Contributions des membres à la discussion sur les RPA

Afin d’insister sur l’importance de compter sur la participation de la communauté pour assurer le succès d’un RPA, Bertine Pries d’Amref a souligné qu’en une décennie, 17 000 filles des communautés Masai et Samburu ont suivi un RPA. Ceci n’aurait pas été possible sans que les décideurs culturels et gardiens de la communauté n’aient pris la tête et le contrôle de la lutte contre les MGF.

Pour en apprendre davantage sur le travail d’Amref, voir l’article ici 

Maria Väkiparta de International Solidarity Foundation a brièvement présenté leurs projets de travail dans la communauté kényane Kisii. Elle a souligné que donner des informations sur la loi et les conséquences sociales et sanitaires négatives des MGF n’affecte pas immédiatement les attitudes et comportements des gens, et ce d’autant plus s’ils n’observent pas d’impact direct sur leur vie ou si aucune alternative n’est disponible pour assurer l’acceptation par la communauté et l’aptitude au mariage des filles. En 2019, l’évaluation de mi-programme a mis en avant le besoin de développer un RPA pour remplacer les MGF. Maria souligne: 

“Au travers du RPA, les membres de la communauté vont être impliqués dans l’élaboration et le choix du meilleur rite de passage possible pour les filles. Il est imaginé à partir des pratiques culturelles estimées par la communauté, le tout en impliquant les gardiens de la culture – notamment les aînés, femmes comme hommes – en tant qu’enseignants des bonnes pratiques virtueuses et délivrant des informations sur les effets néfastes des MGF. L’objectif est de faire entrer le RPA dans le programme de tutorat classique suivi par les filles à risque durant les vacances. Le programme est organisé par les partenaires locaux de ISF, Manga Heart. Il s’agit aussi d’utiliser le Muungano Gender Forum   dirigé par ISF pour parvenir à une appropriation locale et un support plus large de la communauté pour les efforts poursuivis.”

Nonobstant, aussi positif que puisse être le recours aux RPA, il y a un réel besoin de comprendre les dynamiques de la communauté et de la mobiliser de façon à assurer qu’elle accepte réellement le RPA comme une nouvelle façon d’accompagner les filles lors de leur passage à la puberté sans pratiquer de MGF. Maryam Sheikh, bien que n’ayant pas eu directement à faire avec un RPA, indique, sur base de recherches documentaires, l’importance d’apprendre d’autres procédés de changement des normes sociales:

“Les RPA devraient inclure toutes les étapes du changement de normes où nous nécessitons des modifications comme les récits sous-tendant la pratique, les perceptions ou soutiens pour les MGF et surtout assurer l’implication de l’intégralité de la communauté vers le changement souhaité.”

Maryam a fait part d’exemples témoignant de l’incapacité de filles intactes à s’intégrer dans la communauté et se marier. La pression peut être si importante qu’elles finissent par demander à être excisées. Enfin, elle a souligné l’importance de prendre en compte les dynamiques des communautés, tout particulièrement des communautés trans-frontalières en prenant l’exemple des Kuria:

” Lorsque les Kurias au Kenya font des déclarations publiques d’abandon des MGF, ils sont cités par leurs homologues de Tanzanie. Apparemment, le plus haut niveau de leadership de la communauté est en Tanzanie.”

Les cérémonies de RPA ont des lignes directrices claires mais viennent aussi avec leur lot de défis dans plusieurs communautés. Par exemple, lorsque les anciens peuvent tirer un avantage financier et social à ce que les filles subissent une MGF, il peut être plus difficile de les convaincre de soutenir l’abandon de la pratique. Sam Jazairi de Respect for Change a ainsi rapporté avoir rencontré ce problème dans son travail avec le clan Bukira de la communauté Kuria au Kenya. En effet, les deux tentatives d’implémentation d’un RPA se sont soldées par un échec. Selon lui, le contexte politique, social, économique et géographique peuvent avoir une influence sur le succès d’un RPA:

“La région de Kajiado semble être un exemple positif d’une région où les MGF sont en passe d’être éradiquées avant que cela n’arrive dans d’autres régions. Peut-être pouvons-nous l’expliquer par une plus grande proximité de Nairobi et le fait que beaucoup d’organisations aient travaillé ensemble dans la région, d’autant plus que il y a actuellement un gouverneur et une première dame particulièrement actifs en fonction (M. Joseph et Mme Edna). Ces RPA peuvent être une bonne stratégie pour obtenir un changement dans le comportement des gens ici et substituer les MGF par autre chose peut  fonctionner sans faire de mal aux filles.”

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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