Tour d’horizon des services thérapeutiques

Une prise en charge holistique : tour d’horizon des solutions actuelles

L’OMS (2018) ainsi que les thérapeutes prenant en charge les survivantes de MGF  (GAMS Belgique, 2020; Coho C. et al., 2016)  s’accordent sur la nécessité d’adopter une approche holistique traitant à la fois de la santé mentale et physique, des considérations psychologiques, physiques, sexuelles, sociales. La prise en charge se doit néanmoins d’être individualisée, adaptée à chaque femme dont l’histoire de vie, les mécanismes de protection et résilience sont singuliers (Coho C. et al., 2016) et d’être sensible tant à la culture de la femme qu’à ses aprioris sur la psychiatrie de façon à pouvoir travailler au mieux en binôme avec elles (GAMS Belgique, 2020; Coho C. et al., 2016).

L’accompagnement thérapeutique des femmes vivant avec une MGF a pour objectif de « soutenir le cheminement de reconstruction identitaire et permettre à la personne qui consulte de reprendre possession et conscience de son vécu, de son ressenti, de ses ressources et de son autonomie » (GAMS Belgique, 2020), de les aider à (re)construire et renouer avec une image positive d’elles-mêmes et des relations sociales.

Dans ce cadre, la relation qui se noue entre le.la thérapeute et la femme est centrale et déterminante dans la réussite de l’accompagnement et dans « le façonnement des ressources que l’individu développe afin de gérer le stress émotionnel et psychologique » (Coho C., et al., p.28). Dans un guide pratique (Coho C., et al.), quatre thérapeutes anglaises abondent en ce sens en relevant l’importance de la « théorie de l’attachement » applicable à la relation patient – thérapeute. Ce.tte dernier.ère s’impose comme personne de confiance, soutien pour la femme concernée lui permettant de se sentir en sécurité, écoutée et ainsi plus à même de parler. Un accueil bienveillant, chaleureux de la femme et une approche dénuée de tout jugement est, en ce sens, primordial pour tisser une alliance avec la femme et entamer un travail progressif respectant son rythme et ses besoins. « Le travail thérapeutique se développe sur la base du lien qui se tisse entre thérapeute et consultant-e » (GAMS Belgique, 2020, p.92).

Diverses approches thérapeutiques tant individuelles que collectives sont envisageables pour répondre aux besoins de la femme et l’accompagner dans son travail tant sur son état d’esprit que sur son corps et ses relations avec les autres. Toutes poursuivent les mêmes objectifs, à savoir, développer des mécanismes de régulation des émotions et de protection, se confronter à la mémoire traumatique, restructurer les significations clés, changer le processus de mémorisation, améliorer la connaissance de son anatomie, de son corps et des conséquences sanitaires des MGF (OMS, 2018; Coho C. et al., 2019). Elles ne sont en rien exclusives les unes des autres mais au contraire complémentaires et permettent de travailler de l’individuel au collectif et inversement.

L’approche des trois étapes développée par Judith Herman pour suivre les suvivant.e.s de traumatisme peut être appliquée aux thérapies suivies par les femmes vivant avec une MGF (Coho C. et al., 2020, p.30). Elle comporte des phases de :

  1. Stabilisation : créer un espace sûr, sécurisant et sécurisé en apportant une aide pratique à la consultante et l’accompagner dans une stabilisation interne pour lui permettre de parler et dévoiler ses émotions
  2. Traitement du traumatisme et deuil : soutenir le traitement des souvenirs traumatiques
  3. Reconnexion : aider la consultante à se reconnecter avec les autres et elle-même

Quelques exemples de services de prise en charge psycho-sexuelle existants

L’approche psychocorporelle vise à traiter le traumatisme physique et psychologique en réconciliant et réunifiant corps et psyché. Elle « invite la personne à prendre davantage conscience de son ressenti corporel » (GAMS Belgique, 2020, p.96) soit à se connaître, écouter et faire confiance à son corps. Elle est particulièrement appropriée pour les femmes victimes de violences basées sur le genre et permet de contrer les obstacles liés à l’indicibilité du traumatisme vécu par des exercices corporels, comportementaux.

La thérapie brève vient en complément d’autres approches et s’axe sur la prise de conscience des ressources positives dont disposent les femmes par la fixation de petits objectifs et exercices concrets de gestion et sortie du stress. Elle « permet aux femmes de sentir qu’elles reprennent le contrôle de leur vie malgré un contexte de réalité encore difficile » (GAMS Belgique, 2020, p.99) et de renforcer leur optimisme.

L’EMDR (Eye Movement Desensitisation and Reprocessing) travaille directement sur le stockage de l’évènement dans la mémoire traumatique et cherche à le reprogrammer et le déplacer dans la mémoire du passé autobiographique où les réminiscences de l’évènement s’accompagnent d’une charge émotionnelle moindre. Pour ce faire, le.la thérapeute recoure à des stimulations sensorielles lorsque l’évènement traumatique refait surface et les répètent jusqu’à atténuer voie neutraliser les émotions y étant associées.

L’art-thérapie (créativité) permet de faciliter la communication et l’expression de la femme consultant en usant de symboles, de figures plutôt que du langage parfois insuffisant ou difficile à employer.

La thérapie psychosexuelle peut être appropriée pour aider la femme à se reconnecter avec et se réapproprier sa sexualité comme source de plaisir, à améliorer son estime d’elle-même, de son corps et de ses organes génitaux. Elle est particulièrement indiquée en accompagnement (amont et/ou aval) des opérations de chirurgie reconstructrice.

L’Atelier d’Expression Corporelle est l’une des approches collectives envisageables permettant de travailler sur la conscience corporelle soit la « conscience subjective des sensations du corps provenant des stimulations de l’intérieur du corps comme de l’extérieur » (GAMS Belgique, 2020, p.113) notamment par la danse. Elle permet à la fois de se réapproprier son corps et d’interagir avec les autres.

Les groupes de parole permettent aux femmes de confronter et partager leur expérience, de rompre avec l’isolement social dans lequel elles sont souvent, de réapprendre à faire confiance aux autres. Ils peuvent aussi être particulièrement appropriés dans des contextes où le sujet des MGF et de ses contextes est tabou pour libérer la parole individuelle par l’effet d’empowerment du groupe.

La chirurgie reconstructrice peut être adaptée pour certaines femmes dans la continuité de leur accompagnement psycho-sexuel. Elle peut s’inscrire dans une démarche de (re)construction identitaire, une façon de se (ré)approprier, renouer avec sa féminité. Elle peut aussi agir comme restitution symbolique et volontaire de ce qui a été enlevé sans consentement dans l’enfance et réparation du stigma visible pouvant renvoyer au traumatisme subi. La récupération physique, esthétique et symbolique ainsi permise peut aussi œuvrer à l’amélioration de la vie sexuelle et intime (Sharif M., 2020 ; GAMS Belgique, 2020).

Avec la hausse des demandes de reconstruction du clitoris, la question du pourquoi s’est rapidement posée. Il a ainsi été mis en évidence l’importance des discours stigmatisants et victimisant la sexualité des femmes excisées, la volonté de se conformer aux standards sociaux entourant les organes génitaux féminins (Johnsdotter S., 2019). Le recours à l’opération n’est pas une solution en soi et ne convient pas à toutes les femmes comme en atteste un nombre croissant de recherches (Johnsdotter S., 2019; Mohamed S. et al., 2018 ; Nawal M. et al., 2019). Parfois la thérapie psycho-sexuelle suffit à répondre aux besoins des femmes sans passer par la chirurgie, soulignant la nécessité de ne pas sous-estimer l’importance des approches holistiques et pluridisciplinaires dans la prise en charge des femmes vivant avec une MGF.

Le rôle de la prévention

Pour prévenir efficacement les conséquences psychologiques des MGF, le mieux est encore de lutter contre leur pratique. Pour ce faire, alerter sur les conséquences psychologiques potentielles (aussi bien que physiques, sexuelles) des MGF peut aider à sensibiliser sur la question et plaider pour leur abandon en soulignant leur nocivité pour la santé des femmes concernées. Le centre international pour la recherche sur les femmes (Sankoh O., et al, 2019) estime ainsi qu’il est important de lutter contre les MGF comme norme sociale, de s’occuper des normes de genre les motivant et des stigmatisations concomitantes à la non-excision des filles. Il souligne l’importance de comprendre l’impact des normes de genre sur la santé mentale des jeunes filles tout comme des obstacles à leur bien-être puis de s’y confronter en améliorant les facteurs pouvant les protéger et accroître leur bien-être.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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