L’approche d’Amref : des RPA menés par la communauté Contribution de Bertine Pries, member of the CoP

Amref Health Africa est une ONG internationale (https://amref.fr/) qui a choisi de fonder son travail de lutte contre les MGF sur la mise en place de rites de passage alternatifs. Cette approche est développée dans le cadre de leurs projets Water, Sanitation and Hygiène and ending FGM/C (Eau, Assainissement et Hygiène et fin des MGF/E) dans les régions du Kilindi (Tanzanie) et Kajiado (Kenya). Bertine Pries a partagé l’expérience de l’ONG avec la Communauté de pratiques.

“Il y a maintenant plus de 10 ans, alors qu’Amref travaillait aux côtés de la communauté Massai, cette dernière a proposé de construire leur propre alternative aux MGF/E, appelée rite de passage alternatif (RPA), et a demandé à Amref son soutien pour le développer.”

“Le RPA constitue une alternative culturelle aux MGF/E menée par la communauté. Les RPA conservent les rituels et cérémonies culturels marquant la transition à l’âge adulte, mais remplace l’excision par l’éducation sur les droits et la santé sexuels et reproductifs et la promotion de l’éducation des filles. Au travers de dialogues communautaires structurés et intergénérationnels, les hommes et les garçons sont complètement inclus dans le questionnement des normes, attitudes, comportements sous-tendant la pratique des MGF/E et d’autres formes de violences sexuelles et basées sur le genre et de pratiques néfastes, comme les mariages d’enfants, précoces et forcés. Ces discussions sont essentielles au changement des normes sociales et de genre, à l’établissement de relations égalitaires et à l’inclusion des femmes et des filles afin de leur assurer un accès continu et prolongé à l’éducation contribuant positivement à leur bien-être socio-économique propre ainsi qu’à celui de leur communauté à la place des mariages d’enfants, précoces et forcés. La mise en place d’un RPA dure entre 12 et 24 mois. Une fois que la communauté a collectivement décidé d’abandonner les MGF/E et d’opter pour l’alternative, la cérémonie est organisée.”

“Le rite de passage alternatif débute par une formation de trois ou quatre jours pour les filles et garçons, s’intéressant à divers thèmes : la santé et les droits sexuels et reproductifs, les dangers des MGF, le mariage précoce, les grossesses adolescentes, des compétences pratiques, les droits des enfants, l’hygiène intime, les pratiques culturelles bonnes et néfastes dans leur communauté. La majorité des participants aux formations sont des filles mais quelques garçons y assistent aussi. Les ancien.ne.s exciseur.euse.s, les ainé.e.s, les garçons et les hommes (surtout les Morans dans la communauté Massai) sont aussi impliqués. Beaucoup de Morans ont publiquement pris position pour s’engager à ne se marier qu’avec des filles intactes et certains ont été formés comme agents de changement prenant la tête de la lutte contre les MGF. Plus couramment, ils sont sensibilisés aux conséquences néfastes des MGF et participent aux cérémonies en garantissant leur reconnaissance du passage des filles à l’âge adulte, les bénissent, promettent de les protéger des pratiques néfastes et leur souhaitent le meilleur pour leur futur. La bénédiction des filles participant au RPA par les aîné.e.s est un rituel important dans l’abandon des MGF/E au sein de la communauté.”

Les rites de passage alternatifs ont un objectif commun: d’assurer un meilleur futur aux filles en leur permettant d’être scolarisées plus longtemps, en les autonomisant en les informant sur leurs droits, leur santé, leur sexualité. Pour y parvenir, l’implication, le soutien et la reconnaissance de toute la communauté sont nécessaires.

“Faire participer tous les groupes et membres de la communauté est un élément essentiel du travail d’Amref de sorte qu’au final, le choix d’abandonner la pratique des MGF provient de la communauté elle-même”, explique Bertine.

“En une décennie seulement, 17 000 jeunes filles des communautés Massai et Samburu ont participé à un programme de RPA. Cela n’aurait pas été possible si les décideurs culturels et les gardiens de la communauté n’avaient pas pris le contrôle et la tête de la lutte contre les MGF/E. ‘’ “Au travers de notre travail, nous avons démontré que les communautés locales forment des alliées essentielles. Néanmoins, pour que cela fonctionne, les organisations doivent être prêtes à se retrousser les manches et à travailler dans ces communautés.”

L’expérience des rites de passage alternatifs soutenus par Amref ont également vu des retombées positives pour les communautés voisines. Grâce aux agent.e.s de changements communautaires et les organisations communautaires de terrain, comme les groupes de femmes, de plus en plus de communautés organisent leur propre RPA, sauvant ainsi de nombreuses filles de l’excision.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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