Les pratiques néfastes dans la zone MENA

Isma Benboulerbah, chargée de projets au Réseau européen END FGM, a partagé ses connaissances des procédures visent à modifier les organes génitaux des femmes et à contrôler leur sexualité dans la région MENA, en se focalisant principalement sur l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.

L’hyménoplastie

L’hyménoplastie est classée dans la catégorie des “chirurgies et procédures génitales esthétiques” et définie comme “reconstruction de l’hymen”. Toutefois, j’aimerais montrer la controverse existant autour de cette pratique potentiellement dangereuse pour la vie des femmes, en prenant en compte des considérations éthiques, sociales et culturelles.   

Dans plusieurs communautés, la virginité et le mariage sont intimement liés. La virginité est la clé d’un mariage réussi, béni, honorifique et socialement approuvé. Le mariage est le principal objectif et la plus grande réussite des jeunes filles. Il leur permet d’être acceptées, traitées comme des femmes respectées et respectables dans leur famille et plus généralement par la communauté. Ces normes sociales n’empêchent pas les jeunes femmes et les femmes d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage. 

Cependant, lorsqu’elles décident de se marier, elles se rendent vite compte de la pression à laquelle elles sont confrontées et de l’exigence de sauver leur “honneur” en saignant lors de la nuit de noces

De plus en plus de femmes sont forcées par leurs familles (et parfois par leurs mères, leurs sœurs et leurs cousines) à se faire opérer ou à se cacher de leurs proches pour se faire opérer. L’opération n’est pas aisée, et il n’est pas inconnu des femmes arabes que ce secret est une question de vie ou de mort avec les communautés. 

Je connais personnellement une femme ayant subi une opération bien qu’elle soit toujours vierge. Elle avait besoin de la preuve visuelle de sa virginité et a dû modifier sa vulve afin d’y faire apparaître un faux hymen. 

La partie la plus controversée concerne les femmes qui décident de subir une hyménoplastie après avoir été violées.

L’hyménoplastie n’est pas seulement une chirurgie esthétique, c’est un outil permettant de contrôler la sexualité des femmes et leur identité en tant qu’être sexuel. Leurs décisions sont jugées comme stupides, dangereuses, honteuses et elles doivent tourner la page et se sentir coupables de leurs choix.

Voici un exemple d’hyménoplastie présenté par un chirurgien plastique : https://drwuplasticsurgery.com/service/hymenoplasty/

Blanchiment vaginal

Les femmes subissent de plus en plus de pression en ce qui concerne l’aspect, la texture, la couleur de la vulve et du vagin. Les tons de peau plus foncés sont jugés comme “sales”, “dégoûtants” et une vulve “plus claire” est promue comme la norme. La première fois que j’ai entendu parler de cette pratique, c’était en 2018, quand une adolescente de 16-17 ans m’a parlé de ces nouveaux traitements blanchissants.

Il est pratiqué de différentes manières : crème éclaircissante ou laser (censé éliminer les tissus de couleur foncée de manière permanente dans la région de la vulve).

Les conséquences sur le corps et la santé des femmes sont graves : douleur lors des rapports sexuels, laxité vaginale, brûlures vaginales, cicatrices, douleur chronique, etc.

L’administration américaine de l’alimentation et de pharmacie (US Food and Drug Administration) a alerté sur l’usage des produits de “blanchiment vaginal” ou de “rajeunissement”.

Rbat – pratique du tasfeh

En Afrique du Nord, virginité et “honneur socia” sont liés et les femmes sont soumises à la pression sociale, tant de leurs familles que de leurs communautés et même des organes gouvernementaux, pour ne pas avoir de relations sexuelles hors mariage. L’hymen est le symbole vivant de la pureté d’une future femme et il est souvent vérifié par les membres de la famille avant la nuit de noces (certificat de virginité) ou après la nuit de noces avec la traditionnelle “danse avec le drap souillé de sang” qui en est la preuve

Avant cette possibilité d’accéder au rang social d’une femme, une pratique traditionnelle pour les jeunes filles existe encore en Algérie, au Maroc et en Tunisie : le rbat ou tesfah, “le vagin fermé”. 

La Tesfah est considérée comme une violence psychologique contre les femmes et les filles, mais dans certains cas, les jeunes filles sont également obligées de se soumettre à plusieurs contrôles vaginaux non médicalisés pour s’assurer de leur virginité. La Tesfah est pratiquée sur des jeunes filles avant la puberté et est une pratique spirituelle. 

Les filles sont emmenées voir une qabla (sage-femme traditionnelle) et doivent répéter 7 fois “wald el nas khet wa ana haït”, ce qui peut se traduire par “le fils du peuple est une ficelle et je suis un mur”. Cette phrase comporte un important caractère sexuel et symbolise l’incapacité pour la nouvelle fille marbouta (nouée) – msakra (fermée) d’avoir des relations sexuelles hors mariage. Il ne peut être annulé qu’au mariage et en disant “wald el nas haït wa an khet”, soit “le fils du peuple est un mur et je suis une ficelle”. 

Le rituel est pratiqué de différentes manières, mais s’achève toujours en coupant la jeune fille : soit sur la partie supérieure de sa cuisse droite (on met du kohl sur les incisions, de sorte que cela devient un tatouage), sur son genou dans le Sud de l’Algérie (dans la tribu Reguibet), ou sur le clitoris. Chez les Reguibet, la Tesfah est pratiquée sur les jeunes filles : ils les attachent, jambes et bras étendus. Ils coupent le clitoris et y appliquent du henné tout en répétant la phrase.

Les marques, les incisions et la cérémonie sont le symbole de la pression sociale que les jeunes filles vont affronter en tant que porteuses de l’honneur familial.

Harig – Brûlure des zones intimes

En Algérie et dans d’autres pays, les familles passent beaucoup de temps à analyser le comportement des jeunes filles. Une liste de noms existe pour les classer et trouver des remèdes adaptés. 

Un des remèdes consiste à mettre du piment fort ou du piment cru écrasé (harissa) sur la région génitale de jeunes filles trop extraverties, excessivement réactives ou considérées comme pas suffisamment réservées. On parle de “Klatha douda” qui signifie littéralement qu’elle a été mangée par un vers. Néanmoins, “Klatha douda” est généralement utilisé pour dire que “l’esprit du diable est en elle” et que le seul moyen de la forcer à se comporter normalement est de brûler son clitoris et d’éteindre le feu. 

Certaines femmes ont déclaré qu’elles avaient été punies de cette façon à plusieurs reprises et qu’en parallèle de l’application de harissa sur le clitoris était exercée une pression. 

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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