Qu’avons-nous appris de la discussion ?

Que retenir des contributions des membres ?

Voici les idées principales qui ont émergé lors de la discussion sur les MGF transfrontalières :

  • Repenser et questionner la notion de ‘‘frontière’’. De nombreux membres ont insisté sur l’omniprésence de frontières ‘‘artificielles’’ en Afrique, marques des divisions héritées de la colonisation et clés d’explication fondamentales des MGF transfrontalières.
  • Ne plus penser seulement en termes de frontières et d’Etats pour privilégier une approche en termes de communautés vivant et partageant une culture et des traditions dépassant les frontières. De ce fait, franchir une frontière ne se traduit pas automatiquement par le sentiment d’être étranger dans le pays de destination. Une coopération et collaboration accrues s’imposent ainsi comme nécessaires entre les pays abritant les mêmes communautés.
  • Introduire des contrôles aux frontières ne semble être une solution ni efficace ni éthique pour contrer les MGF transfrontalières.
  • Ne prendre en compte que l’existence ou l’absence de législation est insuffisant dans le cadre des MGF transfrontalières. Il est nécessaire de considérer également l’efficacité de l’application et du contrôle des lois.
  • Prendre en considération les diasporas et flux migratoires qui rendent la notion de frontières obsolète sur la question des MGF. En effet, certaines communautés continuent de perpétrer la pratique au sein même de leur pays d’accueil, et ce, bien qu’elle y soit illégale.
  • Informer et supporter les activistes de terrain en lien direct avec les communautés, particulièrement dans les régions où ils subissent une forte répression.

Selon les trois expertes -Felister Gitonga, Joséphine Wouango et Natalie Robi, deux principaux facteurs favorisant les MGF transfrontalières sont à distinguer :

  • La présence d’une même communauté, famille et / ou foyer des deux côtés d’une même frontière
  • Des différences dans la législation, son application et l’efficacité des contrôles entre des pays voisins

Quelles solutions adopter pour lutter contre les MGF transfrontalières ?

Afin de lutter contre ce phénomène, le principal conseil des trois expertes est d’améliorer la coopération et la collaboration entre les autorités et organisations en lien direct avec les communautés tout en intégrant des membres de ces dernières. [Elles ont insisté sur la nécessité d’adapter les stratégies de lutte contre les MGF à chaque contexte de façon à construire une combinaison d’acteurs et d’approches [propre à chacun / répondant efficacement à la spécificité de chaque situation]. / Elles ont insisté sur la nécessité de composer des stratégies de luttes contre les MGF adaptées à chaque contexte en construisant des combinaisons d’acteurs et d’approches propre à répondre aux enjeux spécifiques du terrain approché.]

Au moment de questionner la pertinence d’instaurer un contrôle aux frontières permettant d’identifier les personnes voyageant pour pratiquer une MGF, les débats ont abouti à un quasi consensus. La plupart s’y sont fermement opposés et ont affirmé la nécessité d’explorer d’autres moyens pour contrer le problème.

‘‘N’allons-nous pas encore créer des sentiments « d’infantilisation » en voulant enquêter les gens sur leurs raisons de voyager à l’intérieur de leurs propres pays ?

Faut-il œuvrer et croire à la capacité des gens de s’auto affirmer, à travers un renforcement réel de la capacité décisionnelle des populations ou miser sur des contrôles (et la peur) des personnes qui ont le droit de circuler librement ?‘’ 
 Travailleur social, GAMS Belgique.

‘‘Le fait est que les personnes qui se déplacent d’une frontière à l’autre ne se sentent pas étranger chez l’autre ; elle va voir ses parents, sa famille qui habite dans une “autre pays”.

Cette personne ne dira pas qu’elle franchit la frontière une pratique dont elle sait qu’elle est interdite dans son espace pays, elle s’y rend parce que c’est une décision préparée par sa communauté [de l’autre côté de la frontière].’’ 
Educateur, Sénégal

 

‘‘Je pense qu’il est tout à fait vital et important de réaliser un ciblage des jeunes filles traversant la ‘zone rouge’… le personnel de sécurité devrait contrôler les filles et gardiens afin de déterminer qui traverse la frontière et pour quel type de visite…’  Militante pour les Droits humains, Kenya

Des membres ont insisté sur la nécessité, tant d’accroître la scolarisation et l’éducation dans les communautés, que de travailler à l’autonomisation (empowerment) des femmes et filles :

‘‘Veiller à ce que les filles aillent à l’école afin qu’elles puissent prendre des décisions éclairées par elles-mêmes.

Éduquer les jeunes filles en introduisant des sujets adaptés à leur âge sur les MGF dans les institutions d’apprentissage.

Autonomisation des femmes en matière de santé par rapport aux effets des MGF et autonomisation économique des femmes pour leur permettre d’être indépendantes, de ne pas dépendre des hommes ou des croyances traditionnelles pour leur subsistance.’’

Joycelyn Mwangi, Réseau pour l’Egalité de Genre, Kenya

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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