Que pouvons-nous apprendre de la pandémie d'Ebola

Lorsque la pandémie COVID-19 a commencé, beaucoup de gens se sont souvenus de la pandémie d’Ebola et se sont demandé ce que nous pourrions apprendre de l’impact d’Ebola sur les MGF.

L’exemple de la Sierra Leone

La pandémie de COVID-19 a eu un impact sur tous les aspects de la vie. Dans un chapitre de pregnant in the Time of Ebola (disponible en anglais ici), David Schwartz partage quelques résultats clés sur l’évolution des MGF à l’époque d’Ebola au Sierra Leone.

En Afrique de l’Ouest, trois des pays les plus touchés, à savoir la Sierra Leone, la Guinée et le Libéria, ont tous des taux élevés de MGF. La recherche de David Schwartz montre que l’épidémie d’Ebola a temporairement interrompu les MGF au Sierra Leone.

Avant l’épidémie de virus Ebola, les statistiques montraient que la Sierra Leone avait l’une des prévalences de MGF les plus élevées au monde (88% à 89,6%). À un moment donné, le taux de prévalence a dépassé 90% pour le groupe d’âge de 15 à 49 ans. Même si les chiffres sont préoccupants, aucune loi nationale au Sierra Leone interdit la pratique des MGF.

Au Sierra Leone les MGF sont promues et pratiquées par une société secrète de femmes actives dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest comme la Guinée, le Libéria et la Côte d’Ivoire nommée “The Bondo’society”. On dit que la société a tellement de pouvoir socialement et politiquement, car elle peut garantir que les femmes votent pour un candidat et non pour l’autre.

Lorsque l’épidémie d’Ebola s’est propagée à travers la Sierra Leone en 2014, le gouvernement a interdit temporairement les MGF pour empêcher une nouvelle transmission de la maladie (Devries 2014). On craignait que l’infection ne soit transmise aux filles ou même aux sowei (exciseuses) elles-mêmes. Une pratique des MGF pendant Ebola amenait une amende de 500 000 leones (environ 115 Dollars) . On dit qu’à la fin de l’épidémie au Sierra Leone, l’interdiction des MGF avait entraîné le déclin le plus spectaculaire de l’histoire.

C’est lors de l’épidémie d’Ebola que le gouvernement de la Sierra Leone a ratifié le Protocole de Maputo le 2 juillet 2015, 12 ans après la signature initiale du document par le pays. Cet instrument garantit des droits étendus aux femmes en Afrique, et son article 5 met fin aux MGF.

Pendant l’épidémie, le pouvoir de la société Bondo avait été réduit à néant. La réduction du pouvoir des soweis était également une menace pour leur moyen de subsistance. Le président du Conseil national de Soweis au Sierra Leone, Mammy Koloneh a déclaré que pendant l’épidémie, environ 2000 soweis ont été touchées. Il n’y a eu personne pour s’occuper d’elles, elles ont eu du mal à trouver de la nourriture et à subvenir à leurs besoins de base. À cette époque, elles ont plaidé pour la poursuite des MGF.

Lorsque la Sierra Leone a été déclaré libre du virus Ebola par l’OMS en novembre 2015, l’ancien président Ernest Koroma a déclaré dans son discours que “les pratiques traditionnelles qui ont un impact négatif sur la santé et qui ont été abandonnées pendant l’épidémie, ne devraient pas être restituées”.

Mais la fin de l’épidémie a sonné le début du retour aux anciennes habitudes par les soweis. Certaines d’entre elles se sont arrêtées mais la pratique a continué malgré l’interdiction.

Zihalirwa Nalwage, chef de la protection de l’enfance à l’UNICEF, a déclaré que les mesures punitives prises pendant l’épidémie d’Ebola n’élimineraient pas la pratique des MGF et ne feraient que mener la procédure vers la clandestinité. Au lieu de cela, il a suggéré “une stratégie qui respecte la tradition et donne aux soweis un rôle culturel important dans la société, mais qui n’implique pas l’excision”.

Les militants anti-MGF ont profité de l’arrêt de la pratique pour plaider pour l’abandon des MGF.

“Le fait que certaines communautés aient choisi de ne pas pratiquer les MGF pendant la crise, ainsi que des preuves de l’effet et de l’impact de ces interdictions sur les MGF, pourraient être utiles pour développer des interventions pour l’abandon total de la pratique” (Devries 2014; Goldberg 2015)

A la suite de ce résumé, Eva Komba a mis en avant des différences entre Ebola et la Covid-19:

“A l’inverse d’Ebola, les personnes continuent de voir la COVID-19 comme une maladie importée. En conséquence, il est plus facile de dire que les locaux ont compris ce qu’Ebola était au fil du temps et ont supporté ou plutôt respecté les efforts œuvrant en faveur de la gestion ou de la fin de la maladie qui était une épidémie et non une pandémie.

Par ailleurs, Ebola n’a pas créé un environnement d’absence de droit et d’ordre. La COVID a mené à un vide dans l’accès à la justice et à la police.

Nous continuons d’attester de beaucoup de cas de non-respect de la part des citoyens de pays et continents différents concernant la mise en conformité de leur comportement avec les règles relatives au COVID dont les restrictions, les mesures exceptionnelles comme le confinement, le couvre-feu et qui ont grandement affecté les moyens de subsistance, et comportement / mode de socialisation habituel.”

Chiara Consentino a fait valoir que la période de la COVID-19 offre une opportunité à saisir pour mettre en place une interdiction des MGF qui ne pourra être effective que si les efforts sont poursuivis à l’issue de la pandémie:

“Bien sûr, ces deux facteurs ne sont que temporaires [conditions sanitaires dues à l’épidémie et interdiction des MGF], et si nous relayons uniquement là-dessus pour espérer que les MGF vont être abandonnées sur le long terme, nous n’irons pas très loin, comme cela a été le cas durant la crise d’Ebola.

Si, d’un autre côté, nous saisissons cette opportunité et nous investissons dans des programmes travaillant avec les communautés pour lutter contre les racines des MGF, notamment en termes d’inégalité de genre, du rôle des femmes, mais aussi en impliquant plusieurs secteurs des communautés pouvant être affectées par la fin de la pratique (comme les exciseur.se.s en assurant une continuité de leur rôle dans différentes mesures et de leurs revenus). De cette façon, je pense que nous devrions être sur la bonne voie pour assurer que l’abandon temporaire des MGF ait un effet sur le long terme.

Je pense que c’est un moment clé pour travailler sur la durabilité de toute action entreprise dans ces circonstances afin de s’assurer qu’elle se prolongera même après la crise, et que nous n’allons pas repartir en arrière lorsque tout cela sera fini.

Nous avons une belle opportunité dans certains pays de tenir notre engagement d’abandonner les MGF dans les 10 ans, et on ne peut pas la rater !”

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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