Une étude comparative sur les RPS implémentés dans des communautés au Kenya

Une étude comparative menée par le Population Council sur les RPA menés dans les communautés Kuria et Kisii au Kenya, et les raisons de leur échec.

Dans la communauté Kuria, les MGF constituent traditionnellement une affaire publique.
Le Conseil des Anciens décrète les dates de la période d’excision. Les MGF sont célébrées publiquement bien que la cérémonie perde aujourd’hui en importance. Pour prévenir des grossesses précoces survenant avant leur excision, les filles sont excisées plus jeunes et la dimension d’initiation de l’enfance à l’âge adulte s’affaiblit. La période d’isolement durant laquelle les filles recevaient une formation sur les valeurs de la communauté n’est plus observée. Il n’en demeure pas moins que les MGF restent un pré-requis pour se marier, élever des enfants, et surtout, comme moyen de contenir les pulsions sexuelles des femmes et garantir la sauvegarde des valeurs morales. Les MGF sont perçues comme formant une partie de la culture Kuria et les efforts pour les décourager sont perçus comme attenant à la culture Kuria. Une forte pression sociale et une stigmatisation perdurent pour les filles intactes. Au sein de la communauté, certaines personnes sont encore inconscientes des effets néfastes des MGF ou refusent de les reconnaître. Le rapport souligne notamment que le Conseil dans Anciens manque cruellement de volonté pour soutenir l’abandon de la pratique. En conséquence, les camps de secours organisés durant la saison de l’excision sont perçus comme introduits par l’extérieur et font l’objet d‘importantes critiques.

Dans la communauté Kisii, les MGF sont davantage une affaire privée, perpétrées dans le secret à n’importe quel moment de l’année. Tout comme dans la communauté Kuria, pour prévenir une grossesse avant l’excision, les filles sont excisées plus jeunes. Les MGF sont principalement une affaire de femme dans laquelle les hommes sont rarement impliqués. Elles sont surtout soutenues par l’ancienne génération et perçues davantage comme une obligation culturelle formant partie du mode de vie et de la culture Kisii, que comme un rite de passage. Elles ont la même signification et les mêmes motifs que dans la communauté Kuria. Les filles sont soumises à une forte pression individuelle et les filles intactes sont stigmatisées. La pratique est de plus en plus médicalisée et l’usage de matériel médical ou le recours à des personnels médicaux pour la réaliser sont perçus comme des solutions au problème des complications médicales des MGF. Quelques obstacles à l’abandon de la pratique sont relevés dans l’étude. Les membres de la communauté sont difficilement atteignables, le réseau anti-MGF manque d’harmonisation, le gouvernement ne fournit pas les efforts suffisants pour faire respecter la loi qui n’a eu pour seul effet que le passage de la pratique dans la clandestinité.

Le Population Council conclu qu’afin d’être efficaces les rites de passage alternatifs: “doivent être correctement expliqués et intégrés dans l’éducation de la communauté et les programmes d’empowerment des filles couvrant aussi les risques sanitaires”.

Les écoles, églises et le personnel médical sont des acteurs privilégiés pour s’attaquer aux MGF auxquels il faut davantage avoir recours. Les populations plus vulnérables, surtout celles à l’écart du réseau scolaire, doivent aussi être incluses dans les campagnes de prévention et programmes d’action. Il est important d’adopter une approche sensible à la culture locale et d’impliquer la communauté. Les RPA ont plus de chance d’être efficaces quand ils sont inclus dans des programmes plus larges assurant leur acceptation sociale. En ce sens, les aîné.e.s doivent être sensibilisé.e.s voire formé.e.s comme agents de changement. Les programmes d’empowerment des filles sont à développer davantage et l’éducation de la communauté dans son ensemble doit être amélioré.

Lisez le rapport entier ici 

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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