Subordination socio-économique et MGF

Des études ont révélé que la subordination socio-économique des femmes conditionne la perpétuation de la pratique des MGF (Gruenbaum, 2001), et que plus les femmes exercent un contrôle sur leur vie, plus elles sont convaincues qu’il est nécessaire de mettre fin à la pratique (WHO, 2008). De plus, la pratique des mutilations génitales féminines serait liée à des facteurs tels que la résidence urbaine ou rurale, le statut économique et l’éducation (Unicef, 2013).

Par conséquent, certain.e.s auteur.e.s arguent que l’abandon total des MGF ne pourrait se produire sans la mise en place d’un mouvement d’abolition des inégalités entre les genres, notamment la dépendance économique, le désavantage éducationnel et les opportunités d’emplois limitées (Shell-Duncan, Naik, Feldman-Jacobs, 2016). Ces auteurs se regroupent sous ce qu’on appelle la « théorie de la modernisation ».

Selon cette théorie, améliorer la situation économique des femmes diminuerait la prévalence des MGF par de multiples effets indirects :

  • Affaiblissement des structures familiales traditionnelles
  • Affaiblissement des structures de pouvoir traditionnelles
  • Entrée des femmes sur le marché du travail
  • Augmentation de l’autorité des femmes dans les prises de décision
  • Modification des rôles économiques et sociaux traditionnellement affectés aux femmes, et baisse de la dépendance vis-à-vis des MGF et du mariage (Unicef, 2013; Shell-Duncan, Naik, Feldman-Jacobs, 2016)

La prévalence des MGF est plus importante parmi les ménages les plus pauvres

Dans la plupart des pays, la prévalence des MGF est plus faible parmi les ménages les plus riches :

  • En Mauritanie, la prévalence des MGF s’élève à 83% parmi les quintiles les plus pauvres, contre 21% parmi les quintiles les plus riches ;
  • En Guinée-Bissau, ce ratio s’élève à 41% contre 28% ;
  • En Côte d’Ivoire, 32% contre 9% (Gruenbaum, 2001).

De plus, on peut associer la richesse à un niveau de soutien plus faible à la poursuite de la pratique : plus les quintiles de richesse sont faibles, plus le soutien en faveur de la poursuite des MGF est important :

  • En Guinée, 79% des femmes âgées de 15 à 49 ans, parmi les quintiles les plus pauvres, souhaitent poursuivre la pratique, contre 53% parmi les quintiles les plus riches ;
  • En Somalie, ces chiffres s’élèvent à 78% contre 47% (Unicef, 2013).

Ainsi, selon ces données, l’amélioration du statut économique conduirait bien à un déclin de la pratique. (Unicef, 2013).

La prévalence des MGF est plus importante parmi les ménages dont le niveau d'éducation est plus faible

Excepté le Soudan et la Somalie, la prévalence des MGF est plus élevée chez les filles de femmes sans éducation, et la prévalence diminue à mesure que le niveau d’éducation de la mère augmente :

  • En Erythrée, 40% des filles dont la mère a suivi une éducation secondaire ou supérieure ont subi une MGF, contre presque 70% des filles dont la mère est sans éducation ;
  • En Guinée-Bissau, à peine 10% des filles dont la mère a suivi une éducation secondaire ou supérieure ont subi une MGF, contre presque 50% des filles dont la mère est sans éducation (WHO, 2008).

Le niveau d’éducation faciliterait donc l’abandon de la pratique, d’autant plus que des études ont prouvé que l’éducation et la formation professionnelle réduisent le taux de prévalence des MGF (Population Reference Bureau, 2013).

Cela pourrait en partie s’expliquer par le fait que les femmes plus éduquées seraient plus exposées aux messages de sensibilisation et plus enclines à les recevoir. (Shell-Duncan, Naik, Feldman-Jacobs, 2016).

Le mariage est une condition nécessaire à la survie matérielle des femmes

Dans les sociétés où la domination patriarcale et la dépendance économique des femmes sont très importantes, et où les opportunités éducatives sont faibles, le mariage est perçu par les familles comme le seul moyen d’autonomiser les filles, et de leur assurer une sécurité économique à long terme. En effet, être une femme et une mère est la seule façon d’être reconnue comme un membre à part entière d’une communauté. En d’autres termes, le statut social et la sécurité économique des femmes dépendent de leur rôle de mères et d’épouses.

Se marier et avoir des enfants est donc nécessaire à leur sécurité économique et sociale. Sans mari, il est, par exemple, difficile d’accéder à la terre, au bétail, aux droits de pâturage, ou aux revenus monétaires. De plus, avoir des enfants permet de répondre aux idéaux de maternité et de féminité attendus par la communauté (WHO, 2008).

Par conséquent, trouver un mari est la principale préoccupation des familles afin d’assurer la sécurité financière de leur fille sur le long terme. Il faut donc suivre les règles du mariage avec précaution, et les MGF en font partie : pour se marier, il faut être excisée. Ne pas respecter cette norme amènerait la honte et l’exclusion sociale (Mediterranean Institute of Gender Studies, 2015).

Tant que les MGF seront un prérequis pour se marier et assurer sa sécurité à long-terme, les MGF continueront d’être pratiquées, peu importe les messages de sensibilisation mettant en avant les conséquences négatives sur la santé, ou leur caractère non obligatoire selon la religion. Néanmoins, des études révèlent que la pratique des MGF et les mariages précoces seraient moins répandus à mesure que les opportunités éducatives pour les filles augmentent, et encore moins au sein des familles de classe moyenne, urbaine et éduquées (Gruenbaum, 2001).

Pourquoi les MGF conditionnent l’éligibilité au mariage dans certaines sociétés ?

  • Les MGF assurent la virginité de la fille, pré-requis vital dans les sociétés où l’honneur de la famille repose sur la virginité avant le mariage. En effet, ne pas être vierge lors du mariage apporte la honte sur la famille, le divorce et l’exclusion sociale de la communauté. Des « arrangements économiques patriarcaux » sont donc conclus afin d’assurer l’éligibilité au mariage des filles, mais aussi l’honneur de la famille (Gruenbaum, 2001).

Des études à approfondir

Le rôle de l’économique dans la pratique des MGF est complexe et il est difficile d’étudier précisément la manière dont les facteurs sociaux et économiques affectent le risque de MGF (Shell-Duncan, Naik, Feldman-Jacobs, 2016). Ainsi, il convient d’être prudent dans l’interprétation des données sur les liens entre MGF, niveau d’éducation ou statut socio-économique. Ces corrélations peuvent en effet être dues à d’autres variables, et des caractéristiques peuvent s’entremêler.

  • Par exemple, les femmes plus instruites ont plus de chance de vivre dans une zone urbaine ou dans un ménage plus aisé (Unicef, 2013).

De plus, les études démontrant le rôle de l’éducation et du développement économique sur la prévalence des MGF négligent l’influence du contexte social plus large. Ces études se focalisent sur l’aspect individuel quand bien même ils sont conditionnés par des systèmes socio-culturels complexes, façonnés, influencés et contraints à la fois par les réseaux sociaux plus larges, et par les normes sociales propres à la communauté.

Enfin, le développement économique peut parfois avoir des effets négatifs sur la pratique des MGF. Des études ont notamment démontré les effets contradictoires des projets de développement économique sur le taux de prévalence des MGF dans certains contextes.

  • Au Soudan, par exemple, les MGF sont d’abord une pratique distinctive réalisée par les classes les plus aisées pour marquer leur appartenance de classe. La pratique s’est étendue au reste de la société sous l’effet d’un processus d’assimilation, les classes les plus défavorisées cherchant à reproduire les pratiques des classes les plus aisées (Unicef, 2013).

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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