Renforcement mutuel des complications physiques, sexuelles, psychologiques

En plus des conséquences psychologiques directes, les complications physiques, sexuelles ou sociales des MGF peuvent également avoir des répercussions sur le bien-être psychologique des femmes. Plus la MGF pratiquée est importante plus les complications peuvent être accrues et concernent inégalement les femmes vivant avec une MGF.

Après une infibulation, la grossesse et l’accouchement peuvent parfois être des moments difficiles (Vloeberghs E. et al., 2011) et certaines femmes souffrent de complications particulièrement handicapantes et stigmatisantes comme l’incontinence.

La somatisation, les douleurs chroniques ou la dysménorrhée (fortes douleurs, fatigue associées aux cycles menstruels) touchant certaines femmes se traduisent parfois par de l’isolement.

De plus, les complications psychologiques des MGF peuvent renforcer les problèmes physiques. Craignant ou appréhendant de se confronter au corps médical, les femmes peuvent ainsi rencontrer des difficultés d’accès aux soins. En effet, les risques de ‘revivre’ l’évènement, la peur d’être examinée par un.e professionnel.le médical.e constituent des freins pour les femmes. En ce sens, l’OMS recommande par exemple qu’“un soutien psychologique devrait être apporté aux filles et aux femmes qui vont subir ou ont subi une intervention chirurgicale contre les complications des MGF” (Bonne pratique 3). Par ailleurs, l’attitude des professionnel.le.s de santé peut aussi avoir une influence sur le bien-être de la femme, sur sa perception d’elle-même, son sentiment de confiance et en conséquence sur son aptitude à demander de l’aide par la suite.

En Somalie, des maisons d’accueil et orientation des femmes vivant avec des MGF sont dirigées par des sages-femmes elles-mêmes concernées par les MGF et donc plus à même de créer une relation de confiance avec les femmes qu’elles reçoivent (Ferenczi S., 2006).

La vie sexuelle des femmes concernées par l’excision peut également être affectée et se traduire par des difficultés dans la vie de couple. En 2010, le Centre Norvégien de Connaissances sur les Services de Santé note dans son étude que les femmes concernées par l’excision sont plus susceptibles de connaître une réduction dans leur capacité à éprouver du plaisir sexuel et à avoir des relations sexuelles satisfaisantes (Psychological, social and sexual consequences, 2010). 28 Too Many fait le même constat en notant une plus forte propension à ressentir de la honte, à être gênée dans l’intimité et ce d’autant plus que la sexualité reste souvent un tabou pour les femmes concernées (28TooMany, 2016). L’idée d’avoir des relations sexuelles n’est pas toujours vécu avec sérénité et s’accompagne fréquemment d’une certaine forme d’appréhension, voire de peur.

Il est important de rester très prudent.e avec les études traitant des conséquences sexuelles des MGF. Les difficultés sexuelles ne sont pas universelles et ne concernent pas toutes les femmes vivant avec une MGF (qui n’en sont pas les seules responsables). Un mariage forcé ou des violences conjugales par exemple ont aussi une influence notable sur la vie sexuelle. Par ailleurs, il est fondamental de tenir compte de l’influence du regard porté sur la sexualité des femmes excisées, des discours normalisant et stigmatisant entourant le corps et le sexe des femmes, de la connaissance de son propre corps. (Johnsdotter S., 2019; Ahmadu F., 2010)

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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