Conséquences psychologiques des MGF

Quelles sont les conséquences psychologiques immédiates, à court- et long-terme des MGF

Les MGF constituent souvent une expérience traumatisante pour les filles concernées. Les conséquences psychologiques peuvent être immédiates ou se révéler sur le court ou long terme. Toutefois, chaque fille/femme réagit différemment et les complications psychologiques ne sont ni systématiques ni universelles. Elles sont à appréhender dans l’histoire de vie globale des filles/femmes concernées. Le déroulé de l’excision, les caractéristiques socio-démographiques, l’histoire individuelle et les mécanismes personnels de gestion des complications psychologiques des MGF ont une influence sur ces dernières (OMS, 2018; Vloeberghs E. et al., 2011). L’âge auquel l’excision a eu lieu a aussi une influence. Les filles excisées avant l’âge de deux ans n’en gardent pas de souvenir alors que celles excisées après cinq ans présentent davantage de risques de connaître des complications ou douleurs plus importantes (Vloeberghs E. et al., 2011; 28TooMany, 2016).

Conséquences immédiates des MGF

Les conséquences immédiates sont intimement liées au déroulé de la procédure. En effet, le choc sera d’autant plus fort et l’événement vécu de façon d’autant plus traumatique que la jeune fille n’est pas prévenue et préparée à ce qui va se passer. La fille peut ressentir un sentiment de trahison lorsque ceux et celles qui sont sensé.e.s la protéger deviennent ceux/celles qui blessent. La douleur, le choc et la contrainte réunis peuvent aussi se traduire par un sentiment de peur et d’impuissance. Certaines vivent un épisode de dissociation et se voient comme séparées de leur corps, distinguant leurs émotions de leur expérience physique afin de se protéger mentalement.  

La dissociation est définie comme suit par le psychanalyste Sandor Ferenczi (Adelufosi et al., 2017) :« Si la quantité et la nature de la souffrance dépassent la force d’intégration de la personne, alors on se rend, on cesse de supporter, cela ne vaut plus la peine de rassembler ces choses douloureuses en une unité, on se fragmente en morceaux. Je ne souffre plus, je cesse même d’exister tout au moins comme Moi global »

Conséquences à court-terme des MGF

A court terme aussi, l’excision a des conséquences sur le bien-être psychologique de la jeune fille concernée. Ces effets peuvent être accentués par le tabou, le silence régnant autour de l’excision empêchant les jeunes filles d’exprimer leurs émotions, leur mal- être et la douleur ressentie (Vloeberghs E. et al., 2011). A la violence de l’évènement s’ajoute celle du non-dit pendant des mois et années après l’évènement. Il est aussi reporté des difficultés d’adaptation ou réadaptation à l’école (28TooMany, 2016). Une fois de plus, les conséquences dépendent du contexte exact de la pratique.

Conséquences à long-terme des MGF

A long-terme, les conséquences peuvent être multiples et s’illustrent à différents niveaux de façon chronique, plus ou moins fréquente et répétée. L’évènement peut être si profondément ancré dans le subconscient de l’enfant qu’il peut à terme venir nourrir des problèmes comportementaux (28TooMany, 2016). Parmi les troubles cliniques figurent l’anxiété, la dépression, le stress voire un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) (28Toomany, 2016, p.257)

Qu’est le syndrome de stress post-traumatique ?

Il recouvre la combinaison de plusieurs facteurs « réexpérience cognitive, émotionnelle, physiologique de l’évènement traumatique (B-criterion), évitement des rappels du taumatisme (C-criterion), altération de l’humeur et capacités cognitives (D-criterion), hypervigilance (E-criterion) » (Köbach et al., 2018). Il se traduit notamment par des manifestations physiques traduisant l’agitation, souvenirs récurrents, intrusifs et négatifs de l’évènement, des cauchemars, des phobies, angoisses. Les personnes concernées vont mettre en place des mécanismes d’évitement pour limiter les confrontations à des éléments rappelant l’évènement traumatique.

Plus encore, des dysfonctionnements de la mémoire déclarative sont observables et rendent chaotique et difficile le récit de l’évènement, possiblement incohérent, incomplet.

Les femmes vivant avec une MGF peuvent expérimenter des flash-back, illusions sensorielles ou cauchemars, leur faisant revivre l’excision et ressentir la détresse et la terreur comme ci cela leur arrivait de nouveau – c’est ce qu’on appelle la mémoire traumatique.

Pour certaines femmes, les relations sexuelles douloureuses et l’accouchement peuvent déclencher la mémoire traumatique. De la même façon, être confrontée de façon directe ou indirecte au détour d’une conversation, d’un reportage télévisé, de par la vision de son propre corps peut aussi rappeler le jour de l’excision. (Vloeberghs E., et al., 2011)

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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