SOMMET AFRICAIN SUR LES MUTILATIONS GENITALES FEMININES ET LES MARIAGES D’ENFANTS

Les gouvernements du Sénégal et de la Gambie, en partenariat avec l’ONG Safe Hands for Girls, ont convoqué le premier Sommet africain sur les mutilations génitales féminines (MGF) et le mariage d’enfants (MEPF) du 16 au 18 juin 2019 à Dakar, au Sénégal.

Le sommet, dont le thème était «Renforcer le pont entre l’Afrique et le reste du monde pour promouvoir une mise en œuvre accélérée d’une politique de tolérance zéro en matière de mutilation génitale féminine», thème majeur des objectifs de développement durable (ODD) a réuni 500 participant.e.s et hauts fonctionnaires de 17 pays. L’objectif était de discuter commentles militant.e.s, les représentant.e.s du gouvernement, les ONG, les organisations locales, les médias et les individus peuvent mettre fin aux pratiques traditionnelles néfastes (en mettant l’accent sur les MGF et les mariages précoces). Plus important encore, le Sommet avait pour objectif d’élaborer des stratégies pour réaliser l’agenda http://www.africa4girls2030.org/en_US/

J’assistais au sommet pour faire mon travail de communication, mais j’en ai tiré beaucoup plus. C’était inspirant de se trouver dans une pièce où l’objectif était de promouvoir une cause en laquelle je crois. Pour moi, il s’agissait principalement d’apprendre.

Au cours du Sommet, les discussions ont porté sur l’impact de ces pratiques traditionnelles néfastes, violentes et discriminatoires imposées aux filles, qui persistent encore dans certains pays du continent africain. Un accent particulier a été mis sur comment renforcer les actions intersectorielles et transfrontalières, en reconnaissant que les lois nationales contre les MGF et le mariage d’enfants n’ont pas à elles seules éradiqué ces pratiques néfastes, profondément enracinées dans les normes culturelles et souvent pratiquées au nom de la religion.

L’utilisation de la loi en tant que mécanisme préventif pour mettre fin aux MGF et au mariage d’enfants fût le thème d’un atelier avec des expert.e.s juridiques qui ont partagé leurs points de vue et opinions sur les lois de leurs pays. Au cours de cette discussion, il est paru évident que le Kenya avait signalé le plus grand nombre de cas de mutilations génitales féminines et qu’il restait des dossiers en attente de jugement, comparé au Sénégal, à la Gambie et à la Guinée Bissau, qui étaient aussi représentés dans le groupe.

Le panel qui m’a le plus marqué était celui sur les jeunes et les survivantes: Protéger les filles: quel impact la participation des jeunes et des survivantes a-t-elle sur la campagne contre les MGF et les mutilations génitales? Les jeunes militant.e.s ont eu l’occasion de partager leurs récits sur la façon dont elles et ils combattent ces pratiques dans leurs diverses communautés, sur ce qui fonctionne pour elles et eux et sur les défis rencontrés. J’ai particulièrement noté le point de vue d’Ifra Ahmed, un activiste de la Somalie l’un des pays ayant le taux de prévalence des MGF les plus élevés. J’ai trouvé particulièrement intéressant leur campagne en faveur de mesures légales contre les MGF, ainsi que les stratégies pratiques utilisées pour protéger les filles dans leurs communautés, telles que le logement des filles en danger. En tant que militantes anti-MGF, elles et ils sont confronté.e.s à la discrimination et en désaccord constant avec les chefs religieux dans leurs communautés.

Le panel sur l’islam, le christianisme et les MGF a réuni des chefs religieux de pays tels que l’Égypte, la Syrie, le Sénégal et la Gambie, qui ont longuement parlé de la position de la religion face à ces pratiques néfastes. Tous ont fermement affirmé que ces actes ne sont pas religieux. Ce panel a permis aux participant.e.s de mieux comprendre les textes sacrés

D’autres panels ont rassemblé des responsables gouvernementaux et des agences des Nations Unies qui ont présenté les progrès réalisés jusqu’à présent dans divers pays et les engagements pris pour mettre fin aux MGF et au mariage d’enfants d’ici 2030.

1. Proposition de modèles de financement alternatifs conçus pour mobiliser plus de ressources;

En plus des tables rondes, les participant.e.s ont partagé leurs réflexions sur différents aspects de l’accélération du progrès lors des séances en sous-groupe. Trois thèmes ont été abordés:

2. Politiques et législations (lois communes en tant que mécanisme préventif): obstacles et solutions;

3. Données sur les mutilations génitales féminines (surmonter les défis liés à la production, à l’accessibilité et à la diffusion).

Ces groupes ont été chargés d’élaborer individuellement des recommandations concernant les zones susmentionnées. Ceci est partagé dans la Déclaration de Dakar.

Vous trouverez ci-dessous certaines des recommandations et des engagements qui ont été exprimés lors du sommet au cours des différentes discussions :

• Les gouvernements des différents pays, en particulier là où les pays à taux de prévalence de MGF et / ou de mariage d’enfants/forcés sont élevés, devraient promouvoir et renforcer les lois et les politiques relatives à l’éradication des MGF et des MEPF et promouvoir des sociétés plus sûres et sans danger pour les filles et les femmes;

• Les engagements régionaux sont essentiels pour renforcer le rôle des chefs traditionnels et religieux dans la mobilisation au niveau communautaire en faveur d’une réduction des MGF et des mariages précoces.

• La priorité accordée aux ressources en faveur des efforts de la base doit être encouragée par le biais de mécanismes de financement et de coordination.

• L’investissement dans les filles et les femmes est un élément central du programme de transformation de l’Afrique 2063, qui préconise de mettre fin à toutes les formes de violence sexiste, y compris les mutilations génitales féminines.

L’initiative est dirigée par les Africains, survivantes et par les femmes, J’ai quitté le sommet avec la ferme conviction que des développements et des progrès majeurs ont été enregistrés au mouvement contre les MGF et marriage d’enfants. Cependant, les discussions en conférence, les recommandations et même les lois ne suffisent pas, pour éradiquer les MGF et les MEPF, je crois fermement qu’il reste encore beaucoup à faire pour changer les mentalités des communautés.

Isatou Jallow est militante féministe contre les mutilations génitales féminines et l’une des co-modératrices de la CoP MGF.

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