L’influence de la migration et des normes sociales sur le bien-être des personnes vivant avec une MGF

La plupart des études sur les conséquences psychologiques et sexuelles des MGF actuellement disponibles ont été menées en Europe et en Amérique du Nord auprès de femmes migrantes concernées par les MGF. Les facteurs de la migration, de l’intégration dans la société d’accueil, mais aussi de l’environnement culturel et social, des normes et mœurs doivent ainsi été intégrés dans les analyses. Ces études mettent en évidence l’influence d’éléments extérieurs et du parcours de vie de la personne, sur les conséquences psychologiques des MGF.

Plus la norme est forte, moins l’évènement est vécu comme traumatisant

Des études indiquent notamment que plus les MGF sont la norme dans une société, moins les femmes vivent les effets comme négatifs. Au Sénégal, par exemple, où seules 20% des femmes sont excisées et où les campagnes de prévention informent sur les effets néfastes des MGF, l’évènement sera vécu comme plus traumatisant (Gberie L., 2016) qu’en Somalie, par exemple, où la prévalence est très élevée et les MGF sont considérées comme souhaitables pour les femmes musulmanes. Ainsi, dans le deuxième contexte, les femmes développent des mécanismes de défense efficaces et vivent le rituel comme normal et positif (Gberie L., 2016).

L’effet de la migration

Dans les pays à basse prévalence, où les MGF ne sont pas la norme, la situation est encore différente. Des études auprès de femmes migrantes vivant en Norvège et aux Pays-Bas montrent que le processus migratoire peut constituer une nouvelle épreuve (Gberie L., 2016). Certaines femmes peuvent découvrir à ce moment-là que l’excision a des effets délétères sur la santé physique et mentale et qu’elle constitue une atteinte aux droits humains. En effet, entre la société d’origine et la société d’accueil, le paradigme se renverse : alors que les MGF étaient la norme et connotées positivement dans le pays d’origine, elles deviennent l’exception, vues comme “anormales” et interdites par la loi (Gberie L., 2016). Les femmes peuvent alors se sentir trahies, en colère et désorientées par ce qu’elles apprennent et émergent alors des questions sur les justifications de leur excision. Se retrouver dans une société où la majorité des femmes ne sont pas excisées peut aussi faire naître un sentiment d’incomplétude, d’infériorité, d’être différentes et diminuées comme s’il leur manquait une part d’elles. La remise en question d’une norme sociale aussi forte que les MGF et le fait de se retrouver “hors de la norme” peuvent être vécu comme un second trauma pour les femmes concernées (Gberie L., 2016).

Une étude en Allemagne (Vloeberghs E et al., 2011) indique également une corrélation entre l’intégration dans le pays d’immigration et le report de problèmes psychologiques des MGF : plus les femmes sont intégrées dans la société d’accueil, capables de s’exprimer dans la langue nationale, plus elles seront susceptibles de signaler ce dont elles souffrent et d’extérioriser leurs émotions.

Annalisa, psychologue au GAMS Belgique qui fournit un soutien individuel et anime des ateliers communautaires avec les femmes migrantes affectées par les MGF et d’autres formes de violences de genre, a remarqué que même si de nombreuses femmes ont fui leur pays pour mettre fin à la violence, certaines n’avaient parfois pas pleinement identifié la douleur des MGF et comment cela les affecte, avant de se retrouver en dehors de leurs communautés d’origine.

L’impact des normes sociales autour de la sexualité féminine

Sarah O’Neill, une anthropologue travaillant en Belgique, a découvert, dans ses recherches sur des femmes demandant une reconstruction clitoridienne, que les attentes des femmes concernant leurs propres performances sexuelles et leurs croyances sur les causes de leur manque de plaisir sont alimentées par des discours et des images pornographiques principalement conçu pour satisfaire les fantasmes sexuels masculins. Le résultat est un sentiment d’infériorité et d’humiliation / d’embarras concernant leur MGF. Même les femmes qui n’ont jamais eu de problèmes de santé en viennent à croire qu’elles ont un problème parce qu’elles ont le statut de ‘femme excisée’. Lisez l’article de Sarah ici: En quête de reconstruction identitaire.

Au cours du webinaire, Sokhna Fall (France) avait également remarqué que parmi ses patientes et leurs partenaires, les MGF sont parfois utilisées comme une “excuse” pour expliquer l’insatisfaction sexuelle des femmes, même quand la raison est plutôt une conception normative de la sexualité.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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