Comment s’explique la médicalisation des MGF ?

Pour comprendre pourquoi la médicalisation se répand il est important d’appréhender les arguments des personnes, dont les professionnel.le.s de santé, en faveur d’une telle pratique.

La solution du « moindre mal »

Dans les pays ou régions où l’abandon des MGF ne semble pas immédiatement atteignable, la médicalisation peut être vue comme une « harm-reduction strategy » (Shell-Duncan B., 2001) qui permettrait de réduire les risques et divers complications médicales pour les femmes qui, de toute façon, auraient été touchées par les MGF.

Un moyen de minorer l’opération

La médicalisation pourrait permettre de réduire la MGF pratiquée sur la fille ou la femme en favorisant des gestes plus symboliques (« nicking ») aux mutilations sévères pratiquées par les practicien.ne.s traditionnelles (Shell-Duncan B., Njue C. and Moore Z., 2017).

Des membres de la COP ont présenté « la médicalisation des MGF comme l’effet pervers d’un certain type de campagne de sensibilisation, lorsque les promoteurs manquaient trop encore de recul, pour pouvoir en analyser toutes les conséquences à moyen et long termes, et rectifier le tir. »

Pourquoi les professionnel.le.s de santé pratiquent-ils.elles les MGF ?

  • Ignorance
  • Gain financier
  • Répondre à une demande parentale
  • Sens du « devoir envers la communauté », croyances socio-culturelles
  • Absence de déconstruction des raisons motivant les MGF

Le manque d’information et de sensibilisation des professionnel.le.s de santé

Ce manque a été mis en avant par un médecin burkinabé comme un facteur motivant la pratique des MGF dans un cadre médical. 

« Le manque de documentation de ce phénomène en Afrique de l’Ouest ainsi que la quasi-absence de sensibilisation du personnel de santé (appartenant aux communautés qui pratiquent les MGF) pourraient constituer un environnement favorable à la médicalisation des MGF.  Ce personnel de santé mal informé et motivé par leur croyance socioculturelle ou par le gain financier pourrait estimer qu’il est de leur devoir d’appuyer une demande de MGF émise par les populations. »

Le Docteur Souleymane Kabore a convenu avec le Dr. Kaba du manque d’information disponible pour les médecins et a également questionné la prise en charge institutionnelle de la lutte contre les MGF qui œuvrerait aussi à l’oubli de la problématique.

« On n’en parle pas du tout. Il n’existe pas d’outils de communication adaptés à cette pratique dans nos structures de santé. Pourtant, selon certaines rumeurs persistantes, la médicalisation des MGF serait belle et bien pratiquée dans certaines de nos établissements de santé.

Je me demande si l’ancrage institutionnel de la lutte contre les MGF au Burkina n’y est pas pour quelque chose. En effet, la lutte contre les MGF est principalement sous la directive du ministère de la promotion de la femme et de la solidarité nationale qui travaille en partenariat avec le ministère de la santé. 

Quoiqu’il en soit, on devrait commencer par documenter et chiffrer ce phénomène afin que les décideurs puissent en prendre conscience. »

La pression sociale et le respect des normes sociales communautaires

Ceux-ci ont été soulevées à plusieurs reprises par les membres pour expliquer pourquoi le personnel de santé consente à pratiquer les MGF.

La confiance accordée aux professionnel.le.s de santé

Cette confiance a incité les parents à choisir la médicalisation selon un rapport du Population Council au Nigéria (Obianwu O., Adetunji A., Dirisu O., Population Council, 2018.).

« La quasi-totalité des parents que nous avons interviewé n’avaient jamais entendu parler ou n’avaient jamais été concernés par les complications dues aux MGF/E. Beaucoup de parents disent avoir confiance dans les professionnel.le.s de santé pour toute procédure ou conseil en lien avec la santé et, en ce qui concernent les MGF/E médicalisées, ils ont l’impression que les professionnel.le.s de santé seront mieux équipé.e.s pour les pratiquer. Cette confiance dont parlent les parents a de multiples dimensions. Ils ont le sentiment que les professionnel.le.s de santé:

  •  seront plus qualifié.e.s pour mener à bien la procédure 
  • pourront remédier plus facilement aux urgences
  • ont reçu une formation pour réaliser la procédure
  • opèrent dans de bonnes conditions sanitaires »

L’un des membres a aussi avancé la notion que les parents peuvent davantage se tourner vers les professionnel.le.s de santé afin de conserver le secret sur l’excision de leur fille maintenant que les MGF sont illégales.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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