Evaluer les coûts économiques et sociétaux des MGF

Les recherches sur les conséquences et moteurs économiques des MGF sont rares et gagneraient à se multiplier dans le futur. La plupart des études existantes se concentrent sur la prise en charge médicale et surtout obstétrique. Toutefois, des prémisses à une étude plus systématique des ressorts économiques des MGF émergent peu à peu.

Une revue documentaire de 2016 (Mpinga E.K., 2016) démontre que les études menées sur la dimension économique des MGF mesurent son coût financier au travers:

  • le nombre de jour d’hospitalisation
  • les complications sur le long-terme
  • les conséquences traumatiques psychologiques
  • les opérations consacrées aux MGF
  • les services hospitaliers dont le travail est dédié aux FGM.

MGF : les coûts en termes de développement

Le réseau européen End FGM EU Network s’est employé à recenser les indicateurs dont la combinaison devrait permettre de mesurer les coûts économiques engendrés par une MGF (WHO, 2010). :

Coûts pour la société:

  • Santé : complications médicales (SIDA, IST, chirurgie reconstructive, infection chronique, etc.)
  • Education : hausse du taux d’échec / abandon scolaire
  • Travail : les complications au long-terme affectant les femmes victimes de MGF réduisent leurs performances et donc leur contribution au développement économique
  • Espérance de vie : risque de décès accru pour la victime et son enfant

Coûts pour la communauté :

  • pression pour l’organisation de grands mariages coûteux incitant les familles à marier leur fille tôt, les privant ainsi de la pleine participation au développement économique de la femme nouvellement mariée.

Coûts en termes de relations sociales :

  • problèmes dans les relations de couple liés au mariage forcé et au faible accès à l’éducation sexuelle
  • risque de stigmatisation et d’isolement des femmes non excisées.

Coûts individuels

  • Emotionnels et physiques : de court et long terme (douleur, choc, hémorragie, traumatismes, troubles psychologiques, risques accrus de contracter des MST dont le VIH)
  • Sexuels et reproductifs : difficultés dans sa vie sexuelle et risques accrus de complications durant la grossesse et l’accouchement (à la fois pour la mère et pour l’enfant)
  • Matériels : plus faible participation au développement socio-économique et frein à une croissance durable liés aux complications médicales, au mariage précoce et à l’abandon des études

Estimer les coûts obstétriques des MGF dans six pays d’Afrique

Une première étude de l’OMS menée en 2010 (End-FGM Network, 2020). tente d’estimer les coûts des complications obstétriques de long-terme engendrées par la pratique d’une MGF. Elle s’intéresse à 53 millions de femmes en âge de procréer (15-49 ans) ayant subi une MGF au Burkina Faso, Ghana, Kenya, Nigeria, Sénégal et au Soudan.

Cette étude ne prend en compte que les coûts liés aux césariennes, hémorragies, longs séjours à l’hôpital (supérieur à 3 jours), mort à l’accouchement, réanimation néonatale et épisiotomie. Elle tente également d’évaluer les années de vie perdues suite à une MGF. L’objectif est à la fois d’interpeller sur les conséquences obstétriques des MGF et d’en estimer le coût pour le système de santé et la société dans son ensemble.

Les résultats de l’étude dénotent une dépense de 3,7 millions de dollars annuels simplement pour la gestion des complications obstétriques listées ci-dessus, soit 0,1 à 1 % du budget de santé total consacré par le gouvernement à la santé des femmes de 15-45 ans. Ils estiment, par ailleurs, à 130 000 le nombre d’années de vie perdues par les jeunes excisées de 15 ans, en soulignant la vulnérabilité accrue des victimes de MGF de type 3.

En 2016, une revue de la littérature a mis en évidence les liens entre les facteurs économiques et les MGF, tant comme moteurs que comme conséquences de la pratique. Les complications médicales causées par les MGF se traduisent par des séjours de 13 (Nigeria) à 16,5 jours (Somalie) en moyenne à l’hôpital, entraînant un coût de 120$ par personne au Nigeria. Un hôpital soudanais consacrerait 7% de ses opérations chirurgicales au traitement des complications directes de MGF (Mpinga E.K., 2016).

Quels problèmes et quelles solutions ces estimations permettent-elles de mettre en avant ?

Il est évident que les MGF limitent les capacités économiques d’une société en la privant de la contribution d’une partie de sa population et freinent ainsi l’obtention d’une croissance durable et soutenable. En ce sens, la scolarisation et l’accès à l’information et aux campagnes de prévention contre les MGF sont fondamentaux dans l’abandon de la pratique et ont une influence dans la capacitation des femmes. Il n’en demeure pas moins que pour mieux comprendre le problème, il serait conseillé d”étudier plus en profondeur le rapport coût-efficacité des programmes de lutte contre les MGF en les comparant à leurs coûts socio-économiques.

« La Communauté de pratique sur les mutilations génitales féminines » fait partie du projet « Bâtir des ponts entre l’Afrique et l’Europe pour lutter contre les MGF », soutenu par le « Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur l’élimination des MGF ».
Le projet est coordonné par AIDOS en partenariat avec GAMS Belgique

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