Comment agir au niveau économique

Afin d’agir sur les facteurs économiques, il faut que les MGF ne soient plus considérées comme un critère d’éligibilité au mariage, et qu’elles ne soient plus perçu comme nécessaire pour assurer la survie matérielle et l’acceptation sociale des femmes. De ce fait, il faut changer les mentalités, les conditions matérielles et les possibilités de prise de décision des femmes (Mediterranean Institute of Gender Studies, 2015). Cela passe en partie par l’autonomisation des femmes en leur offrant de meilleures opportunités d’éducation et d’emploi. Ainsi leur survie économique est assurée même sans mariage, et la dépendance économique réduite (UNFPA-UNICEF, 2015).

Selon l’OMS, les programmes d’autonomisation économique influent positivement la lutte contre les MGF puisqu’ils: “peuvent inciter les femmes à modifier les schémas de comportement traditionnels qui les lient en tant que membres dépendants du foyer. Elles permettent aux femmes d’acquérir une certaine liberté vis-à-vis de l’accès traditionnel aux bénéfices économiques et au pouvoir qui leur est associé. Un emploi rémunéré permet aux femmes d’obtenir une plus grande autonomie dans divers domaines de leur vie, influençant leurs choix en matière de santé génésique et sexuelle, leur éducation et leur comportement en matière de santé”.

Quelles actions concrètes entreprendre

Mettre en oeuvre des programmes d’autonomisation économique à travers l’éducation et l’emploi:

  • Influer les relations hommes/femmes et permettre aux femmes d’exercer leurs droits : par l’éducation aux droits humains, par des discussions mettant en avant les droits humains des filles et femmes mais aussi les différences de traitements et rôles attribués selon le genre
  • Fournir aux femmes les possibilités d’abandonner la pratique : par exemple, leur offrir des moyens pour subvenir elles-mêmes à leurs besoins, indépendamment de leur statut marital, par le biais de formations en management, direction et prise de décision (Mediterranean Institute of Gender Studies, 2015).

Promouvoir l’éducation des filles et des femmes.
Si l’on veut agir au niveau de l’éducation, il ne suffit pas d’éduquer les femmes d’un seul village, il faut améliorer, plus généralement, l’éducation au niveau d’une communauté ou d’un pays. En effet, si une femme est mieux éduquée, mais que son entourage ne l’est pas, elle devra se conformer aux normes sociales communautaires exigeant la pratique des MGF. L’effet des programmes peuvent se voir une génération plus tard (UN Women, 2017).

Agir au niveau local, mais aussi au niveau national.
L’action la plus efficace se situe au niveau national: les politiques d’action nationales auront les impacts les plus larges et les plus profonds (UN Women, 2016).

Tenir compte des réalités et contextes propres à chaque communauté dans la mise en œuvre des projets.
Tel projet mené dans tel village ne s’appliquera pas forcément dans un autre village, ou un autre pays.

Intégrer les actions de lutte contre les MGF dans des programmes plus larges (mainstreaming).
Les communautés concernées ont souvent des priorités n’ayant pas grand chose en commun avec l’élimination des MGF, tels que se nourrir, accéder à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau et à l’assainissement. Intégrer la lutte contre les MGF dans des programmes plus larges améliorerait l’appropriation des projets par les communautés et l’accueil des actions répondant à leurs besoins fondamentaux tout en y incluant la question des MGF (Mediterranean Institute of Gender Studies, 2015). (Voir également la note thématique “Mainstreaming FGM” de la CoP FGM. (UN Women Egypt, 2019))

Mettre en place des actions afin que les MGF ne soient plus considérées comme un critère d’éligibilité au mariage.
La mise en place d’une nouvelle norme sociale nécessite une prise de décision collective, explicite, et largement répandue au sein de la communauté. Cette nouvelle norme sociale permettra aux filles de se marier même si elles ne sont pas excisées, et elle garantira le statut et l’honneur des familles non excisées (UNFPA-UNICEF, 2019).

Allouer des ressources à la prévention et la prise en charge des MGF.
Il convient de s’intéresser aux ressources économiques allouées à la fois à la prévention et à la lutte contre les MGF ainsi qu’aux dépenses actuellement consacrées à l’accompagnement des femmes concernées, dont la prise en charge médicale et psychologique. Explorer la question du budget alloué à la lutte contre les MGF par les gouvernements et l’existence ou non d’une ligne budgétaire spécifique pour les MGF peut aider à cerner leur contribution et efficacité dans la lutte contre la pratique.

L’UNFPA recommande, par exemple, l’existence d’une ligne budgétaire spécifique pour lutter adéquatement contre les MGF et pointe les difficultés des gouvernements en cas de trop faibles allocation et disponibilité de ressources économiques (OMS, 2008).

Programmes d’autonomisation économique

L’association des Jésuites et Frères pour le Développement à Minya travaille à autonomiser les femmes dans plusieurs domaines allant de l’éducation à la santé en passant bien sûr par l’économie. “Donner le pouvoir aux femmes et aux filles grâce au développement de leurs compétences et ressources est la clé pour briseer le cycle de la violence”, avance Magdy Nosshy, coordinateur de terrain dans l’association (Les discussions de la CoP-MGF, 2020).

L’association Al-Reyada basée à Alexandrie se consacre spécifiquement à l’autonomisation économique des groupes, au travers de partenariats avec des organisations tant gouvernementales que non-gouvernementales et d’un soutien apporté aux femmes victimes de violence. L’association veut créer un environnement sécurisant et rassurant pour les femmes, leur permettant ainsi de demander de l’aider si besoin mais aussi de développer pleinement leurs compétences. (Les discussions de la CoP-MGF, 2020).

L’Organisation pour le Développement des Femmes Masaï (MWEDO) participe à la lutte pour l’abandon des MGF au sein de la communauté Masai de Tanzanie en promouvant l’émancipation économique et l’autonomisation des femmes. L’organisation offre des formations pour les femmes sur l’entreprenariat, la formation d’une entreprise, les droits de propriété. “Les formations donnent à nos femmes la confiance nécessaire pour sortir de leur boma (maison) et gagner leur vie comme les hommes”, avance Mama Nalepo (Finke E., 2006).

En Sierra Leone, pour les leaders traditionnels réalisant des MGF (les soweis), la pratique est une importante source de revenus et une manière d’obtenir un meilleur statut social dans la communauté. Selon Mabinty Kamara, sowei durant 30 ans, “On ne le fait pas par amour, mais par tradition, ignorance et pauvreté”. Ainsi, selon Fatmata Koroma, ancienne sowei, pour parvenir à l’objectif d’élimination des MGF, il est nécessaire de “créer un moyen de survie adéquat pour ceux qui considère l’initiation comme un emploi” par exemple en promouvant l’emploi des femmes dans le secteur agricole. Elle conclue en avançant que “pour en finir avec les MGF, les femmes doivent être autonomes économiquement” (Gruenbaum E., 2001).

Au Somaliland, International Solidarity Foundation travaille avec les populations rurales et / ou déplacées internes et intègre des activités de prévention contre les MGF à leurs projets d’autonomisation économique. Engager les communautés dans la prévention des MGF à travers des activités génératrices de revenus aide ISF et ses partenaires locaux à asseoir leur légitimité et à construire une relation de confiance. A plus long terme, cette approche mainstreaming s’attaque donc à l’une des causes profondes du maintien des MGF : la subordination socio-économique des femmes et leur dépendance vis-à-vis du mariage pour leur sécurité sociale et leur statut. Davantage de détails sur la démarche de ISF sont disponibles sur le site de la CoP-MGF dans le résumé de la discussion sur l’intégration systématique des MGF (UN Women Egypt, 2019).

“La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines” fait partie du projet “Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF”, soutenu par le “Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF”.
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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