Au Soudan : L’intégration des MGF au niveau gouvernemental et institutionnel

Le Conseil National pour le Bien-être Infantile (National Council for Child Welfare, NCCW) est une plateforme réunissant des représentant.e.s de nombreux ministères du gouvernement soudanais. Crée en 1991, il est à la fois un mécanisme national de prévention et de contrôle des questions liées aux enfants au Soudan, et de suivi de l’application des conventions internationales et régionales de protection de l’enfance ratifiées par le Soudan (notamment la Convention relative aux droits de l’enfant). Il assure désormais depuis 2014 l’intégration de la question des MGF dans les préoccupations et programmes de tous les ministères représentés, à travers le Mécanisme de Coordination pour l’Abandon des MGF au Soudan.

Pourquoi le mécanisme de coordination pour l’abandon des MGF a-t-il été mis en place ?

A un moment donné, le NCCW et ses partenaires ont constaté que leurs efforts pour lutter contre les MGF n’étaient pas suffisants. A l’origine de ces insuffisances on retrouve la protestation de groupes spécifiques contre le mouvement d’abandon des MGF, ainsi que le manque de coordination entre les partenaires se traduisant par une dispersion des efforts. Le Conseil a alors commencé à mettre en place le mécanisme de coordination pour l’abandon des MGF.

Créé en 2014, il compte aujourd’hui 40 membres au niveau national (NTF) soigneusement sélectionnés parmi différents ministères transversaux afin qu’ils se joignent au NCCW en vue de lutter pour l’abandon des MGF. Suite au succès du NTF, un STF (niveau étatique) a été créé en 2015 dans les 18 Etats du Soudan, et des LTFs (niveau local) en 2016. Ces groupes de travail ont aidé le NCCW à intégrer la lutte contre les MGF dans divers secteurs afin de mettre fin à la pratique.

Qu’est-ce qui a fonctionné ? Principales réussites

Le NCCW a élaboré un décret administratif qui s’assure que le président ait le rôle de secrétaire général du NCCW, et que le vice-président soit un membre du Ministère de la Santé, afin d’assurer la gestion du mécanisme.

Les autres membres ont été choisis parmi divers ministères de la sécurité sociale, justice, orientation, médias, éducation, culture et intérieur. Le groupe de travail compte aussi des membres experts indépendants, parlementaires, professeurs d’universités et membres du National Centre of Curriculum and Assessment, et des membres des agences des Nations Unies et d’ONG Internationales (qui les financent et les aident à élaborer leurs projets).

Les LTFs sont composés de membres des communautés locales. Ils ont donc un conseil d’administration complètement différent composé de maires, cheikhs, leaders et sages-femmes dirigé par le chef de la localité.

  • L’une des raisons du succès de ce mécanisme tient du fait que tous les membres soient décideurs au sein de leurs ministères respectifs et ont donc leur mot à dire dans la modification des politiques de leur ministère. Un tel fonctionnement permet d’intégrer les MGF dans différents secteurs jusqu’à parvenir à leur abandon.
  • Le mécanisme s’est également bien déroulé grâce à des réunions trimestrielles au cours desquelles les projets d’intégration des MGF comme les réalisations de chaque ministère sont discutés, et les responsabilités de chaque secteur attribuées.
  • Un facteur très important de ce mécanisme est que le NCCW est consulté sur toutes les décisions, notamment relatives à l’adoption de nouvelles méthodes, stratégies et politiques, liées à l’abandon des MGF, et ce avant qu’elles ne soient prises. Bien entendu, le NCCW consulte également le conseil d’administration avant de prendre toute décision. Par exemple, le mécanisme de l’Examen Périodique Universel (EPU) est présenté au conseil d’administration avant l’envoi au Conseil des Droits de l’Homme.

Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Les défis à relever

Le principal problème rencontré est lié à la mentalité des membres de certains secteurs. Au lieu de participer au mécanisme, ils estiment qu’il est préférable pour eux de travailler de manière indépendante, ce qui retarde le mainstreaming des MGF.

De plus, le ministère de la Santé estime que les MGF ne seraient qu’un problème de santé qui ne devrait pas être traité par d’autres secteurs.

Certains groupes sont toujours opposés à l’abandon des MGF, en particulier les sages-femmes qui tirent un revenu de la pratique illégale des MGF et contestent fréquemment le mécanisme.

Un autre défi provient de la négligence des groupes de réseaux de protection. Ces groupes sont composés de volontaires qui travaillent avec les communautés et les organisations locales afin de sensibiliser le public à diverses pratiques négatives telles que VAC, le VIH / SIDA, MR, RH et bien sûr les MGF

Les solutions envisageables pour surmonter ces défis

  • La mise en place de séances “brise-glace” avec le ministère de la Santé pour s’assurer qu’il est sur la même longueur d’onde que le NCCW. Suite à ces séances, le ministère de la Santé est devenu le vice-président du mécanisme (par l’adoption d’un décret administratif).
  • Afin de lutter contre la réticence des sages-femmes, le Mécanisme a recruté en tant que membre une personne du Comité National des Sages-Femmes, qui représente les sages-femmes soudanaises au conseil d’administration du mécanisme. Des séances de sensibilisation ont également été menées avec ces sages-femmes pour les informer des dangers que recouvrent les MGF et les impliquer dans de petits projets afin de leur permettre de gagner un revenu.
  • Il est prévu de travailler prochainement aux côtés des groupes de réseaux de protection car ils constituent un important moyen de sensibilisation dans divers secteurs.
  • Concernant le problème de la duplication des recherches liées aux MGF, un Groupe Consultatif de Recherche composé des membres du NTF a été mis en place : il passe en revue toutes les recherches sur les MGF avant leur publication.
  • Enfin, à partir de 2019, l’introduction du sujet des MGF dans les programmes d’enseignement primaire dans un premier temps, puis dans les programmes des écoles de médecine. L’un des membres du mécanisme est issu du Centre national des Programmes et de l’Évaluation.

Ce qu’ils suggèrent de faire

Lors de la mise en place du mécanisme en 2014, ils ont laissé de côté certains ministères importants. Or, il serait utile que le ministère de la Coopération soit impliqué, car il est responsable de toutes les agences des Nations Unies et de leur travail au Soudan. Le ministère des Affaires étrangères est également un ministère essentiel car, avec son aide, les membres du mécanisme pourraient prendre part à des conférences régionales et internationales, ce qui faciliterait l’intégration systématique de la lutte contre les MGF en amplifiant les capacités de discussion et d’échange d’idées.

Le NCCW représente ainsi un bel exemple de l’engagement inter-ministériel nécessaire à la lutte pour l’abandon des MGF. L’agrandissement de la plateforme est en cours, notamment avec l’inclusion du Ministère de la Coopération et du Ministère des Affaires étrangères.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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