Nouvelle discussion : Les effets du Covid-19 sur les MGF

Ces derniers mois, le monde est aux prises avec le Covid-19 (Coronavirus). Il nous affecte tous autant que nous sommes de différentes manières. Beaucoup de pays sont bloqués et mis en quarantaine, les professionnels dans les ONGs et entreprises travaillent à distance alors que les professionnels de santé sont ardemment mobilisés pour prendre soin des personnes touchées par le virus.

Depuis le début de la pandémie, nous avons aussi vu émerger des discussions et papiers sur les liens entre le Covid-19 et les violences basées sur le genre. Les organisations et professionnel.le.s féministes ont souligné que les épidémies, comme souvent dans les situations de crise, affectent les femmes et les hommes différemment, rendant les inégalités et discriminations préexistantes plus prégnantes encore (voir la note d’Equality Now : COVID-19: A time for strength, humanity and kindness). Le confinement se traduit par un accroissement de la charge domestique pesant sur beaucoup de femmes et signifie pour certaines d’entre elles être forcées de rester chez elles avec un partenaire violent. Une pression accrue dans ces périodes d’épreuves économiques, résultant de la pandémie, peut aussi raviver les conflits domestiques et possiblement la violence. Nous avons rassemblé quelques références sur les liens entre Covid-19 et VBG, disponibles sur le blog.  

Quelques conséquences potentielles de la crise du Covid-19 sur les mutilations génitales féminines ont été soulignées par des organisations. Nous souhaitons soulever ce problème avec les membres de la Communauté de Pratique, bien qu’il soit, évidemment, trop tôt pour avoir des conclusions documentées et assurées.

Everlyne Komba, membre de la CoP-MGF a mis en avant les liens entre MGF et Covid-19 au Kenya dans une brève pour le Réseau européen End-FGM : “La pandémie actuelle a créé les conditions parfaites pour les partisans des MGF et mariages précoces de mettre en application leurs motifs pervers. La fermeture des écoles, la pause de l’Etat de droit, des institutions et organes officiels, associés à un système de santé surchargé et à des obligations de distanciation sociale ont créé les conditions propices à la résurgences de la pratique des MGF et mariages forcés.”

Sur les réseaux sociaux, une conversation générale entre des ONG, organisations communautaires, agences des Nations Unies et des militants a permis d’échanger sur les effets possibles du COVID-19 sur les femmes partout dans le monde et notamment la probable augmentation des violences sexistes et pratiques traditionnelles néfastes comme les mutilations génitales féminines dans les communautés pratiquantes. La directrice exécutive de l’UNFPA, Dr Natalie Kanam, dans un récent message sur Twitter, a averti que « l’épidémie de coronavirus a gravement perturbé l’accès aux services de santé sexuelle et génésique et de prise en charge des victimes de violence sexiste à un moment où les femmes et les filles ont le plus besoin de ces services » (voir la note du World Economic Forum: COVID19: Coronavirus hit women harder than men). Lors de la conférence Twitter d’EndCuttingGirls, le réseau conjoint UNFPA-UNICEF de défense des jeunes pour l’abandon des MGF au Nigéria, a présenté quelques corrélations possibles entre les mesures de mise en quarantaine et une hausse de la pratique des MGF dans certaines communautés.  Il est ainsi probable que les communautés pratiquantes soient susceptibles de profiter de la fermeture des écoles pour mutiler les jeunes filles. En de telles circonstances, une augmentation du nombre de filles exposées aux mutilations génitales féminines est à prévoir. Une recrudescence de la pratique comporte aussi son lot de craintes quant à la propagation du virus si les précautions de l’OMS ne sont pas correctement observées. ( Plus ici : EndCuttingGirls Twitter conference

Tout comme EndCuttingGirls, les militant.e.s anti-MGF comme Sadia Isaack croient fermement que les filles sont plus à risque maintenant qu’elles sont confinées chez elles. En effet, elles ne bénéficient plus d’aucune porte d’accès à l’hospitalisation en cas de complications dues aux MGF, les exposant ainsi, à davantage de risques (Plus ici :  Anti-FGM campaigner Sadia Isaack). Dans des vidéos partagées par la Campagne mondiale des médias pour mettre fin aux MGF, comme dans les appels de militants anti-MGF, tel Shujaa Sadia Hussein, les dirigeants et gouvernements mondiaux ont été pressés de prendre des mesures rapides, en particulier en utilisant les médias pour sensibiliser les communautés et parvenir jusqu’aux filles risquant d’être excisées (Plus ici: Anti-FGM campaigner Shujaa Sadia Hussien). La Campagne mondiale des médias a modifié sa communication pour se consacrer davantage au Covid-19 et sa relation avec les MGF. (Plus ici: GMCEndFGM). Les réseaux sociaux fleurissent aussi d’appels aux dirigeants mondiaux et agences des Nations Unies à réagir au Covid-19 en adoptant une approche féministe et à davantage centrer leurs discours sur les femmes. Enfin la nécessité d’une approche holistique est défendue pour répondre aux besoins de populations et groupes divers en tenant compte de leurs différences et de l’impact spécifique qu’a eu le virus sur eux. Des exemples en ont été partagés dans le récent chat sur Twitter d’Equals Now, Gambie [here] et du programme mondial UNFPA-UNICEF pour mettre fin aux MGF GirlChat.

Les informations disponibles soulèvent un certain nombre de questions et nous permettent de dresser quelques hypothèses sur la façon dont le Covid-19 va affecter les MGF et mouvements anti-MGF :

  • Quel est l’impact sur la pratique transfrontalière des MGF et les communautés à cheval sur plusieurs pays? Sachant par exemple que des régions au Kenya voient leurs déplacements entre régions limités.
  • Maintenant que les écoles sont fermées, la saison de l’excision va-t-elle connaître une seconde phase dans certaines communautés ?
  • Des recherches ont pointé du doigt que les difficultés économiques dues au Covid-19 se traduisaient par un risque accru de mariages précoces. Cela vous préoccupe-t-il ? Avez-vous déjà songé à des solutions pour contrer ce problème? Pensez-vous qu’il contribuera également à une recrudescence des MGF ?

Le travail des professionnel.le.s supportant les filles et femmes à risque ou survivantes des MGF est aussi grandement affecté par la pandémie. Il est aussi de plus en plus difficile de poursuivre les activités de soutien aux survivantes des MGF menées avec les communautés.

En Belgique, par exemple, le GAMS Be (principale organisation de lutte contre les MGF) a suspendu ses réunions et activités physiques dans ses bureaux mais continue de travailler à distance pour apporter soutien et information aux femmes et filles le nécessitant, y compris en termes d’accompagnement psycho-social, d’informations sur le Covid-19 dans des langues parlées par les communautés migrantes de Belgique, et même en animant des groupes de discussion en ligne. 

Nous avons ainsi demandé aux membres de partager leur expérience et leur situation de travail actuelle.

  • La situation actuelle vous a-t-elle incité et permis de nouer de nouveaux partenariats, par exemple avec le secteur de la santé ou avec des ONG travaillant avec d’autres groupes cibles?
  • Dans beaucoup de sociétés, les mesures de distanciation sociale nous ont forcé à trouver de nouvelles façons de communiquer et de rester en contact avec les survivantes de MGF notamment au travers de groupes WhatsApp ou de hotline. Quels outils utilisez-vous pour rester en contact avec vos collègues et vos groupes cibles ? 
  • Y a-t-il un besoin d’adapter les campagnes de prévention sur les MGF à la situation ? Comment le faire ?

Enfin, un dernier point d’attention a été soulevé quant aux conséquences du Covid-19 dans l’accès aux soins. 

  • Avez-vous pu faire état dans vos communautés de conséquences sur l’accès aux services médicaux et aux droits et santé sexuels et reproductifs pour les survivantes de MGF en raison de la surcharge des services de santé traitant le Covid-19 ?

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