficile acceptation en tant que membres de la communauté. La mère ne savait vraiment pas quoi faire. Et pour être honnête, c’était une question difficile à laquelle je devais répondre également… “

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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