Synthèse de la discussion sur la Médicalisation des MGF

Nous partageons ici une synthèse (non exhaustive) du débat qui a eu lieu entre le 8 et le 27 octobre 2018 sur le groupe de la Communauté de pratiques sur les MGF.

Les questions de départ, partagées dans la note de la discussion, étaient :

  • Quelle est votre connaissance de l’étendue de la médicalisation des mutilations sexuelles/génitales féminines dans votre pays ?
  • Dans votre pays, quels arguments sont utilisés par les défenseurs ainsi que les opposant.e.s de la médicalisation ?
  • Quelles sont pour vous les solutions à une telle tendance ?

Arguments contre la médicalisation des MGF

De manière générale, tous les membres qui figurent sur la liste ont fermement condamné les MGF médicalisées.

Les principaux arguments contre les MGF médicalisées, avancés par les membres :

  • Les MGF constituent toujours une violation des droits des enfants et des femmes
  • Tout type des MGF, médicalisée ou non, doit être rejetée.
  • La médicalisation des MGF ne peut être comparée à d’autres types de stratégies de réduction des risques, telles que l’échange de seringues, car l’enfant ne choisit pas de subir une MGF.
  • La médicalisation des MGF est contraire au premier principe de l’éthique médicale, car même médicalisées, elles restent une violation des droits fondamentaux des filles et des femmes.
  • La médicalisation des MGF n’empêche pas les complications de santé à long terme , ainsi que des conséquences sexuelles et psychologiques ;
  • Risque d’aggraver les conséquences, coupures plus profondes car réalisées avec une expertise médicale et sous anesthésie, ne permettant pas aux filles / femmes de se défendre…

Avis et expériences des membres

Nous avons entendu des expériences et des exemples pratiques de la Guinée, du Burkina Faso, du Kenya, du Mali, deMauritanie, de Belgique, de France… Voici une sélection : 

  • Plusieurs membres ont souligné le rôle très important du personnel de santé dans la prévention des MGF et que les ministères de la santé doivent assumer leurs responsabilités.
  • Certains membres ont insisté sur l’importance « de faire arrêter et de poursuivre des professionnels, de révoquer les licences de cliniques et d’hôpitaux »
  • Exemple de la Mauritanie de comment impliquer les professionnels : « une alliance avec des sages-femmes et beaucoup de travail avec des prestataires de santé ont été conduits et sont même devenus les garants et les acteurs de cette lutte contre les MGF. En effet, le personnel de santé est très écouté et ses conseils suffisent à marquer les esprits des populations pour les sensibiliser aux dangers de la mutilation génitale féminine. »
    Ainsi que la collaboration avec des chefs religieux :
    « pour obtenir l’adhésion des imams par le biais d’une fatwa, nous devions d’abord obtenir la déclaration des médecins indiquant que cette pratique nuisait à la santé des filles et des femmes et au risque de perdre leur vie, ce qui est formellement interdit par religion. …
  • Formation de professionnels (via PLAN International) au Mali.
  • France : Professionnelle de Santé qui a rencontré « une très jeune fille de 14 ans, française mais de père égyptien. Pendant les vacances en Égypte, sa belle-mère lui a proposé d’être hospitalisée et opérée car » elle a eu beaucoup de pertes blanches « , ce que la jeune fille a évidemment accepté. Elle a bien sûr été excisée à l’hôpital et sous anesthésie générale. Elle a été très touchée quand elle a compris, à son retour, ce qui lui était vraiment arrivé. »
  • Une histoire similaire a été ramené par une sage-femme en Belgique avec une jeune femme de la communauté de Bohra qui a subi une mutilation génitale médicalisée au Royaume-Uni. Sa petite sœur a fait le même voyage 2 ans après…

Pourquoi les professionnel.le.s de Santé pratiquent les MGF ?

  • manque de connaissances
  • rémunération
  • réponse à la demande des parents, sentiment de « devoir vis-à-vis de la communauté »
  • n’ont pas déconstruit les raisons derrière les MGF

De manière générale, il semble y avoir un manque de recherches sur les mutilations génitales médicalisées et sur pourquoi les professionnel.le.s acceptent de le faire, même lorsque cela est contre la loi.

Nigeria : c’est la «confiance» dans les agents de santé qui a incité les parents à choisir la médicalisation, selon l’étude du Population Council.

« Presque tous les parents que nous avons interviewé n’avaient jamais entendu parler, ou eu d’expérience, de complications liées aux MGF/E. De nombreux.euses parents ont déclaré faire confiance aux agents de santé pour toutes les procédures et conseils liés à la santé et, considérant les MGF/E comme des procédures médicales, ont estimé que les agents de santé seraient bien équipés pour les exécuter. Cette «confiance» dont les parents ont parlé avait plusieurs dimensions. Ils ont estimé que 1. les agents de santé seraient plus qualifiés lors de la procédure 2. pourraient facilement faire face aux situations d’urgence 3. avaient reçu une formation pour effectuer la procédure 4. fonctionnaient dans des conditions sanitaires. » Rapport de Population council

  • Burkina Faso : Quasi-absence de sensibilisation des personnels de santé appartenant aux communautés pratiquant les MGF et manque d’information sur le sujet, ce qui « constitue ainsi un environnement favorable à la médicalisation de ces mutations »

« il n’y a pas de sensibilisation du personnel de santé au Burkina sur la médicalisation des MGF. On (les professionnel.le.s de la Santé) n’en parle pas du tout. Il n’y existe pas d’outils de communication adaptés à cette pratique dans nos structures de santé. Pourtant selon certaines rumeurs persistantes, la médicalisation des MGF serait belle et bien pratiquée dans certaines de nos formations sanitaires. » (un médecin)

Autres questions soulevées pendant la discussion

  • Existence de recherches qui permettent de répondre à la question : les incisions symboliques médicalisées empêchent des coupures importantes à l’avenir ?

Dans son rapport, le Population Council pose des questions similaires : quel est le lien entre la médicalisation et la prévalence des MGF / E? Quel est le lien entre la médicalisation et les taux d’abandon des MGF / E? Le rapport conclut qu’ils n’ont pas trouvé de corrélation (positive ou négative) entre médicalisation et abandon des mutilations génitales féminines et qu’il est en effet nécessaire de poursuivre les recherches à ce sujet.

  • Comment déconstruire l’idée dans certaines communautés que le clitoris est dangereux pour le bébé lors de la naissance ? (ex Sud du Nigéria)
  • Quelle est le lien entre MGF médicalisées et chirurgie esthétique génitale?

    • Certains membres, notamment un gynécologue du Burkina Faso considéraient que la MGF médicalisée n’a rien à voir avec la chirurgie intime. Ce sont « des adultes qui pratiquent la procédure médicale pour réduire les lèvres hypertrophiques, nous le faisons en chirurgie gynécologique. Il en va de même pour la réduction des hypertrophies clitoridiennes. Cela n’a rien à voir avec les MGF dans le contexte burkinabé. »
    • Or, d’autres, notamment une sage-femme belge ont partagé un point de vue opposé et a mis l’accent sur l’augmentation du nombre de chirurgies intimes en plastique en Europe et sur le fait que celles-ci sont faites pour correspondre à un critère de « beauté », sans qu’il y ait une hypertrophie prouvée. Selon elle, il faut une « approche plus holistique de tout ce qui est imposé au corps des femmes dans toutes les sociétés » qui « aide à équilibrer les débats et à ne pas voir le monde en noir et blanc. Que ce soit en Europe ou en Afrique, les femmes sous la pression sociale pour correspondre au rôle attendu par la société … et cela se traduit tout d’abord dans le contrôle de leurs corps. « 
  • Quelles stratégies, quelles méthodes pouvons-nous utiliser pour permettre aux communautés de remettre en question leurs croyances sur les mythes des MGF, de sorte que ceux qui croient encore qu’il est nécessaire de médicaliser (afin de respecter les convictions) puissent même s’interroger sur la nécessité des MGF 

Recherches et Ressources partagé par les membres

  • Des chiffres sur la médicalisation des MGF par pays sont également disponibles sur le site Web de l’UNICEF.
  • Les MGF médicalisée dans au Kenya : papier rédigé par Samuel Kimani et Bettina Shell-Duncan (anglais). Le taux de MGF médicalisées est de 14,7% (mais près de 20% pour la cohorte des 0 à 14 ans). Il diffère d’un pays à l’autre et d’une communauté ethnique à l’autre.

Quelques points essentiels :
– « La médicalisation semble annuler tous les gains des efforts en vue de l’abandon des MGF / E
La médicalisation normalise les MGF
Nous ne savons pas si les communautés qui n’ont pas adopté la médicalisation ont un retard et peuvent l’adopter;
Le modèle de réduction des risques en tant que prédicteur de la médicalisation peut être remis en question dans certains contextes.
Une solution à la médicalisation s’impose de toute urgence si la campagne contre les MGF doit porter ses fruits « 

 

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