Opposition à la médicalisation des MGF

Plusieurs arguments sont avancés par les détracteurs de la médicalisation des MGF. C’est une pratique contre laquelle l’opposition se fait de plus en plus unanime comme en témoignent les déclarations et prises de position de diverses organisations et institutions internationales desquelles se dégagent une même condamnation de la médicalisation des MGF. Les organisations et institutions suivantes sont opposés à toute forme de médicalisation des MGF:

  • Les grandes organisations internationales (OMS, UNICEF UNFPA …)
  • Les associations médicales comme la Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique et le Collège Américain des Obstétriciens et Gynécologues
  • Le Comité Inter-Africain sur les pratiques traditionnelles (IAC)
  • De nombreuses associations de lutte contre les MGF : 28toomany, GAMS Belgique, Equality Now …
  • De nombreux Ministères de la Santé africains se sont également engagés à contrer cette tendance à la médicalisation : en Egypte, Guinée, Kenya, Nigéria … ainsi que plusieurs gouvernements européens : Autriche, Belgique, Espagne, France, Suède, Suisse … (Human Rights Europe, 2010)
  • Les médias, à l’image de la campagne « End FGM Guardian Global Media Campaign » menée par The Guardian.
  • Le réseau européen End FGM

Plusieurs éléments ont été soulevés par les membres pour justifier l’opposition à la médicalisation des MGF.

La médicalisation est contraire au principe premier de l’éthique médicale de ne pas blesser comme l’a souligné le Docteur Souleymane Kabore.

Les MGF, même médicalisées, restent une violation des droits humains des filles et femmes qu’elles affectent (Kenya National Bureau of Statistics, 2010). Fabienne Richard, sage-femme et directrice du GAMS Belgique, a souligné que :

« Autoriser ou promouvoir la pratique de l’excision par des professionnel.le.s de santé revient à nier que les MGF sont une violation des droits humains et des droits de l’enfant et qu’il s’agit d’une forme reconnue de violence basée sur le genre, quel que soit le degré de préjudice causé ou les qualifications médicales de la personne qui l’exerce. Toutes les formes de MGF sont une violation des droits humains et du droit à l’intégrité physique, mentale et psychologique. »

Elle a poursuivi en soulignant que les filles ne peuvent pas davantage consentir aux MGF réalisées par un.e professionnel.le de santé que par un.e praticien.ne traditionnel.le et que l’acte reste irréversible.

« Quand on compare un programme d’échange d’aiguilles pour les toxicomanes, avec la médicalisation des MGF, je soutiens que ce n’est pas la même chose. La majorité des toxicomanes sont des adultes ou à un âge où ils sont capables de prendre une décision; habituellement, ils ont, outre les programmes d’échange de seringues, un accès aux programmes visant à les aider à arrêter l’usage des drogues, et les deux choix sont réversibles. Les filles qui sont coupées sont des bébés ou des nourrissons, et ne peuvent pas s’échapper. Elles n’ont pas le choix et elles ne peuvent pas redevenir comme avant. Elles sont coupées pour toujours ; même si la chirurgie reconstructrice du clitoris est maintenant disponible dans certains pays, ce ne sera jamais la même chose. L’excision n’est pas une dépendance qu’elles peuvent décider d’arrêter. C’est un acte qui mutile les corps des filles et des femmes, à un âge où elles n’ont rien à dire. C’est un abus de pouvoir des parents et des communautés sur leur corps. »

Les membres ont partagé des témoignages allant dans ce sens.

« J’ai parmi mes jeunes patientes une toute jeune fille de 14 ans, française mais dont le papa est égyptien. A l’occasion de vacances en Egypte, sa belle-mère lui a proposé de se faire hospitaliser et opérer car “elle avait beaucoup de pertes blanches”, ce que la petite a accepté. Elle a bien sûr été excisée, à l’hôpital et sous anesthésie générale.

Elle est très affectée d’avoir compris, à son retour, ce qui lui était vraiment arrivé. J’imagine qu’on fait ce genre de propositions à de nombreuses petites et jeunes filles qui n’y voient que du feu. » Hatem Ghada, gynécologue, France

La participation des professionnel.le.s de santé n’empêche en rien les complications de santé à long-terme notamment d’ordre sexuel et psychologique. Elle peut même les aggraver : coupures plus profondes car réalisées avec l’expertise médicale et sous anesthésie, ne permettant pas aux filles / femmes de se défendre. 

Plusieurs membres ont aussi soulevé le risque qu’elles soient suivies par une seconde mutilation pratiquée par la communauté qui estime que la première n’a pas été bien faite.

Fabienne Richard a soutenu en ce sens que :

« Prôner une incision symbolique médicalisée n’empêche pas une excision plus extensive à l’avenir. Une telle politique échouera dans les communautés qui ne sont pas convaincues de l’abandon de la pratique. Par exemple, à la clinique des MGF, j’y assiste, je vois des femmes de Guinée Conakry qui ont été coupées deux fois : parce que la première fois n’était pas bien faite « ce n’était pas propre ». En Guinée Conakry, plus de 30% des MGF chez les filles (0-14 ans) sont réalisées par des professionnel.le.s de la santé (la plupart d’entre eux sont des sages-femmes). Elles coupent moins que les exciseuses traditionnelles, mais les filles sont ensuite « ré-excisées » une deuxième fois dans le village lorsqu’elles sont contrôlés par des tantes ou des grands-mères, menant à la double souffrance. 

Quel est l’avantage ici ? Remplacer une pratique par une autre sans convaincre les communautés des conséquences néfastes de la pratique ne l’arrêtera pas. »

La question de la ré-excision a été débattue par les membres, certains s’interrogeant sur sa véracité. Fabienne Richard a ainsi fait part de son expérience et des histoires qui ont pu lui être racontées par des femmes guinéennes qu’elle reçoit.

Marie-Jo Bourdin a relaté les mêmes faits concernant des femmes venant de Côte d’Ivoire:

« Lors des consultations médicales, je demande aux femmes de raconter leur excision et beaucoup de femmes, que ce soit des femmes originaires de Guinée mais aussi de Somalie, ont été reprises une deuxième fois . En Somalie, parce que l’infibulation s’est réouverte, en Guinée parce que l’excision a été jugée incomplète. Parfois un kyste se développe après l’excision au niveau de la cicatrice, certains croient que le clitoris a repoussé et on coupe à nouveau.

Teliwel Diallo, réfugiée en Belgique, est une des rares femmes qui a osé témoigner de sa double excision à visage découvert. (Human Rights Europe, 2010)

Ce n’est pas un sujet facile à discuter ouvertement car la ré-excision est un véritable trauma. Autant la première fois on ne sait pas à quoi s’attendre, on leur a dit qu’elles allaient à une fête, qu’elles allaient manger des œufs (témoignage de ma dernière patiente), autant la deuxième fois c’est le cauchemar, car on sait par quelles souffrances on va passer. » (Fabienne Richard, sage-femme)

Il n’a pas été prouvé que la médicalisation permettrait en réalité d’aboutir in fine à une disparition de la pratique (UNICEF, 2017). A l’inverse, la médicalisation légitime la pratique des MGF dans la sphère publique en créant une forme d’accord tacite (Population Reference Bureau, 2018, ), d’autant plus que les professionnel.le.s de santé jouissent, au sein de la communauté, d’un statut social respecté (Kimani S. and Kabiru C., Population Council, 2018).

L’une des membres a ainsi donné l’exemple du Sénégal:

« Au Sénégal comme dans plusieurs autres pays où la pratique est ancienne, elle peut être mal perçue par les communautés attachées à sa pratique qui peuvent considérer que ce n’est pas tant l’acte qui est mauvais en soi mais davantage sa pratique par des « non professionnel.le.s ». L’un dans l’autre, la médicalisation des MGF aurait installé une confusion pour les communautés et un recul pour la lutte.

En définitive, il serait important de renforcer la communication sur le fait que la finalité serait d’éradiquer ces pratiques avec toutes les conséquences (sanitaires, psychologiques…) que ça comporte et peu importe ceux qui font la pratique. »

Des questions restent cependant toujours en suspens comme l’a soulevé Jasmine Abdulcadir, une gynécologue suisse:

Elle a fait valoir que nous ne pouvions pas parler de toutes les médicalisations de la même manière. Selon elle, il serait peut-être important de faire la différence si un geste “symbolique” est fait sur une fille assez âgée pour donner son consentement par exemple. Elle poursuit sa réflexion en se demandant ainsi si « les incisions symboliques médicalisées [comme le pricking] empêchent des coupures importantes à l’avenir ».

Dans le rapport du Population Council des considérations similaires apparaissent quant au lien entre médicalisation et prévalence et / ou abandon des MGF/E. N’ayant trouvé de corrélation ni positive ni négative satisfaisante entre médicalisation et abandon des MGF, le rapport conclue à la nécessite de poursuivre les recherches sur le sujet.

D’autres membres, sont, à l’inverse, restés catégoriques, aucune étape intermédiaire dans l’abandon de cette pratique abusive et dangereuse ne saurait être justifiée et encourageable.

Régions à prévalence élevée

Afrique

Les sanctions juridiques constituent « de loin la réponse la plus courante adoptée par les gouvernements africains pour lutter contre les MGF/E ». (Kimani S. and Shell-Duncan B., 2018)

L’ONG 28 Too Many a publié, en 2018, un rapport identifiant la législation en vigueur relative aux MGF dans chacun des 28 pays africains où la pratique continue. L’objectif du rapport est d’examiner comment le contenu des lois, ainsi que leur mise en œuvre et leur application, pourraient être améliorés afin de contribuer à la réduction et finalement à l’élimination des MGF. L’ONG a également publié 29 rapports pays. (28toomany, 2016)

Sur les 28 pays d’Afrique où les MGF sont pratiquées, 22 ont une législation nationale criminalisant les MGF – soit par le biais de lois spécifiques anti-MGF, soit dans le cadre de codes pénaux ou d’autres formes de législation.

Toutefois, selon l’ONG, la législation ne protège actuellement pas les femmes et les filles contre les MGF dans la plupart de ces pays africains, car les lois sont rarement implémentées et les poursuites engagées sont rares.

De plus, 6 pays sont actuellement sans lois, ce qui signifie que les MGF sont toujours légales :

  • Tchad
  • Libéria
  • Mali
  • Sierra Leone
  • Somalia (mentionné dans la Constitution mais pas de législation nationale)
  • Soudan

Néanmoins, en 2018, 5 pays sur 6 avaient soit un projet de loi en attente d’adoption, soit une intention exprimée d’adopter une loi interdisant les MGF.

28 Too Many souligne que ces 6 pays ont signé des traités internationaux et régionaux les obligeant à mettre en place une législation et des mesures contre les MGF. Néanmoins, l’ONG n’a trouvé aucun exemple d’Etat formellement mis en cause pour ne pas avoir adopté ou implémenté une législation nationale anti-MGF (que ce soit par les institutions internationales, africaines ou par les citoyen.ne.s) (Kimani S., Muteshi J. and Jaldesa G., 2018).

Asie et Moyen-Orient

Il n’y a pas de loi contre les MGF en Malaisie (Kimani S., Muteshi J. and Jaldesa G., 2018). De même, en Inde, où les MGF sont traditionnellement pratiquées par plusieurs sectes et les plus prévalentes parmi les Bohras, il n’existe actuellement aucune législation.

Les MGF sont interdites dans la région autonome kurde de l’Irak mais sont toujours légales dans le reste de l’Irak. Il n’existe pas non plus de loi spécifique sur les MGF en Iran, bien que le Code pénal islamique interdit les mutilations corporelles et pourrait être utilisé pour lutter contre les MGF. (Shell-Duncan B., 2001)

L’Indonésie avait interdit la pratique des MGF par les professionnel.le.s de santé. Toutefois, l’interdiction a été abrogée en 2010 en raison de l’opposition du plus haut organe consultatif islamique indonésien. Un nouveau règlement concernant les MGF a été adopté par le ministère de la Santé, autorisant les médecins, sages-femmes et autres infirmièr.e.s à pratiquer une MGF de type I.b ou IV “sans nuire au clitoris”.

Régions à faible prévalence

Les MGF sont interdites dans les 27 États membres de l’Union européenne (UE), ainsi que dans d’autres pays d’Europe. Elles sont également criminalisées aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Certains pays ont des lois criminalisant spécifiquement les MGF, tandis que d’autres engagent des poursuites dans le cadre du droit pénal en vigueur (lésions corporelles, mutilations, prélèvements d’organes/tissus corporels).

Les lois sur la protection de l’enfance sont applicables aux MGF en Europe, qui sont considérées comme une forme de maltraitance. Aux États-Unis, les MGF sont illégales dans tous les États, soit par des lois ciblées contre ces pratiques (33 États), soit par des lois générales contre la maltraitance et l’agression. Jusqu’à ce jour, peu de poursuites ont été engagées dans les pays à faible prévalence. (Kimani S., Muteshi J. and Jaldesa G., 2018;Serour G., 2013; UNICEF, 2017; Jaldesa G. W. , Askew I., Njue C. and Wanjiru M., 2005)

Que disent les lois ?

Plusieurs pays africains où les MGF sont illégales ne disposent pas d’une définition claire de ce qui constitue une MGF (Cameroun, Éthiopie, Nigéria et Tanzanie). Deux pays n’interdisent la pratique des MGF que si la fille a moins de 18 ans (Mauritanie et Tanzanie). Dans 18 pays, il est illégal non seulement de pratiquer des MGF, mais aussi d’organiser et/ou de faciliter une MGF.

En outre, dans la moitié des 22 pays dotés de lois anti-MGF, une personne est légalement tenue de signaler si elle est au courant de la pratique. L’ONG affirme que tous les pays devraient élargir la responsabilité de signaler les MGF afin que les personnes qui omettent de le faire puissent être persécutées. En ce qui concerne les MGF médicalisées, elles ne sont criminalisées que dans 9 pays africains. En fait, certaines lois ont des lacunes, rendant les MGF pratiquées par des professionnel.le.s de la santé possibles (ex-Égypte). (Kimani S., Muteshi J. and Jaldesa G., 2018)

Les peines encourues pour les MGF varient d’un pays à l’autre, de l’emprisonnement de quelques mois, des amendes, à une peine de prison à vie. Le Cameroun (20 ans) et la Tanzanie (15 ans) sont les pays d’Afrique où la peine d’emprisonnement maximale est la plus longue. Le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Kenya ont les amendes les plus lourdes. L’Éthiopie, la Guinée Conakry, le Niger et le Soudan sont les pays où les sanctions sont les moins lourdes. (Kimani S., Muteshi J. and Jaldesa G., 2018)

En Europe et dans d’autres régions à faible prévalence, les filles de communautés concernées sont considérées comme étant particulièrement exposées au risque lorsqu’elles se rendent dans leur pays d’origine ou celui de leurs parents. Ainsi, la plupart des pays européens, ainsi que l’Australie et certains États américains, ont un «principe d’extraterritorialité» dans leur législation, ce qui signifie qu’il est possible de poursuivre en justice les actes de MGF commis hors des frontières d’un pays. L’application du principe diffère d’un pays à l’autre : l’auteur.e de l’infraction ou/et la victime doivent souvent être citoyen.ne.s ou résident.e.s du pays concerné. Dans certains cas, les MGF doivent également être illégales dans le pays où elles ont eu lieu. 

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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