Pricking (percement)

Quoi, Où, Pourquoi ?

Le percement du clitoris ou des tissus environnants, le pricking, est une procédure dans laquelle la peau est piquée avec un objet pointu. Du sang peut couler mais aucun tissu n’est enlevé et aucune couture n’est effectuée. Le pricking est pratiqué dans différentes communautés à travers le monde, soit en tant que forme traditionnelle de MGF ou pour remplacer une excision plus extensive. La pratique est classée par l’OMS en tant que MGF de type IV. (WHO, 2008)

Dans certaines communautés de l’Asie du Sud-Est, par exemple, le pricking est considéré comme faisant partie de la socialisation des filles. Certains le voient comme une pratique islamique. La pratique est généralement perçue comme inoffensive par les communautés (Wahlberg A. et al, 2017)

Selon des études, le pricking serait en train de devenir plus populaire parmi certaines communautés qui pratiquent traditionnellement d’autres types de MGF. Au Somaliland, le pricking est considéré comme une “Sunna” et vu comme une forme moins grave de MGF en comparaison à d’autres pratiques telles que la “Pharaonique”, l’infibulation (type III). (Ingvild & Mette, 2014). Néanmoins, les études montrent que “Sunna” peut également faire référence à d’autres types de MGF hors infibulation, tels que les types I et II.

En Guinée, où diverses formes de MGF sont pratiquées, des recherches suggèrent que certaines familles commencent aussi à opter pour une MGF de type IV impliquant une “légère incision symbolique des parties génitales”. (HCR, 2001)

Bien que la pratique du pricking soit de plus en plus discutée, les données empiriques sur cette pratique et sur ses possibles conséquences pour les filles et les femmes font défaut. (Wahlberg A. et al, 2017).

Controverses autour du pricking

Lors de l’examen de la typologie des MGF, l’OMS a tenu compte du débat autour du pricking et ses effets néfastes. Dans sa déclaration interinstitutionnelle (2008), l’organisation a expliqué le choix de maintenir cette pratique dans la typologie MGF:

“La discussion sur le fait de savoir si le pricking devrait être inclus dans la typologie et défini comme un type de MGF a été longue. Certain.e.s chercheur.euse.s estiment que ce type devrait être supprimé, à la fois parce qu’il est difficile de le prouver en l’absence de modifications anatomiques et parce qu’il est considéré comme nettement moins nocif que d’autres formes.” (WHO, 2008, notre traduction)

L’OMS a noté que le pricking est également considéré par certain.e.s spécialistes comme une possible “stratégie de réduction des risques”, à la place de procédures plus invasives. Néanmoins, d’autres ont fait valoir que le pricking devrait rester dans la typologie des MGF “soit pour permettre de documenter les modifications apportées par des procédures plus sévères, soit pour éviter qu’elles ne soient utilisées comme une “dissimulation” de procédures plus invasives, car il existe de fortes indications que le pricking, décrit comme une substitution, implique souvent un changement de terminologie plutôt qu’un changement reel de pratique.” (note traduction)

Par ailleurs, des études ont démontré que “lorsque les femmes qui prétendent avoir subi un “pricking” ont été examinées médicalement, on a trouvé qu’elles avaient subi une grande variété de pratiques, allant du type I au type III. Le terme peut donc être utilisé pour légitimer ou couvrir des procédures plus invasives.”

Pour ces raisons, l’OMS a décidé de maintenir le pricking dans le type IV.

Un article controversé, écrit par un.e auteur.e anonyme et publié dans The Economist en 2016, plaidait en faveur de l’acceptation d’une “incision symbolique”, réalisé par un.e professionnel.le de santé. Le(s) auteur(s) ont argumenté qu’une nouvelle approche de la prévention des MGF était nécessaire et que l’ “incision symbolique” était préférable aux pratiques plus invasives telles que les types I, II ou III. (anonyme, 2016) Un autre article, rédigé par deux gynécologues américain.e.s, a donné un nouveau souffle à ce débat en 2018. Les auteur.e.s, Arora et Jacobs, ont également plaidé en faveur du pricking en guise de “solution de compromis”. Selon eux, il n’a presque jamais d’effet durable sur la morphologie ou la fonction, s’il est effectué correctement. Ainsi, autoriser cette procédure moins invasive pourrait permettre aux familles de préserver les traditions culturelles et religieuses tout en protégeant les filles des formes plus dangereuses d’excision et d’infibulation de la vulve. (Arora & Jacobs, 2018)

De nombreux.ses expert.e.s s’accordent à dire qu’il est difficile d’amener l’abandon des MGF dans les communautés (même lorsqu’elles sont conscientes des conséquences sur la santé), car cette pratique est profondément ancrée dans les normes culturelles (Askew et al, 2016). 

Cependant, les défenseur.e.s de la tolérance zéro s’opposent fermement au pricking en tant que solution acceptable. Les spécialistes ont fait valoir que même un “petit percement” peut avoir d’importantes conséquences négatives sur la santé mentale et physique d’une fille – car il n’existe pas de corrélation directe entre l’étendue de la coupure et ses conséquences. En fait, la façon dont la pratique est effectuée, par exemple en tenant les filles par terre, peut être plus traumatisante que l’incision elle-même. (Richard, 2018)

Une participante à la discussion nous a informé que Stop FGM Middle East & Asia met en contact des activistes venant de plusieurs pays où le pricking se pratique. D’après son expérience, quand on fait allusion au pricking pour définir une pratique, ce n’est généralement pas le cas. Une étude indonésienne a d’ailleurs montré que le pricking ne se produisait que dans 3% des cas. 

Une membre somalienne a expliqué qu’il est difficile de mesurer le pricking, puisqu’il y a un  très grand nombre de définitions différentes de ce qu’une coupure “légère” impliquerait. Certain.e.s pensent ainsi qu’il s’agit d’une “forme légère” dès qu’il n’y a pas de suture. Certaines praticiennes effectuent ainsi les infibulations par accolement des labia. C’est de cette manière que l’activiste a elle-même a subi une mutilation avec infibulation considérée comme une “forme légère” par sa famille.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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