Contribution des expertes

Trois expertes ont été invitées pour orienter la discussion et apporter leurs éclairages sur ce sujet :

  • Natalie Robi Tingo, militante contre les MGF, fondatrice et directrice de Mischana Empowerment Kuria, Kenya
  • Joséphine Wouango, anthropologue, professeure à l’Université de Liège, Belgique
  • Felister Gitonga, chargée de projet pour le Programme sur la fin des Pratiques Nocives d’Equality Now, Kenya

Les expertes ont partagé leurs perspectives et expériences sur le sujet pour tisser la trame de la discussion.

Felister Gitonga, chargée de projet pour le Programme sur la fin des Pratiques Nocives d’Equality Now, a partagé son expérience des MGF transfrontalières dans des communautés d’Afrique de l’Est et spécialement au Kenya. Elle a décrit en détail la pratique des MGF transfrontalières au Kenya et en Tanzanie (Narok and Kajiado) dans la communauté Masaï. Selon elle, ‘‘du côté de la Tanzanie, il y a aussi des Masaïs mais d’origine tanzanienne qui pratiquent également les MGF. Il y a des Masaïs (kenyans et tanzaniens) qui possèdent des terres et des maisons dans les deux pays car leurs fermes sont à la frontière. La présence d’une frontière poreuse, de familles et de foyers des deux côtés a été l’un des facteurs ayant contribué à l’augmentation des MGF transfrontalières. La mise en œuvre de la loi sur l’interdiction des MGF au Kenya (2011) a également participé à l’augmentation des MGF transfrontalières.’’

Elle a, par ailleurs, souligné que ‘‘La collaboration entre les organisations communautaires, les agents de police communautaires et les organismes d’application de la loi a intensifié l’application de la loi au Kenya, les autorités étant très vigilantes pendant la saison d’excision. Ainsi, les membres de la communauté choisissent d’emmener des enfants en Tanzanie où les autorités ne sont pas très vigilantes.’’

Natalie Robi Tingo, une militante anti-FGM au Kenya, fondatrice et directrice de Mischana Empowerment Kuria a aussi partagé un autre exemple de FGM transfrontalières entre la Tanzanie et le Kenya dans la communauté Kuria. Les communautés Kuria des districts Kuria au Kenya ainsi que les districts Serengeti et Tarime, Musoma urbain comme rural et Bunda en Tanzanie sont concernées par la pratique.

Bien qu’il n’existe pas de données officielles sur le nombre de filles victimes de FGM transfrontalières, elle rapporte qu’ ‘‘au cours des dernières années, nous avons assisté à des cas de familles planifiant les visites et à des filles étant conduites en moto pendant la nuit et tôt le matin pour subir une excision, pour ensuite être ramenées au Kenya.’’

Afin de lutter efficacement contre les MGF transfrontalières, elle insiste sur la nécessité d’impliquer des membres des communautés comme relais permettant de coordonner les efforts et interventions allant en ce sens.

Joséphine Wouango, anthropologue, professeure à l’Université de Liège, Belgique, a partagé son travail de recherche sur les MGF transfrontalières au Burkina Faso et dans les régions voisines. Elle a insisté sur la complexité du problème ne permettant pas, de ce fait, d’appliquer une solution unique, mais nécessitant de combiner diverses approches. Elle partage le point de vue de la majorité des membres en avançant que ‘‘nous devrons choisir des approches qui soient adaptées au contexte spécifique de chaque communauté/pays/région. Pour cela, nous devons savoir quels sont les facteurs favorables et défavorables à l’abandon de la pratique transfrontalière des MGF dans chaque contexte.’’

Selon les expertes, deux principaux facteurs favorisant les MGF transfrontalières sont à distinguer :

  • La présence d’une même communauté, famille et / ou foyer des deux côtés d’une même frontière
  • Des différences dans la législation, son application et l’efficacité des contrôles entre des pays voisins

Afin de lutter contre ce phénomène, leur principal conseil est d’améliorer la coopération et la collaboration entre les autorités et organisations en lien direct avec les communautés tout en intégrant des membres de ces dernières. Elles ont insisté sur la nécessité d’adapter les stratégies de lutte contre les MGF à chaque contexte de façon à construire une combinaison d’acteurs et d’approches répondant efficacement à la spécificité de chaque situation.

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