La prise en charge des MGF au Burkina Faso

ENTRETIEN AVEC CHARLEMAGNE OUEDRAOGO, GYNECOLOGUE

Lors du Webinar sur l’Accompagnement pluridisciplinaire des femmes concernées par les MGF, nous avons eu le plaisir de rencontrer Charlemagne Ouédraogo, médecin gynécologue au Département de gynécologie obstétrique au CHU Yalgado de Ouagadougou au Burkina Faso. On parle de la reconstruction du clitoris lors de « campagnes » mais aussi du besoin d’une prise en charge holistique des femmes concernées…

Septembre 2017

Charlemagne Ouedraogo avec deux membres de l'équipe de CeMAViE lors de sa visite Bruxelles

Un pays pionnier dans la prise en charge des MGF

C’est lors d’une formation d’approfondissement à Tours que le Dr Ouédraogo, alors nouveau médecin gynécologue, a rencontré le Dr Madzou, formé sur la reconstruction du clitoris par Dr Foldès. Charlemagne a décidé à son tour de se former, avec une dizaine d’autres gynécologues.

Le Burkina Faso, où les MGF sont condamnés par la loi depuis déjà 1996, est ainsi devenu le premier pays en Afrique de l’Ouest de bénéficier de la reconstruction du clitoris. Aujourd’hui, le Centre médical où il exerce fait partie du Comité burkinabé de lutte contre les MGF. Les deux sont complémentaires puisque le Comité fait de la prévention et le centre médical offre les services pour les femmes qui ont déjà subi une MGF. Selon Dr Ouédraogo, la démarche burkinabé est assez unique dans la région. « Je ne connais pas d’autres services spécialisés de prise en charge des MGF, au niveau de l’Afrique de l’Ouest. » Il existe pourtant quelques médecins formés au Côte d’Ivoire, au Togo et au Sénégal mais les cas restent limités.

« Ca n’a pas toujours été facile de faire accepter la reconstruction du clitoris. Les personnes étaient un peu méfiantes, elles disaient ‘mais comment on peut reconstruire ça, puisque ça a été coupé ?’ »

Pourquoi les femmes viennent-elles donc pour une reconstruction ? Une étude auprès des patientes, menée entre février 2014 et février 2015 (68 patientes), a montré qu’elles venaient principalement avec deux revendications : sexuelle (62%) et identitaire (38%). La grande majorité avaient subi une excision type II et elles avaient entre 20 et 48 ans au moment de la consultation. Elles étaient aussi bien musulmanes que chrétiennes.

Pour les femmes, il s’agit avant tout d’une démarche personnelle. « En général, l’entourage très restreinte est au courant, le conjoint, la copine intime, les amies proches, etc. le reste n’est pas au courant, ça touche à son intimité, il s’agit d’une démarche personnelle. Parfois, c’est le conjoint qui transmet l’information à sa femme et l’incite à consulter, en ayant vu des informations sur les réseaux sociaux par exemple. »

Des « campagnes de reconstruction »

Chaque année, l’hôpital organise des « campagnes de reconstruction », pour recruter et préparer les femmes à la reconstruction qui s’étale sur deux semaines. C’est la partie la plus intense de l’activité du centre car beaucoup d’autres activités sont alors bloquées. Les « campagnes » donnent également l’opportunité à de nouveaux/nouvelles médecins d’être formé.e.s sur la technique.

« Bien sûr, tout gynécologue formé.e peut réparer des séquelles… par contre pour faire la reconstruction du clitoris, il est nécessaire d’avoir une formation spécifique. », nous explique Charlemagne.

Lors des « campagnes », la demande est très importante et les femmes viennent non seulement du Burkina Faso mais aussi des pays voisins comme le Sénégal, la Guinée et la Côte d’Ivoire. Toutes bénéficient des mêmes services et payent un tarif subventionné par l’Etat burkinabé.

Depuis 3 ans la formation sur la reconstruction fait partie du curriculum des médecins gynécologues au Burkina Faso et grâce aux campagnes de formation, tout nouveau gynécologue formé.e au pays saura désormais faire la réparation des séquelles des MGF et la réparation du clitoris. Le module de formation inclus également un module sur comment parler des MGF avec les femmes.

Afin de répondre à la demande importante pour des reconstructions du clitoris, Dr Ouédraogo se sert même de nouvelles technologies.  « Lorsque des femmes habitant loin d’Ouagadougou me contactent, après une recherche sur internet, j’essaye de contacter un gynécologue sur place si j’en connais un, pour qu’il fasse la première consultation avec la femme. Mais si je n’ai pas de contact je fais des consultations à distance par web-cam. Ça marche bien pour un premier rendez-vous. Je demande ensuite à la femme de faire les prises de sang. Puis, elle prend son billet d’avion, on fait un entretien pré-opératoire en personne, et si tout va bien, on opère. »

« On n’opère pas les femmes qui n’ont pas de vie sexuelle. Il faut que les femmes aient déjà exploré leur sexualité pour savoir où elles en sont et ce dont elles ont besoin !»

Et les résultats ?

« Les résultats sur la sexualité sont positifs, on constate que beaucoup de femmes qui ont obtenu la reconstruction du clitoris expriment une nette amélioration de leur sexualité. »

Enfin, la consultation pour la réparation du clitoris est aussi un moment propice à la sensibilisation. « Nous en profitons pour sensibiliser les femmes pour qu’elles n’excisent pas leurs enfants et qu’elles aident à protéger leur entourage féminin mineur. Pour les femmes qu’on rencontre c’est une évidence. Il y en a qui sont très en colère contre leurs mères qui ont permis qu’elles soient excisées. Notre rôle est alors de leur expliquer que leurs parents ont agi par ignorance mais qu’ils ne souhaitaient pas nuire à leur fille… »

Développement d’une prise en charge psychologique et sexologique…

Charlemagne estime que la prise en charge des femmes concernées par les mutilations génitales féminines doit être holistique et prendre en compte non seulement ses besoins physiques de santé mais également son bien-être psychologique et sexologique.

« Il n’y a pas qu’une réparation physique, il y a également une réparation mentale à faire. Pour une femme qui a subi un trauma lié à son excision, le simple travail de reconstruction physique, par le gynécologue, ne suffit pas. Certaines femmes ont besoin d’un suivi psychologique et sexologique pour renaître sexuellement. »

Le Centre médical a eu la chance de bénéficier, pendant 3 ans, d’un psychologue qui était intégré à l’équipe et accompagnait les femmes dans leur parcours de reconstruction clitoridien et les revoyait également au bout d’un an. Malheureusement, suite à une restructuration, le centre n’a plus de psychologue. Le Centre médical souhaiterait maintenant mettre en place une nouvelle équipe psycho et sexo.

« L’expérience précédente est fantastique. On est notamment en train de réfléchir à un partenariat avec le centre CeMAViE à Bruxelles, Belgique, afin que leur psychologue et sexologue puissent former l’équipe de notre Centre. »

En attendant, ce sont les gynécologues qui gèrent la discussion psycho-sexologique avec la femme. « On discute avec les femmes, on leur explique le fonctionnement du clitoris, et on leur dit aussi qu’il n’y a pas que le clitoris ! Chaque personne a d’autres zones érogènes, il faut se découvrir, se connaître pour accéder à son plaisir et à son orgasme. Certaines femmes ont une réticences à s’auto-explorer, elles n’ont pas l’habitude de le faire, elles pensent parfois que c’est contraint à leur religion. Notre éducation de manière générale n’incite pas à la découverte de la sexualité. On y entre en cachette. L’éducation à la sexualité au Burkina Faso ne traite pas du plaisir mais uniquement des grossesses non-désirées… »

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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