Soutien thérapeutique et MGF : Questions d'actualité

Dans cette section, nous abordons certaines des questions actuelles concernant le soutien thérapeutique aux femmes et aux filles vivant avec des MGF.

Le manque d’études fiables

Tout d’abord, il faut savoir que très peu de recherches sont spécifiquement consacrées aux MGF et à la santé mentale, et moins encore sont disponibles dans les pays en développement. La majorité des recherches sont conduites sur des populations migrantes, de diaspora dans des pays développés, et pas nécessairement dans leur pays d’origine où les MGF ont pu être réalisées. En ce sens, il est difficile de dresser des conclusions sur les conséquences des MGF sur la santé mentale en ce que le parcours migratoire et la confrontation avec de nouvelles normes sociales et standards de beauté féminins ont une influence forte sur la perception de soi, l’état de bien-être et de santé mentale des femmes concernées (International Center for Research on Women, 2017). En effet, comme avancé par Helen Smith et Karin Stein, la migration confronte les femmes à de nouvelles informations et normes culturelles et peu alors entrer en concurrence avec leur identité et croyances (Smith H. & Stein K., 2017). De plus, les recherches sont principalement menées sur des membres de diasporas concernées par les MGF réunies dans des panels réduits de femmes.

Adelufosi A. et al (Adelufosi et al., 2017), concluent dans leur papier que les études futures doivent se consacrer sur des interventions adaptées à la gestion des conséquences psychologiques des filles et femmes vivant avec une MGF.

Est aussi important à relever un manque criant d’études sur les conséquences psychologiques sur les filles ou sur leur évolution tout au long du cycle de vie et selon l’âge des filles et femmes concernées

De telles recherches permettraient d’étudier les périodes de la vie où se développent davantage les troubles psychologiques. Il apparaît, par exemple que les filles excisées très jeunes dans leur pays d’origine mais ayant grandi dans un autre environnement socio-culturel et baignant dans normes sociales condamnant l’excision et louant un modèle standard de sexe féminin intact sont davantage susceptibles de développer des troubles (Sharif M. et al., 2020).

Le manque de thérapies adaptées

Des preuves attestent que de nombreuses filles et femmes ayant subi des MGF présentent des formes diverses de problèmes de santé mentale, mais il n’y a que peu de thérapies à même de les aider à naviguer dans leur vie et à guérir le traumatisme vécu. Une étude de l’OMS sur les conséquences sanitaires des MGF (OMS, 2018) a mis en évidence des niveaux élevés de problèmes psychiatriques parmi les femmes excisées. Chercheur.se.s, comme clinicien.ne.s, ont ainsi l’obligation de concentrer davantage d’attention sur les besoins urgents des survivantes.

L’absence de lignes directrices spécifiquement dédiées à la question des MGF et de la santé rend difficile d’accompagner et aider adéquatement les survivantes. Dans leur guide de travail thérapeutique avec des survivantes de MGF (Coho C. et al., 2019), les quatre autrices attestent d’un fossé entre la littérature existante et la formation dispensée aux psychiatres et psychologues et d’un manque de bonnes pratiques pouvant guider leur approche. Leur démarche est alors, à travers ces lignes directrices, de rendre accessible et de partager avec d’autres praticien.ne.s leurs pratiques dans leur travail avec les survivantes de MGF souffrant de difficultés psychologiques

L’absence de services et les difficultés pour obtenir de l’aide en Afrique

Dans beaucoup de sociétés, la santé mentale n’est toujours pas discutée ouvertement et est encore grandement stigmatisée. Sur la majorité du continent africain, les opinions sur la santé mentale sont toujours fermement influencées par des croyances traditionnelles (Venoranda R., 2020). Il arrive aussi simplement qu’on ne lui accorde aucune importance. En conséquence, il n’est demandé de l’aide que tardivement pour des problèmes psychologiques, œuvrant à les aggraver plus encore.

Dans un éditorial, Venoranda Rebecca Kuboka explique que les adolescentes et jeunes femmes peinent à trouver de l’aide quand elles sont confrontées à des situations traumatiques (Peyton N., 2019). Les récits culturels suggèrent d’ignorer les expériences terrifiantes et d’aller de l’avant. En conséquence, la peur, la honte, le stigma et la victimisation associées à leurs expériences viennent nourrir une souffrance silencieuse. Elle souligne que l’engagement du Kenya à éradiquer les MGF en 2022, s’accompagne d’un besoin de se concentrer sur la provision de soutien psychosocial aux survivantes de MGF, manquant actuellement.

Des survivantes de MGF africaines ont plaidé en faveur du développement de services de santé mentale (Smith H. & Stein K., 2017) en ce qu’ils constituent leur plus grand besoin et ont incité les gouvernements et associations caritatives à apporter du soutien pour gérer leur traumatisme de long- terme. « Nous n’avons pas de services de santé mentale pour les survivantes de MGF -c’est un grand manque en Afrique » fait valoir Virginie Lekumoisa, une survivante kenyane. Elles avancent que si davantage de survivantes reçoivent un soutien en santé mentale, elles pourraient avoir davantage de force pour parler et se faire entendre afin d’œuvrer à la fin de la pratique.

Les approches thérapeutiques ci-avant abordées sont issues du travail de psychothérapeutes européen.ne.s car peu de prises en charge psychologiques sont mises à disposition des femmes excisées en Afrique notamment. Néanmoins, Helen Smith et Karin Stein (Gberie, L., 2016; Sankoh O., 2018) présentent dans un article en 2017 l’exemple de services d’assistance au Somaliland assurés par des sages-femmes, elles-mêmes concernées par les MGF, et donc plus à même de comprendre le vécu des femmes, de les conseiller et partager leur propre expérience. Si elles constatent que les femmes développent des mécanismes de défense comme le recours à la religion, aux activités religieuses, se confier à des ami.e.s, beaucoup de femmes ne demandent pas d’aide. La pauvreté, le manque d’accès aux services pour raisons techniques, monétaires, par crainte, la honte de parler les poussent à cacher leurs problèmes.

Par ailleurs, le développement même des structures de santé mentale et d’accompagnement psychologique en Afrique est très faible et ne permet pas d’assurer un suivi adéquat des personnes souffrant de pathologies psychologiques comme en atteste notamment The Lancet (20 ; 22). En effet, le budget y étant consacré est très faible, peinant à atteindre 1 % contre une moyenne de 6 à 12% en Europe et Amérique du Nord, et les structures et praticiens rares, concentrées en villes, difficilement accessibles pour les populations. La psychiatrie souffre encore d’importants préjugés et reste associée à la folie, les troubles associés perçus comme surnaturels se traiteraient par des interventions de médecine traditionnelle ou spirituelle.

Le manque de formation des professionnel.le.s de santé

Les femmes et les filles ayant subi des MGF n’ont pas toutes souffert de la même façon, ni des mêmes symptômes ou pathologies. Il est important d’étudier chaque cas comme singulier. Le contexte social, le type de procédure, les besoins sociaux et émotionnels varient. Vloeberghs et al. (28 too many, 2016) mentionnent trois catégories de survivantes avec des difficultés et besoins en santé mentale différents.

  1. Les adaptatives parviennent à surmonter leur expérience des MGF
  2. Les disempowered ressentant de la colère et un sentiment de défaite
  3. Les traumatisées ressentant de la peine, tristesse et présentent une situation de stress chronique

Ces cas peuvent être perçus différemment et l’approche de traitement et prise en charge peut également différer. Ainsi, les professionnel.le.s doivent être en mesure d’adapter leur réaction, la thérapie qu’ils.elles proposent à la situation spécifique des femmes qu’ils reçoivent.

Une étude sur les problèmes de santé mentale associés aux MGF recommande qu’ « en traitant les femmes ayant subi une MGF, le.la thérapeute doit être capable de distinguer les différents types de MGF, connaître les symptômes, effets qu’ils peuvent avoir sur la femme, et être attentif.ve au tabou entourant la pratique » (Knipscheer et al., 2015). La même étude conseille aussi aux professionnel.le.s de santé de considérer que les survivantes de MGF peuvent avoir traversé d’autres formes de violence et expérience traumatique pouvant affecter leur santé mentale. Ainsi, être formé.e sur les MGF demandent aussi à être formé.e sur les violences basées sur le genre et dans les contextes européen et nord- américain, d’avoir des connaissance sur le parcours migratoire et la demande d’asile.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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